‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. Marey (volume 2)Chapitre 7 sur 68 · COMPARAISON DES METHODES · texte numérisé non relu

COMPARAISON DES METHODES

En 1846, le D' Piégu (1) communiquait à TAcadémie des sciences une note sur les mouvements des membres dans leurs rapports avec le cœur et la respiration. Il avait vu, en poussant une injection dans le membre inférieur d*un cadavre immergé dans un grand vase rempli d'eau tiède, le liquide du vase déborder quand Tinjection distendait les vaisseaux; le débord augmentait dans la mesure de la pénétration de Finjectîon; il cessait quand cessait la poussée du piston. , ,

Ce fut là le point de départ de ses recherches. Il enferma une extrémité tout entière ou une portiQn de membre dans une boîte contenant de Teau tièd^ et fermée de toutes.. parts, sauf en un point qui donnait passage à un tube ^ d'exploration.

Il vit alors, très-amplifiées, les . oscillatioi^s que . Poiseuille avait constatées en enfermant une grosse artère dans son appareil à déplaeement : à chaque impulsion du cœur, à chaque diastole artérielle, correspondait, une élévation du niveaudu liquide; à chaque repos du cœur se produisait un abaissement en rappQrt ayec l'évacuation du ,sang,par les veines.

Ces oscillations circulatoires étaient combinées avec des excursions plus étendues, plus lentes, en rapport avec les mouvements respiratoires, et Piégu vit clairement que la dépres-

(1) Piéga, C. R, Acad. se, 1846, t. XXII, p. 682 et MuUer's Arch. fàfayiài. Jahrgang. 1847. ; ' ... .

D FRANnOXS-FRANCK.

sioii du niveau du liquide était à son maximum pendant rinspiration, et Télévation de ce même niveau à son maximum pendant Texpiration.

Le rapprochement de ces phénomènes et de ceux qui s'étaient offerts à Bourgougnon (1), dans ses expériences sur les mouvements du cerveau avec un tube ouvert vissé dans le crâne d'un animal, ne pouvait échapper au D' Piégu; il a même particulièrement insisté, dans un travail complémentaire plus récent (2), sur Tidentité admise par lui en 4846 des causes qui produisent des phénomènes identiques : au lieu d'attribuer les mouvements du cerveau à des soulèvements de la masse encéphalique par la dilatation des artères de la base, il les mit sur le compte de l'expansion vasculaire générale produite dans l'organe par l'afflux du sang artériel ; l'affaissement de la pulpe cérébrale fut de même attribué au retrait consécutif des petits vaisseaux.

Nous ne suivrons pas M. Piégu dans les détails de cette assimilation des doubles mouvements du cerveau aux doubles mouvements des membres, l'expérience se compliquant des particularités relatives au liquide céphalo-rachidien : ce serait introduire une complication inutile dans notre exposé et sortir des conditions simples où nous nous plaçons.

En 1850 parut le travail de Chelius (3) dans lequel l'auteur aunonçait qu'il avait vu les mouvements du pouls traduits par les oscillations d'une petite colonne d'eau dans un tube vertical qui surmontait un cyliiidre contenant l'extrémité d'un membre. Mais, comme le dit Mosso dans son mémoire dont nous parlerons bientôt, Chelius n'insista pas sur l'importance de cette méthode et ses recherches restèrent ignorées. Nous savons que le D' Piégu avait déjà étudié les mêmes mouvements avec le même appareil, mais sa priorité n'atténue en rien le mérite de Chelius, car celui-ci ne connaissait évidemment point les recherches de notre compatriote, pas plus que les

(!) Bourgougnon, Tb, Paris, 1839.

(2) Piégu, Arcb. phys., 1872.

(3) Chelius. — Beitragezur Vervolstandigung (1er Physikaliscben DiagnosUk. — Vierleljabrscbrifft fur die praktische Heilkunde, berausgegeben der Med. Facilitât in Prag. Vil Jahrgang, 1850, XXH B., S. 103.

VOfiimte AES OROAiTES. '^

auteurs qui sont venus ensuite n'eurent oonnaissanôe des siennes. ' '

: Un détail important fut observé par Chelius le premier : il suspendit librement son appareil, et amoindrit ainsi rinfluence des mouvements musculaires du membre et les effets des oscillations du corps sur les variations du niveau de la colonne Jiquidè.

Mosso, ignorant ce détail des expériences de Chelius, eut la même idée, et appliqua trés-heureusement à son Pléthysmo^ graphe un procédé de suspension analogue.

