Facteurs sociaux de l'éducation de l'attention
chez l'adulte.
Ce qui est vrai de l'enfant ne l'est pas moins de l'adolescent et de l'adulte. Aussi tous les moyens d'éducation de l'attention, que j'ai préconisés pour celui-là, ne doivent pas cesser d'être appliqués à ceux-ci, quoique sur une plus vaste échelle et dans des conditions plus complexes et plus difficiles. Dans ce dernier programme, il faudrait s'inspirer lar-
aoS PHYSIOLOGIE ET PSYCHOLOGIE DE l' ATTENTION
gement du premier, qu'il serait suffisant même de prolonger, selon Tordre de complexité croissante. Étant donné la parenté qui lie ces deux programmes, je m'abstiendrai de préciser et de détailler le second, pour ne pas me répéter inutilement.
En France, l'éducation familiale donne souvent, je le répète, de mauvaises habitudes d'esprit. Quel est le père de famille qui ne s'eftorce pas de préparer un avenir à son tils et de faire de telle sorte qu'il soit moins malheureux que lui-même ? Et nos bons parents nous adoucissent, bien à tort, les aspérités de la vie au lieu de fortifier, en nous, l'effort, l'attention et la volonté. Le besoin est la meilleure école de la vie : par lui, les énergies se réveillent ; par lui l'initiative jaillit et se développe ; par lui, l'intelligence s'affine, se perfectionne, devient volontaire et attentive. L'adulte élevé à l'école de l'effort ou du besoin saura supporter dignement un malheur, sera à même de lutter presque toujours avantageusement contre l'adversité. La survie du plus apte de Darwin existe ici, comme ailleurs, quoique certains êtres soient mis, dès leur naissance, à l'abri des exigences de la vie intense. Dans tous les cas, ceux qui luttent courageusement, ceux qui s'adaptent sans désespérer, ceux qui essuient et supportent le vent et la tempête sont assurément les plus dignes de vivre, les plus dignes de perpétuer la vie, parce qu'ils sont les produits sélectionnés de la lutte vitale, parce qu'ils sont les plus beaux types moraux de la race.
Un membre éminent de IWcadémie des Sciences morales médisait un jour que les Américains n'ont pas de plus belle dota offrir, à leurs enlants mâles, que la pauvreté ! Ils ont bien raison ; c'est de la pauvreté que naissent les énergies viriles, les volontés tenaces, les efforts prolongés.
Que peut-on attendre de bon, de ces fils gâtés, dès leur jeune âge, qui ignorent totalement la vie d'initiative et la vie d'effort? L'argent, l'aisance ne leur ont jamais manqué. Aussi le premier de leurs soins, la première de leurs besognes consiste souvent à gaspiller inconsciemment la fortune paternelle. S'il leur advient quelque malheur ou si la pauvreté vient à les visiter, ils ne sauront que faire de leurs personnes: ils seront terrassés par la bourrasque.