II. — Conolusions
Tous les moyens thérapeutiques physiques et psychiques, que je viens d'indiquer sommairement, doivent être appli-
(i) Edw. B. Angbll, Journ. ofnerv. andment» diseases^ août 1900»
iq6 physiologie et psychologie de l'attention m
qiiés simultanément. Une méthode unique ne conduit qu'à ■ de faibles résultats, tandis que l'emploi raisonné de plusieurs^ méthodes assure, par la suite, une guérison plus rapide et plus complète.
La rééducation nous a appris qu'il faut traiter le malade | de l'esprit comme un nouvel être, c'est-à-dire comme s'il était un enfant. Il faut le rééduquer et l'instruire progressivement, en partant d'actions simples, pour aboutir à des actions i)lus complexes et plus perfectionnées. Il faut le protéger contre les vicissitudes de la vie, il faut lui éviter les 1 petits « accrocs » qui tendent à l'affaiblir, il faut résoudre pour lui les petites difficultés qu'il rencontre, il faut devenir pour lui, en un mot, une mater familias dans toute l'acception du terme. Ce n'est que de la sorte et à cette condition, que renaîtront progressivement d'une conscience vieille et neuve, tout à la fois, la faculté d'adaptation mentale, avec ses attributs d'effort, d'attention et de volonté. Le malade reconnaîtra alors le monde de jadis, il connaîtra le réel et pourra s'y adapter; il pourra reprendre dans une certaine mesure sa personnalité d'autrefois : c'est là l'œuvre éminemment humaine et sociale de la rééducation psychique. Mais je songe que le succès d'une entreprise aussi considérable peut se faire attendre parfois longtemps! L'effort vers la vie normale, vers la vie attentive peut tarder à devenir un fait pour le médecin ou le thérapeute impatient ! Pour entreprendre une œuvre aussi difficile, il faut être patient, tenace, pugnace même. Il faut avoir toujours présente à l'esprit, la puissante parole de Dubois, de Berne: « Rien n'est trop long ni trop coûteux quand il s'agit de guérir. »
ÉDUCATION DE L'ATTENTION Bases. — Méthodes. ~ Résultats.
Introduction
Je n'ai pas songé un seul instant à faire ici un traité complet de l'éducation de l'attention : je vais me contenter
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RÉÉDUCATION ET ÉDUCATION DE l' ATTENTION I97
de formuler quelques règles psycho-pédagogiques, qui me paraissent favoriser notablement l'évolution de cette faculté. J'ai d'ailleurs consigné trop souvent, dans cet ouvrage l'importance de l'attention, au point de vue de l'intelligence, pour que je ne dise pas maintenant quelques mots sur son éducation chez les enfants et chez les adultes.
Il est malheureusement trop manifeste que la pédagogie nouvelle tend à propager un enseignement trop hienpréparéy qui supî)rime,chez l'élève, l'effort et l'initialive. Il me semble que là. comme ailleurs, le tempérament français s'est chargé d'exagérer et de pousser à bout une méthode qui, en soi ou même en Tinterprétant sagement, pouvait donner d'excellents résultats. En rendant toute chose abordable à l'enfant, en lui faisant franchir, sans effort, les étapes qui, mènent au savoir et au succès, quelle généi^ation façonne-t-on ? Qu'est-ce que la vie sans effort ? Un jeune écolier à qui l'on prépare tout à l'avance, à qui l'on fait jouer le rôle d'appareil automatique et enregistreur, ne sera jamais apte à la vie pratique. Car, en somme, entre cette éducation si pleine de sollicitudes et la triste réalité, il y a un abîme : dans la vie réelle et pratique, il faut lutter, il faut être fort, tenace et volontaire.
Il ne faut donc pas enseigner à l'élève des choses toutes faites, toutes préparées, il faut lui laisser un vaste champ d'action où il pourra développer son initiative et son attention patiente. Sans doute, renseignement par l'agréable, par l'aspect même, développe avant tout les sentiments, l'affectivité. La mémoire affective impressionne fortement l'esprit et la mémoire de l'émotion est la meilleure, dit-on encore souvent et bien à tort. Mais n'oublions pas que ces deux formes de souvenir, qui semblent peu coûteuses pour la conscience, sont au fond des sources de désagrégation mentale. Allectivité, émotion et maladie ne sont pas éloignées l'une de l'autre : celles-ci mènent directement et rapidement à celle-là. En éduquant la mémoire ou l'attention-sentimenl, au détriment de la mémoire ou de l'attention volontaire, l'on prépare nécessairement des esprits faibles, impulsifs et émotifs. Bientôt ces jeunes intelligences, ces petits cerveaux d'enfants ne connaîtront que Tagréable ; ils dédaigneront de faire un effort, ou mieux, ils ne sauront pas faire un efl'ort ;
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aussi ils deviendront facilement les jouets, dociles et fragiles des événements extérieurs. Lorsque surgira, dans leur existence, l'un de ces orages inattendus et implacables, qui stupéfient et qui terrassent, c'en sera fait de leur conscience frêle, c'en sera fait de leur esprit mûri hâtivement, sous une serre chaude ; ils tomberont sans lutter, sans savoir même s'il y a une lutte possible, sans savoir même ce que c'est que lutter.
11 importe donc, avant tout, d'apprendre l'eifort aux enfants, aux jeunes gens, car ils se préparentà une véritable veillée des armes : il n'y a pas de volonté, d'énergie et de caractère, sans effort. Il faut aguerrir les jeunes intelligences, par l'éducation méthodique et raisonnée de leurs systèmes musculaire, nerveux, sensoriel et psychique. Il faut les habituer à résoudre, par leurs propres forces, le plus grand nombre de diflicultés possible, il faut en un mot que l'école soit une image vraie de la vie pratique et réelle. 11 ne faut pas que l'enseignement, de quelque nom qu'il s'appelle, soit une tour d'ivoire placée à l'abri des influences extérieures ; il importe, au contraire, qu'en sortant de l'école, l'on soit fort, l'on soit armé pour la lutte vitale.
Je distinguerai donc, tout naturellement, deux grands procédés d'éducation de l'attention : la méthode physique et la méthode psychique.