Jusqu'ici on s'était contenté de suivre du regard les déplacements du liquide dans le tube ouvert à Tair libre, et, avec cette méthode d'exploration, on ne pouvait voir que ce qu'on avait vu, c'est-à-dire que le niveau exécutait une grande ascension pendant l'expiration, une grande descente pendant l'inspiration, et que ces deux excursions très-amples se produisaient par petites saccades isochrones avec les battements du cœur(Piégu). .

Mais la fixation de ces mouvements sur le papier ne pouvait manquer d'être bientôt tentée, car l'emploi de^ instruments enregistreurs, inauguré par le professeur Ludwig en 1847, commençait à prendre dans les recherches physiologiques le rang qu'il méritait.

Fick (1 ) , quelques années après Chelius , ent reprit doncd'inscrire avec le kymographion les mouN'ements alternatifs de dilatation et de resserrement présentés par la main enfermée dans un appareil analogue à ceux qui ont été déjà indiqués. Les déplacements du liquide étaient transmis à un manomètre en U : le flotteur de la longue branche inscrivait sur là bande de papier se déroulant au-devant de la pointe les grandes osr cillations respiratoires et les petites oscillations cardiaques du membre en expérience.

- L'appareil de Fick offre déjà ce grand avantage que les changements de volume rapides du membre sont en totalité transmis au manomètre. La membrane de caoutchouc qui

(1) A. Fîck. — Untersuch. a. d. Zùrcher physwL Laborat, I, p. 1. (Cilation de Mosso.)

\8 fRANÇOiS-PI^ANCK.

;laisse passer Tavant-bras est, en effet, rendue flxe par l'addition d'une épaisse couche d'argile consolidée elle-même à l'aide d'une plaque métallique : il résulte de cette suppression des^ mouvements de l'obturateur que les moindres variations .du volume de la main se traduisent par des oscillations cor* respondantes de la colonne manométrique.

Mosso remarque avec quelque raison que, l'appareil de Fick •étant déposé sur' une table et non point suspendu comme celui jdeChelius et comme le sien, les petits mouvements du membre et du corps tout entier doivent se traduire aussi par des oscillations du liquide et viennent par conséquent compliquer le tracé en y introduisant des. éléments étrangers aux change-: raents du volume de l'organe.

J'accepte, pour l'appareil du professeur Fick, le reproche de Mosso, mais avec certaines réserves : on peut maintenir^ en y apportant quelque soin ^ la main et l'avant-bras dans une immobilité complète pendant le temps que doit durer une de ces expériences; de plus, les mouvements étrangers aux variations circulatoires, se traduisant sur le tracé par des soubresauts de la ligne, seraient toujours faciles à reconnaître.

Du reste, pour le but que s'était proposé Fick, cette petite complication ne me semble, avoir qu'une bien faible importance: Fick ne s'est préoccupé que des changements de calibre des vaisseaux en rapport avec l'action rhythmique du cœur, et des grandes variations commandées par les mouvements respiratoires ; il n'a point cherché, à ma connaissance du moins, à apprécier les changements de volume absolu»^, recherche dont.s'est uniquement préoccupé Mosso.

Par conséquent, la fixité rigoureuse du membre n'avait pas pour le professeur Fick la même importance que pour Mosso.

^Mais, au point de vue même où se plaçait l'expérimentateur, une autre objection plus grave me semble devoir être faite à son mode d'inscription lui-même: la vitessts acquise du li^ quide déforme les indications. Le tube du manomètre, cylindrique, forcément étroit, renferme une longue colonne liquidé qui, projetée au moment de l'afflux du sang dans le membre, dépasse le point auquel elle devait . s'arrêter, et vice versât

Ces déformations du tracé, déjà, défectueuses en elles-

VOLUME DE8 on CANBS. '4

mêmes, ne sont point comparables les unes au?t autres dans une série de pulsations, puisque, d'après les mouvements respiratoires, celles-ci s'inscrivent sur des niveaux dif* férents. Je fournirai tout à l'heure les preuves graphiques de quelques-uns des inconvénients qui résultent des oscillations propres du liquide enregistrées par la plume écrivante en même temps que les variations réelles du membre soumîs à l'immersion. Si j'ai insisté quelque peu sur ce point, c'est que j'ai eu moi-même è lutter contre cette cause de déformation des tracés.

Le professeur Fick, disais-je tout à l'heure, s'est préoccupé spécialement d'étudier les variations rapides du volume de \^ main en rapport avec les mouveinents du cœur et les variations plus lentes déterminées par le double mouvement respiratoire.

