‹ Physiologie et psychologie de l'attention: évolution, dissolution, rééducation, éducationChapitre 59 sur 77 · La suggestion et le traitement moral · texte numérisé non relu

La suggestion et le traitement moral

à) Je range la suggestion avec le traitement moral, parce qu'elle s'emploie le plus souvent à l'état de veille. La suggestion n'est autre chose que la persuasion. Elle doit être maniée avec art et circonspection. Le médecin doit être confiant en lui-même : il faut qu'il sache inspirer un certain sentiment de déférence à son malade, car il joue un rôle de prêtre laïque, dans la circonstance. Nous avons vu combien les psychasthéniques éprouvent un réel besoin de direction ! A tout moment, ils désirent être rassurés et raffermis, parce que leur for intérieur est un terrain de doute et de scrupules. Il faut résoudre pour eux, surtout au début de la maladie, les petites difficultés qui les absorbent et les affaiblissent.

Le traitement psychique est de beaucoup le plus important dans les ps3'chonévroses, en général, et dans la rééducation de l'attention, en particulier . Les maladies nerveuses sont liées si étroitement à la vie de notre esprit, qu'une

(i) Loc. cit.

RÉÉDUCATION ET ÉDUCATION DE l' ATTENTION IQS

aggravation de celles-ci provoque aussitôt un afTaiblissement de celle-là. Aussi, le D' Dubois (i) estime-t-il qu'à toute maladie psychique doit correspondre un traitement psychique approprié et adapté. La faiblesse de l'attention, qu'elle soit d'origine physique ou psychique, doit donc être surtout soignée et fortifiée par le traitement moral. J'assimilerais volontiers la thérapeutique de l'attention à la thérapeutique de la volonté, puisque attention, effort et volonté sont trois produits voisins de l'activité supérieure de l'intelligence. On rééduque la volonté en agissant sur tous les éléments de l'acte volontaire (a). On rééduque l'attention en exigeant sans cesse du sujet la concentration de ses forces latentes.

Ce qu'on peut demander au paresseux, dit M. de Fleury, « c'est un effort volontaire, lune tension synthétique de toute la personnalité vers un but précis » (3). La désagrégation de l'attention, ne laissant derrière elle que la vie automatique et instinctive, qui est aussi un peu atteinte dans son activité, celle-ci peut très bien devenir un précieux adjuvant de la rééducation de l'attention, si l'on sait la « canaliser » (4) et la diriger.

Ce qui importe avant tout, c'est d'occuper le plus possible le malade et de lui tracer son emploi du temps. Il faut savoir varier ses occupations, tout en lui laissant à un moment donné un peu d'initiative personnelle. En principe, il faut éviter à ce faible, à ce débile, les petites difficultés de la vie. Il faut les lui parer, ou avoir l'air de les supporter, à sa place^ ou, encore, le persuader qu'on les partage avec lui.

L'on doit lui préparer la besogne, le rassurer chaque fois qu'il en est besoin et lui éviter ces petits arrêts, ces petits chocs, qui tendent à le faire vaciller de nouveau et qui l'affaiblissent parfois considérablement. En définitive, c'est un nouvel enfant qu'il faut rééduquer. L'enseignement qu'on doit lui donner doit procéder du simple au complexe, c'est-àdire doit être ordonné et progressif. Il ne faut donc pas hésiter à lui tracer des devoirs de français gradués et à l'obliger

(i) Loc. cit,

(2) Camus et Pagnibz, loc. cit.

(3 et 4) D' M. DE Flbuhy, Introduction à la médecine de Vesprit^ 1 vol. m-8% Paris, F. Alcan, 18^7.

à lire et à expliquer à haute voix des textes choisis. Pierre Janet recommande même de lui faire apprendre une langue étrangère.

lo. — Traitement des obsédés en général et des autres malades de l'attention.

L'obsession comprenant une moins grande part d'automatisme que n'en implique l'hystérie, il s'ensuit qu'elle peut se guérir plus facilement que celle-ci. Parfois (mais c'est rare), il suffît de faire comprendre au sujet sa maladie, et les moyens dont il dispose pour la soigner, pour qu'il se guérisse, de lui-même, et par ses propres forces. M. Pierre Janet a guéri, de cette façon, un jeune homme accablé par des scrupules génitaux insensés (i).

Mais, le plus souvent, il faut stimuler et encourager le malade vers l'effort. Aussi, il serait maladroit de le mettre, dès Tabord, aux prises avec son idée fixe. Quand il sera capable d'attention utile, l'on pourra lui faire comprendi e le ridicule de son obsession . Parfois même, le sujet se rend compte, par lui-même, de l'incohérence de son délire et de la stupidité de ses idées, mais cela est assez rare.

Marro (2) et Janet (3) proposent d'essayer, dès le début, le travail professionnel. Celui-là a obtenu ainsi des résultats remarquables chez les neurasthéniques et les dégénérés. Le travail excite de lui-même les malades, surtout si l'on a soin d'y joindre l'appât du gain. Le malade « Jean » de Pierre Janet, qui fait des comptes rendus rémunérés pour une revue, oublie bien vite sa méningite et son diabète.

L'on doit diriger aussi les malades, surtout les hystériques, vers les actions sociales. Le malade qui parle, qui communique son état d'esprit, se soulage et se guérit plus rapidement, que celui qui reste mélancolique et misanthrope. Il suffit de prendre part à sa peine pour qu'il soit moins hanté par son idée fixe. L'on ne pourrait jamais obtenir de tels résultats avec la méthode d'isolement.

(i) Janet,06scss. et Psych., t. I, pp. 715 et suiv. i vol. in-8*, igoS. (a) Marro, la Puberté, 1 vol. in-8', pp. 43 et suiv., 190a. (3) Janbt, loc. cit»

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Le défaut d'attention « joue dans l'obsession un rôle considérable ». C'est pourquoi Angell ne craint pas de dire que le traitement de cette maladie doit être avant tout dirigé de manière «à développer le pouvoir de l'attention » (i). Dubois (de Sauj on) guérit aussi les liqueurs par une rééducation progressive de l'attention : il les dresse vers l'immobilité volontaire, il les convie à l'image du repos et de l'immobilité absolue. Cette immobilité consentie et voulue produit aussi les meilleurs elîets, dans le traitement des phobies, qui supposent l'impulsivité et sont l'opposé du repos et de l'immobilité volontaires.

Mais ce qui importe surtout, c'est d'être patient et d'insister souvent à propos d'un même conseil, car le malade se décourage très vite. Il faut que le médecin lui indique, lui répète maintes fois les exercices qu'il doit faire.

Au besoin, le thérapeute ne doit même pas hésiter à gronder le « sujet », s'il se refuse à produire un acte d'eflbrt. Sans doute, il s'agit là d'une œuvre bien longue, mais qu'importe ?

Chaque fois que le malade retourne à sa « marotte », l'on doit exciter, par ailleurs, son activité ; l'on doit le rapprocher du réel, en lui indiquant une action utile, pratique et immédiatement réalisable. Il faut, en un mot, suivant la parole de Bernheim, pratiquer un entraînement suggestif et actif de la dynamogénique psychique. Il faut tâcher, par tous les efforts, par tous les moyens possibles, de reconstituer graduellement la fonction d'adaptation mentale du malade. Il faut surtout lui enlever les préoccupations angoissantes qui le paralysent; il faut savoir faire dériver utilement l'activité qu'il emploie à entretenir ses angoisses et son idée fixe, et l'orienter vers des efforts pratiques.

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