INTRODUCTION
Les tissus vasculaires sont le siège d'une série de variations de température, de couleur, de consistance, de volume, etc., tous phénomènes subordonnés aux variations du calibre des vaisseaux qui constituent la majeure partie de la trame de ces tissus. J*ai dirigé mes recherches sur Tune de ces variations en particulier, sur les changements de volume, Tétude de ce phénomène pouvant fournir de précieux renseignements sur Tétat de la circulation dans Torgane exploré, puisqu'il est directement en rapport avec les modifications du calibre des vaisseaux.
Pour obtenir de cette recherche une plus grande somme de détails, j'ai employé des appareils à indications continues, et
d'une grande seiksibili té : j'ai pu ainsi apprécier dans une niéme expérience les variations rapides et périodiques du calibre des vaisseaux dans leurs rapports avec la fonction cardiaque, les changements moins brusques, mais également périodiques, quelafonctioni respiratoire détermine dans la circulation périphérique, et, en outre, toutes les modifications rapides ou prolongées que j'ai provoquées expérimentalement sur moi-même, en me soumettant à des influences variées.
L'idée de ce travail m'a été inspirée par mon excellent maître, le professeur Marey , qui a bien voulu mettre à ma disposition ses conseils éclairés et les précieuses ressources de la méthode graphique dont il a poussé si loin le^ applications physiologiqueé.
Grâce à son bienveillant concours, j'ai pu faire des recherches suivies sur ce sujet, depuis le mois de mars 1875 jusqu'au mois de février 1876, et le résumé de quelques-uns des résultats obtenus a été communiqué au Congrès scientifique de Nantes, en août 1875, et à l'Académie des sciences de Paris, le 13 avril 1876.
L'exploration des changements du volume des organes sous V influence de la circulation peut s'opérer, dans les conditions les plus simples, à l'aide d'un appareil à déplacement contenant l'organe ou le segment de membre en expérience, et de l'eau à la température ambiante. Un tube de petit calibre, ouvert en haut, étant branché verticalement à la partie supérieure du récipient principal, et constituant la seule communication avec l'air extérieur, on voit que chaque expansion du tissu vasculaire immergé, de la main par exemple, en rapport avec l'afflux du sang artériel, s'accompagne de l'ascension d'une certaine quantité d'eau dans le tube ; que chaque retrait du tissu, déterminé par l'écoulement du sang à travers les vaisseaux veineux, rappelle dans l'appareil la colonne oscillante-
.Ces oscillations alternatives affectent avec les différentes périodes de la révolution cardiaque les mêmes rapports que le pouls d'une seule artère explorée dans la même région. C'est qu'en effet, les oscillations de cette colonne liquide rendent sensible un phénomène imperceptible à l'exploration directe, les variations de volume totalisées des vaisseaux de petit calibre.
VOLUIfE VES OHGANËS. t
la somme des dilatations et resserrements de ces vaisseaux que traduisent les changements de volume rhj^thmés avec le cœur.
En outre de ces oscillations de cause carrftaçwe, la colonne mobile du tube vertical présente des excursions plus étendues, plus lentes, combinées avec les premières. Ces grandes oscillations sont rhythmées avec les mouvements respira^ toires, et, en général^ descendantespendantl'inspiration, ascendantes pendant l'expiration .
Voilà ce qu'on peut voir en plongeant la main dans un vaso qu'on remplit d'eau, et dont la cavité ne communique avec l'extérieur que par un tube vertical de petit calibre : l'amplitude de l'oscillation est d'autant plus considérable que le diamètre de ce tube est plus étroit, et, si l'on veut se contenter de suivre le sens des phénomènes, il est évidemment plus avantageux d'employer dans cette expérience un tube de faible diamètre ; mais cette amplification du mouvement ne s'obtient qu'au détriment de la précision. J'aurai bientôt l'occasion d'insister sur ce point que je signale simplement ici.
Ces mouvements, inaccessibles à la vue et au toucher dans les conditions ordinaires, sont souvent mis en évidence par certaines lésions des tissus qui permettent au chirurgien de constater le double phénomène d'expansion systolique et de retrait diastolique des petits vaisseaux. Les tumeurs érectileSy par exemple, constituées par une trame éminemment vasculaire, ne doivent la mobilité si apparente de leur tissu qu'à l'expansion qu'y détermine l'afflux du sang, et à la diminution de volume qui correspond au départ de ce sang par les veines.
Encore, pour bien constater ce double mouvement dans les nœvus, dans les anévrysmes cirsoïdes ou dans les tumeurs pulsatiles plus profondes (anévrysmes des os, par exemple), faut-il embrasser la masse érectile avec la main. La netteté du phénomène est bien plus grande, son examen plus aisé, quand une lésion osseuse met à découvert une cavité plus ou. moins profonde et anfractueuse creusée dans le tissu si vasculaire d'un os; là, chaque pansement constitue une expérience complète et dont la nature fait tous les frais : le liquide, sang ou pus, monte et descend dans la plaie ; la lumière, se réfléchissant sur cette surface mobile, permet d'en suivre facilement tous les changements de niveau.
Les anciens chirurgiens connaissaient bien ce phénomène des mouvements du pus osseux, et la tradition nous a transmis le résultat de leurs observations sur le synchronisme des petites oscillations du niveau du liquide et des battements du pouls.
Quoique ces observations cliniques remontent déjà bien loin, les physiologistes n'en avaient point proposé d'interprétation rationnelle, jusqu'à l'époque où le D' Piégu fît connaître à l'Académie dès sciences le résultat de ses premières recherches. .-,,.,
' C'est à lui que revient incontestablement la priorité dans la question qui nous occupe. .