Mosso, dans ses recherches sur les changements de volume des' organes, remontant à 1874 (1), a poursuivi un tout autre problème : il a voulu surtout inscrire les mouvemen,U des vaisseaux indépendamment des oscillations rhythmiques ducs à la double influence cardiaque et respiratoire. Ce sont dose spécialement les changements de volume absolus qu'il s'est attaché à déterminer. Pour cet ordre de recherches son appareil à déversement est excellent, d'une précision indiscutable ; la description en a été donnée par l'auteur dans un mémoire important (2), et je l'ai reproduite moi-même dans la fievt4€ des cours scientifiques (3).

Je n'en rappellerai donc ici que les points principaux.

Dans un manchon de verre horizontalement placé sur une tablette librement suspendue, on introduit le membre supérieur jusqu'au-dessus du coude. Une forte membrane de caoutchouc ferme en haut l'appareil et^'oppose à l'écoulement de l'eau dont il est rempli. .

De l'autre extrémité du cylindre sort un tube horizontal qui

(1) A. Mosso, Von einigéneuenEigenschatten der Gefœsswand .-^Leipzi^,

(2) A. Mosso.— Afovi/22 eu </ dei vasi sapguigDi nelV uomo. Ac, Se. di Torino. Nov. 1875. ...

(3; Cours de l'Université de Turin, Revue scientifique, mai 1876.

se coudç ensuite: â angle droit et plonge dans uneéprouvelte. Cette épIpuv^tte sç^ tpouve équilibrée par une petite masse à laquelle^lle est reliée par rinteriiiédiaire d'une poulie, i L'éprpuvettej plongeant dans de Veau alcoolisée, va s'enfoncer chaque fois que le vqlume dû membre immergé dans le eyjindre. yieji^ra ^ augmenter ; . elle émergera au contraire quftjifi 1q volume du npiembre: diminuera, et ce double mouvemenLd'a^aissement :et .d'élévation de réprouyette, commandé par ie déversement où la rentrée d'une quantité variable de l'eau du cylindre, commandera à son tour l'ascension ou la (Jescente d'un contre-poids qui lui fait équilibre.

Mosso a adapté à ce contre-poids mobile dans le sens vertical une plume qui trace sur un cylindre tournant ou sur la bande du kymographion de Ludwig : toute alimentation du volume du bras [c'esl-^-dire toute dilatation vasculaire) s'accom" pagnera d'une ascension de la courbe ; toute diminution de volume (resserrement vasculaire)^ faisant remonter Véprouvette^ fera d^autant redescendre la maèse écrivante.

Le but principal poursuivi par Mosso est d'étudier les effets des mouvements propres des vaisseaux se produisant indépendamment dés variations queleur imprime l'action rhythmée du cœur, et sous rinflùence des propriétés inhérentes à leur tissu.

Or, c'est évidemment^ l'étude des variations produites par ces mouvements vasculaires dans la quantité du sang contenue dans le membre qui devait préoccuper l'auteur ; il évalue ces modifications en comparant les hauteurs successives des ordonnées d'une courbe obtenue dans une expérience, sachant au préalable à quel volume d'eaû déplacée correspond telle ou telle élévation de la courbe, et réciproquement quelle quantité d'eau a dû être' sbustraite à l'éprouvette flottante pour que la courbe é'abaiss© de telle ou telle valeur.

Des expériences antérieures de • circulation artificielle lui avaient permis de! suivre les -modifications qu'éprouvent les vaisseaux d'un organe isolé, sous l'influence d'une substance apportée dans, cet organe par du sérum circulant sous une pression constante : ce sont des recherches du même ordre qu'il continue ' avec son pléthysmographe. Mais toute légitime que; nous semble une pareille recherche, nous pen-

VO.LUlift DfB» ORGAMilS. il

sons qu'on doit tout d'abord admettre une différence fondamentale ; entre les variations circulatoires certairiement et uniquement poêculaires d'un organe isolé d^ns lequel: la cir-. culation se fait sous une charge constante, et celles d'un or'gane ou d'un segment de membre en rapport avec les autres régions vasculai^es, pouvant subir comme le contre-coup des; autres variations circulatoires produites dans les organes .périphériques,, pouvant surtout être subordonnées aux changements qui surviennent dans la fonction cardiaque.

Dans les cas si complexes de. la circulation chez l'homme, l'appareil de Mosso ne peut fournir à lui tout seul une solution à l'abri de la discussion. Il est indispensable d'être fixe en même temps sur la manière dont fonctionne le cœur, s'il se ralentit ou se vide moins complètement, bref s'il envoie moins de sang à la périphérie quand diminue le volume du membre.

Cette notion essentielle ne nous paraît. pouvoir être obtenue que par Texploration de la pulsation du cœur.

Marey, rapprochant la cardiographie chez les animaux de l'exploration extérieure du cœur chez l'homme, a bien montré dans ses différentes publications l'importance :de, la ligne d'évacuation du tracé ventriculaire, ligne dont l'injcUnaison plus ou moins accusée correspond aune diminution de. volume, à une déplétion du cœur plus ou moins rapide.

L'exploration de la pulsation du cœur nous paraît donc nécessaire pour établir, autant que possible, les rapports qui relient les variations de volume d'un organe ou d'une portion de membre aux changements survenus dans la fonction cardiaque.

Par exemple dans ses recherches sur les effets du froid ap-^ pliquéàune main sur là circulation de la main opposée, Mosso eût avantageusement inscrit les courbes cardiaques en même temps que les changements de volume du membre supérieur. L'influence réflexe du froid peut en effet modifier primitivement le jeu du çœuri du moins doit-on apporter la preuve que. telle n'est point son action initiale, quand on présente la diminution de volume comme primitivement vasculaire. \

Mais,' en revanche;dans tous les cas où Mosso a exécuté des

recherches surtout ou purement mécaniques (compressions veineuses , compressions artérielles), les indications' qu'il a obtenue& sont des plus nettes : la distension des vaisseaux par Faccumulation du sang veineux, leur affaissement par la suppression de Tafflux artériel, etc., se lisent nettement sur ses tracés. Il en est de même du resserrement vasculaire déterminé par Texcitation faradique.

Nous verrons tout à Theure cependant que Ton peut aller plus loin dans l'analyse d'un grand nombre de phénomènes dont les recherches de Mosso donnent le sens général avec une parfaite précision, mais ne peuvent fournir, vu la lenteur des indications du pléthysmographe, les détails minutieux.

J'ai indiqué,, dans l'exposé comparatif des recherches de Fick et de celles de Mosso, la différence essentielle qui devait être établie entre elles : Fick inscrivait exclusivement les variations rapides du" volume de la main en rapport avec les pulsations artérielles ; Mosso s'est préoccupé de l'inscriptiofi et de l'évaluation des changements déterminés dans le volume de la main et de l'avant-bras par les modifications de calibre des vaisseaux sanguins ; il a étudié ces variations comme subordonnées aux mouvements propres des vaisseaux, indépendamment de l'action rhythmée du cœur.

Le travail que j'ai exécuté de mon côté représente à la fois les deux ordres de recherches précédentes : comme Fick, j'ai inscrit les changements du volume de la main subordonnés à l'influence cardiaque, c'est-à-dire le résultat des pulsations du tissu vasculaire ; comme Mosso, je me suis attaché à l'étude' des changements de volume absolus, me préoccupant dans mes expériences du niveau des moyennes des courbes obtenues par rapport à l'abscisse.

Le travail du professeur Fick et celui de Chelius m'étaient alors inconnus, et c'est de mon ami Mosso que j'en ai appris l'existence au mois d'août 1875, mes recherches ayant été entreprises au mois de mars de la même année; j'ai encore eu à cette époque seulement connaissance des recherches de Mosso lui-même, recherches dont l'intérêt m'a engagé à poursuivre comparativement les mienïies. -

L'appareil dont j'ai fait usage n'est autre que celui que

'Charles Buiâsoû signala en 1862 (1) dans sa thèse inaugurale. ' ' • '

On sait que Buisson avait enregistré les battçments dueœur ^n appliquant sur la région de la pointe la circonférence' d*iiri entonnoir rempli d'air et communiquant, par un' tube de caout- 'chouc également plein d'air, avec un second entonnoir sem-

t* blable. Sur la membrane de celui-ci reposait un leviet* inscrip-

* «leur.

' « Si Ton remplace, dit-îl, rèntonnoîr explorateur par un bocal rempli d'eau dans lequel on plonge la main, on peut transmettre à distance, au moyen d'un tube vertical, les oscillations de l'eau du bocal. »

Voilà ce qu'on savait des recherches de Buisson quand le professeur Marey m'a engagé à les reprendre et à en étendre l'application.

Charles Buisson avait transformé en appiareil iriscripteur l'appareil à l'aide duquel Piégu avait constaté le premier les doubles mouvements d^expansion et de resserrement des membres. . • - .

J'ai à mon tour adopté le même appareil en y ajoutant quelques modifications : ... -

r Les oscillations* produites-dans le niveau du liquide ont été inscrites à distance, avec tous leurs détails, à l'aide de la transmission par l'air en coiffant le tube vertic^il du bocal iavec un tube de caoutchouc qui aboutissait à un tambour -à levier inscripteur de Marey.

Les modifications que j'ai apportées à l'appareil ont ' eu pour but de prévenir quelques causes d'erreur :

1° Les oscillations de la membrane de caoutchouc à travers laquelle est engagé l'avant-bras ont été supprimées (2).

. (1) Ch. Buisson, Tb. Paris, 1862.

(2) J'ai. déprimé, la pjaque de caoutchouc avec un disque épais de guUa-perçha. fixé Jui-même par une forte traverse en cuivre qu'assujettit' au bocal un collier métallique à charnière.. De cette façon, lesj déplacements du liquide dans l'intérieur du bocal se (raduisen^ en totalité^ par leç changements d\L niveau de la colonne d'eau dans le tube vertical, les oscillations de la membrane élant rendues impossibles.

44 rHANQOIS-FRANGK.

, 2* Les oscillations propres du liquide déplacé dans le tube vertical ont été évitées avec soin (1),

J'ai supprimé celte combinaison d'oscillations étrangères aux mouvements réels en me servant d'un tube d'assez fort calibre muni, au voisinage du bocal, d'une ampoule qui éteipt les effets de la vitesse acquise, en permettant au liquide de s'étaler en surface.

Le tracé suivant, recueilli dans ces conditions nouvelles, m© présente une garantie complète à cause de son identité avec le tracé du pouls, point sur lequel j'insisterai plus tard :

3" Le membre a été maintenu dans un état de tixilé aussi complète que possible (2).

(1) Ces oscillatione in'B*ai<nt doDaé, au début de mes recherchée, quaod j'employais un tube étroit, égfilemenl calibré, des Iracés déforniéa par des ondulations maltiplei dans la ligne de descente de la pulsation; j'obtenais sinti la courbe suivante:

(2) Celte Usité du membre peut être obtenue le plus sûrement el le plus commodément par la suspension de l'appareil, de préférence à l'aide d'un fort lien élastique. J'emploierai désormais ce procédé dont l'efficacité m'es! aujourd'hui démontrée ; mais dans toutes mes expériences je n'en ai point fait usage. Mon appareil incliné était soutenu latéralement, mon coude s'appuyait sur une LBbIctte, et ma main saisissait dans te bocal une barre de bois arrondie. J'obtenais ainsi une immobilité sufUsante pour avoir des tracés purs du toute secousse musculaire, et, quand par hasard un petit mouvement se produisait,' je le reconnaissais a un brusque ressaut du graphique.

VOL-UUK DES OrtGANES. 43

L'appareil ainsi modifie est représenté dans la figure suivante (fig. 8>:

Fig. 3. — Appareil ctplorati'ar iùi cbingïmints du vnlumc de !■ main. — U menibniie a» travers de liquelJe lUssc raviQi-brts est hnmoblliwe par une plaque mÉUllique ; dins la tube vrrllMl muni d'une iinpoule, s'opËrenl I» cliangerDenls dt niveau pi s'inscrivent i) distance i l'aide de la Iranemiision par l'air. '

- On comprend facilement, en comparant les graphiques 1 et 2, pourquoi j'ai aussi longuement discuté la valeur des indications qu'a pu obtenir le professeur Fick avec un manomètre inscripteur à colonne oscillante.

L'inscription des changements du volume de la main au moyen de la transmission par l'air offre, en outre de la fidélité avec laquelle sont enregistrés les moindres détails des mouvements explorés, cet avantage considérable qu'on peut inscrire aimiiltanément, par le même moyen, la pttlsation du cœw, les mouvements respiratoires, le poiils de telle ou telle artère^ etc. ■

La superposition de ces différentes courbes permet d'ap-: précier les rapports qu'ont entre eux les phénomènes enregistrés en même temps ; enverra, dans le chapitre suivant, l'application do ce procédé d'étude.

JS KRAMǻIS^itAKCK.

I*41eatl*Ba faapales p«r l'«pp«reU. - MonvcaieaU de l« ^»Ib et

On voit, d'après le tracé n'a, que la main présente un double mouvement d'expansion et de retrait accusé par la ligne d'ascension et la ligne de descente de chaque ondulation du graphique.

Dès l'ahord, le tracé rappelle exactement celui que fournit le sphygmographe appliqué sur la radiale : c'est qu'en effet on recueille la somme des dilatations et resserrements des vaisseaux contenus dans la main , les dilatations correspondant à l'afïlux du sang artériel, les resserrements à l'écoulement du sang par les veines.

Ces indications intermittentes sont contrôlées par le Iraeé du iphygmographe à transmission (1) recueilli simultanément sur la radiale du côté opposé à celui dont on explore les changements de volume; et, à leur tour, elles peuvent servir de moyen de vériHeafion du sphygmographe.

Pour simplifier l'étude des indications fournies par l'appareil ^ changements de volume, et pour faciliter leur comparaison avec les tracés sphygmographiques, je reproduis {fig. 4) les tracés simultanés des doubles mouvements de la main et de la

Fiï. *. — Tracés des pulsilloDs du cœur (lisne C) et det clungumcntj du «olume dim«in (ligne V] recueillis simulunémeiii. Repères indiquaal l«s tipporu des pulsations la uiain el des pultations du cœur.

(!) V. Marey. Trav. du laboratoire, 18^t. Mémoire sur la pression et la » tesse du sang. (Description du sphygmographo à transmission.)

pulsalion cardiaque et (fig. &) les tracés simultanés du pouls radial et de la pulsation cardiaque.

Du rapprochement de ces courbes résultera la preuve que les doubles mouvementt de la main, affectant avec la fonction cardiaque les mêmes rapports que le pouU dtme geule arlére, doivent être considérés comme l'expression des pulsations totalisées des vaisseaux de la main.

Dans la figure i et dans la figure 5 les plumes des leviers inscripteurs étaient disposées exactement sur une même ligne verticale, et à l'aide des repères verticaux, il est facile d'établir le rapport dans le temps des deux phénomènes cardiaque et vasculaire. Si le début de la systole cardiaque et le début do l'expansion vasculaire de la main (fig. 4) étaient synchrones, nous verrions ces deux débuis sur la même verticale.

Mais Texçansîon de la main provoquée par Tafflux du sang dans lés artères et accusée par la ligne ascendaiite de chaque pulsation, retarde un ^eusur le début de la systole venlriculaire: rôrigine de la pulsation de la main se trouve dès lors reportée un peu en" deçà du repère vertical correspondant au début de la systole ventriculaire.

" Pour apprécier exactement la valeur de ce retard, on prend au compas la distance qui sépare le repère correspondant au début de la systole cardiaque de l'origine d'une expansion de la main, et, reportant cette longueur sur le tracé du diapason inscrit comme d'habitude, on trouve qu'elle représente — de seconde pour le tracé que nous avons sous les yeux.

Examinons maintenant au même point de vue la figure 5 qui

fS .' FRJkNÇOlS-^lTRAKCK. '

rèprcsjîhte le pouls radial .recueilli avec le sphygmographc à Iransmission, en même temps que la pulsation cardiaque. En évaluant delà même manière que tout à Theurele retard de la pulsation radiale sur Je début de la systole ventriculaire", nons le trouvons ici encoi^e équivalent à ^ de seconde. Lés

lieux phénomènes pulsation du tissu vasculaire de la main e( pulsation d'une seule artère {la radiale), affectent donc avec la' fonction cardiaque les mêmes rapports dans le temps, et ce rapprochement suffirait déjà pour établir la commune origine de ces deux ordres de pulsations.

Le fait ressortira plus nettement encore de Tobsorvalion suivante.

Le retard du pouls sur la systole cardiaque n'a pas une valeur constante. Suivant Tétat de la circulation périphérique, suivant la rapidité des battements du cœur et Tévacuation plus <DU moins facile du ventricule, il varie de quelques centièmes de seconde. Or le retard de V expansion vasculaire de la main tarie parallèlement. Ainsi j'ai recueilli des tracés comparatifs dans des conditions d'évacuation du cœur différentes, et j'ai vu le retard augmenté pour la pulsation cardiaque et pour l'expansion de la main quand le cœur se vidait difficilement :

de — de seconde, la valeur de ce retard s'est élevée souvent

à — de. part et d'autre.

it»o *

L'interprétation du phénomène nous est fournie pai^ la notion du temps nécessaire au transport de l'onde, de son point de départ, le cœur gauche, à l'extrémité du membre supérieure L'expansion post-systoUque de toute une masse vasculaire et la dilatation post-systolique d'une seule artère sont en effet absolument comparables : phénomènes déterminés par uno même cause, ils se produisent avec un synchronisme évident quand le tissu et l'artère qu'on explore sont tous deux à une égale dislance du cœur. '

Plus rigoureusement, on pourrait dire que l'augmentation brusque de la pression qui constitue le pouls d'une artère, est de tous points semblable à Taugmentation brusque de là pression-dans le tissu de la main considéré comme un grand sphygmoscope . On sait que chez les animaux l'exploration de

VOLUMte DES OBGÂNES. l'O

là pression artérielle s'opère souvent à' Faide de cet instrument (Marey, Chauveau, Lortet), dans lequel rafïlux du sang, détermine la dilatation d'un doigt de gant en caoutchouc et refoule Tair du manchon de verre qui contient la poche extensible. ■

Dans nos expériences, la main représente le sphygmoscope, et Ton explore ses changements de volume par le déplacement de Teau du manchon. Il en résulte qu'en définitive' ce sont les variations de la pression dans cette main qui déterminent ses changements de volume en rapport avec l'action cardiaque; de plus, les variations qui portent sur la ligne d'ensemble sont liées aux changements .réciproques de la pression arléricllo et do la pression veineuse; .

Intenvétatioii des diffféreiits élémeats eontenns dans les eoarbes des ehaBgenieiits du volmne de la mialii ; lear eomparaison avec les tracés da sphyf^mographe à. transmission.

Chaque systole cardiaque est suivie d'une expansion plus ou moins brusque de toute la masse vasculàire de-^la-^main : ces afllux du sang dans les vaisseaux artériels de ftout calibre s'accusent sur le tracé par la ligne ^ascensionnelle, comme dans le tracé du pouls d'une seule artère l'augmentation brusque de la pression dans cette artère s'annônée.pàr l'élévation du levier inscripteur.

Dans l'intervalle de deux afflux se produit l'écoulement du sang par les vaisseaux veineux, d'où la diminution du volume de la main accusée par la ligne descendante de la courbe, laquelle répond dans le tracé du pouls à là "descente 'du levier déterminée par la diminution de pression dans l'artère explorée.

Entre la liqne ascendante et la ligne. desceadanle se voit le sommet de la courbe dont la forme est plus ou moins aiguë ou arrondie suivant que le • retrait des vaisseaux de la main s'opère plus ou moins rapidement ; de même la forfnè 'du som-

20 riUMÇOIS-FRANCK.

met de la pulsation d'une seule artère varie avec Tétat de la pression dans le système artériel, condition qui permet un afïlux facile ou difficile, suivant que Fécoulement capillaire est abondant ou limité.

La connaissance aujourd'hui bien précise des différents éléments que présente la courbe sphygmographique me dispense d'insister sur chacune des particularités que présente la courbe des changements du volume de la main recueillie dans les conditions de circulation normale.

Il est un détail cependant dont les recherches de Marey ont mis en relief la valeur à propos du pouls artériel, et dont je tiens à bien indiquer la présence dans les tracés des changements de volume : c'est le dicrotisme simple ou double toujours constant sur la ligne de descente. S'il avait pu rester un doute au sujet de la réalité du dicrotisme dans une artère explorée au sphygmographe, je crois que la présence de ce redoublement sur les tracés des changements du volume de la main suffirait à lever toute hésitation, car évidemment le ressaut de la ligne de descente ne peut ici être considéré comme un phénomène indépendant de la circulation elle-même et dû à une oscillation propre du levier enregistreur.

Le dicrotisme que nous observons dans la période de retrait du tissu vasculaire constitue un phénomène identique au dicrotisme de la pulsation radiale ; comme ce dernier, il est dû à une onde liquide réfléchie du centre à la périphérie , à une onde positive de deuxième ordre, l'onde positive de premier ordre étant représentée par la grande ligne ascensionnelle du début de la pulsation de la main (1).

ÉvAliuitlon des ehanf^eiiieiits da Tolame de la main. ^ Gradnatlo»

de l'appareil.

Pour obtenir l'évaluation des changements du volume de la main dans les différentes conditions de l'exploration, j'ai eu

(1) Marey, Mouvement des ondes uquides. Travaux du laboratoire, Paris, G. Masson, 1875.

VOLTIHE DES ORGANES. fil

recours à la graduation de l'appareil en opérant de la façon suivante: l

1° Je ferme complètement Torifice supérieur du bocal par une membrane de caoutchouc tendue que je fixe avec une lame métallique résistante, de façon à en supprimer tout soulèvement.

Le tube d'exploration ordinaire, muni de son ampoule, est mis en communication avec un levier inscripteur, et, dans ce» conditions, le niveau de l'eau à la partie inférieure de l'ampoule restant constant, la plume du tambour enregistreur trace une ligne horizontale, abscisse à laquelle je rapporterai toutes les variations soit positives soit négatives, que j'aurai à déterminer.

Par un petit orifice latéral, j'introduis la canule d'une seringue graduée et je pousse dans le bocal un centimètre cube d'eau ; la plume s'élève jusqu'à un point qui représente l'élévation du niveau du liquide dans l'ampoule quand on ajoute un centimètre cube d'eau au contenu du bocal.

Je déplace un peu le cylindre, et ma plume trace une seconde ligne horizontale parallèle à la première, dont elle est distante de toute la hauteur de l'arc dé cercle décrit sous l'influence de l'addition du premier centimètre cube d'eau.

J'en introduis un second: nouvelle déviation de la plume, nouveau point dont l'élévation au-dessus de l'abscisse commune correspond à l'addition de deux centimètres cubes d'eau.

Le cylindre étant de nouveau déplacé, je recommence la poussée d'un certain nombre de centimètres cubes, et j'obtiens ainsi un escalier dont les degrés diminuent graduellement de hauteur, à mesure que la membrane du tambour, dans lequel l'air est de plus en plus comprimé, devient moins extensible. Ma plume passe donc par une série de points qui correspondent à des additions de plus en plus considérables de liquide dans l'appareil, et enjoignant tous ces points j'obtiens une courbe sur le cylindre tournant. Cette courbe représente une série de valeurs connues, et, en la reportant sur les courbes des expériences faites pendant que la main plonge dans l'appareil, je puis être fixé sur la signification de ces courbes au point de vue de l'évaluation des changements de volume.

2* Pour me rapprocher davantage des conditions de Texpérience ordinaire, je répète la graduation de l'appareil en y plongeant la main. J'ai soin de me mettre à Tabri des variations qui pourraient tenir à la circulation elle-même en comprimant Thumérale de façon à empêcher Tafflux de sang dans la main, et en liant circulairement mon bras pour que le sang coutenu dans les régions immergées ne puisse être chassé par l'augmentation de la pression à leur surface quand j'ajoute de l'eau au contenu du bocal.

Cette seconde épreuve me donne les mêmes résultats que la première, ce qui doit être, puisque l'introduction de la main et de Tavant-bras incompressibles comme le liquide lui-même, ne modifie nullement les conditions de l'expérience.

Ayant ainsi obtenu la courbe des augmentations de volume, il était facile d'inscrire la série inverse en aspirant successivement les centimètres cubes d'eau préalablement poussés dans l'appareil. Cette courbe descendante fait du reste pendant à la première ; le retour sur l'abscisse est constant, ce qui prouve en faveur de la parfaite élasticité de l'appareil inscripteur.

Je pourrai évaluer ainsi en centimètres et fractions de centimètres cubes les courbes d'augmentation de volume obtenues dans les expériences que j'aurai tout à l'heure à détailler; mais il m'était tout aussi nécessaire de connaître les valeurs négatives, c'est-à-dire d'être à même d'apprécier la quantité de sang que j'enlève de ma main ou que j'empêche d'y arriver dans telle ou telle expérience.

Il m'a suffi pour cela d'aspirer avec la seringue graduée des quantités d'eau connues ; mais la graduation de l'échelle négative n'a pu être poussée aussi loin que la graduation de l'échelle positive à cause de la disposition de l'ampoule au voisinage immédiat du bocal.

Il est inutile de reproduire ici ces différenles courbes puisqu'elles ne sont valables que pour un appareil composé d'une série de pièces toujours les mêmes.

SECONDE PARTIE

Expérièaees.

Nous gommes en mesure maintenant d'aborder la partie expérimentale de notre sujet, ayant assez longuement étudié le fonctionnement des appareils et les indications qu'ils fournissent à l'état d9 repos, c'est-à-dire en dehors ele toute influence étrangère au jeu normal des fonctions cardiaque et respiratoire. ... ' : ..

Cette seconde partie comprendra l'étude des trois groupes de phénomènes provoqués soit en agissant directement sur Ja circulation du membre par des actions toutes mécaniques (comme les compressions artérielles ou veineuses), soit en modifiant cette circulation par des influences vasculaires moins directes (comme l'action du froide des courants électriques), soit enfin en faisant varier dans un sens déterminé la fonction respiratoire.

Ces trois groupes de phénomènes se prés^tenl donc à l'étude dans l'ordre suivant :

1° Phénomènes circulatoires déterminés par des influences . rnécaniques.

2*" Phénomènes circulatoires déterminés par des influences nerveuses directes ou réflexes. : .

3° Phénomènes circulatoires déterminés par des ^^a^a(ifo/i6• de la respiration, '

24 FRANÇOIS-nUNGK.

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