‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 30 sur 93 · RESULTATS DES EXPERIENCES · texte numérisé non relu

RESULTATS DES EXPERIENCES

l"" Durée de la période d* excitation latente chez

V homme sain.

Dans nos expériences sur l'homme, nous avons toujours choisi des sujets maigres pour éviter la résistance du tissu adipeux sous-cutané à la transmission de l'excitation jusqu'au muscle. La valeur du temps perdu a présenté chez les divers sqjets une variabilité beaucoup plus grande que chez la grenouille : sur quelques-uns, nous avons noté 0,004, chez d'autres 0,01 de seconde. La durée moyenne la plus ordinaire a été»de 0,006 à 0,008 de seconde. En général la période latente est moins longue chez l'homme que chez la grenouille : Helmholtz et Baxt avaient déjà noté depuis longtemps que la transmission de l'excitation dans les nerfs de l'homme est plus rapide que dans les nerfs de la grenouille ; cette plus grande rapidité a été aussi constatée par d'autres physiologistes dans les muscles de l'homme.

Quand nous avons soumis les muscles des sujets en expérience aux mêmes influences que les muscles de la grenouille (fatigue, variation de l'intensité du courant, etc.), nous avons retrouvé des modifications de même sens dans la durée de la période latente.

Voici le résumé des principaux faits qui ressortent de cette première série de recherches.

1" Différences relatives à V individu. — En général la durée de la période latente chez un adulte normal dont on explore le biceps, ne dépas$e pas 0,006 à 0,008 de seconde. Cependant nous avons observé souvent des variations chez divers

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sujets en apparence dans les mêmes conditions, sans pouvoir déterminer la cause de celte variabilité.

Chez la femme, la durée de la période latente est en général plus grande que chez Thomme : il semble probable que cette durée se rapprochera d'autant plus de celle qu'on observe chez Thomme que le muscle de la femme sera plus habitué à effectuer le même travail que celui de l'homme. Ces différences ont été constatées en explorant d'une part les muscles de quelques surveillantes de la Salpêtriêre et ceux de plusieurs étudiants qui étaient dans les mêmes conditions d'âge et de santé.

Chez lesvieillards, la période latente du biceps s'est montrée, le plus souvent, plus longue que chez l'adulte.

Dans un petit nombre de tracés recueillis chez des enfants, nous avons pu nettement constater les' rapports du temps perdu de leurs muscles avec celui des muscles de Tadulte et du vieillard : chez plusieurs enfants de dix ans environ , la période latente était plus courte que chez le vieillard et même que chez l'adulte. Peut-être en étudiant le temps perdu chez des enfants en bas âge, trouverions-nous un retard plus considérable : Soltmann(l), en effet, a constatéque l'excitabilité des muscles est plus faible chez les animaux nouveau-nés que chez les animaux adultes.

2* Différences relatives aux muscks explorés. — La durée de la période latente n'est pas toujours la même dans les différents muscles de l'homme. Ainsi nous avons trouvé des différences chez le même sujet en explorant comparativement le biceps brachial, le triceps fémoral, les jumeaux, etc.; de même nous avons noté un temps perdu moins considérable dans les muscles du membre supérieur droit que dans ceux membre supérieur gauche. Ces varia.lions ne nous ont paru soumises à aucune règle fixe.

Plus constante et plus évidente est la différence entre la durée de la période latente des muscles extenseurs et fléchis* seurs du même bras : c'est dans le biceps humerai que le temps perdu est le plus court, ce qui pourrait faire admettre une excitabilité plus grande des fléchisseurs.

(1) Soltmann» (Jahrbi f. Kinderheilk. 1877 (Tirage à pari).

aBGBBRCHBS SUR LA DURBB DU TBMFS PBRDU DBS MUSCLES. 147

M. Marey (1) a le.premier noté une différence dans la longueur de la secousse des différents muscles du même animal : chez là grenouille, il a vu que la secousse donnée par le muscle hyoglosse est quatre ou cinq fois plus longue que celle du gastrO'Cnémien. Ritter(2) a constaté chez la grenouille la différence d'excitabilité des fléchisseurs et des extenseurs ; le même fait a été contrôlé par RoUel (3) et Bour (4). Mlle Volklin (5), dans des recherches faites dans le laboratoire de Hermann, a constaté la même différence chez le lapin. Enfm, les mêmes faits observés par nous chez Thomme, viennent s'ajouter à ceux qui démontrent la différence d'excitabi* lité entre les fléchisseurs et des extenseurs chez les animaux.

Chez les sujets affaiblis, dont la nutrition est altérée, le temps perdu est un peu plus long qu'à l'état normal. Il faut dire cependant que la période latente n'est pas nécessaire^ ment plus courte chez les sujets dont la musculature est plus développée et qui sont capables d'efforts plus énergiques : les sujets plus excitables, ayant des muscles de petit volume, présentent souvent un temps perdu moins considérable. Ceci revient 4 dire que la durée de la période latente est plutôt en raison inverse de l'excitabilité que de la puissance du muscle«

Les sigets obligés de garder le lit et surtout les hémiplégiques dont on explorait le côté sain, ont présenté un temps perdu plus long, ce qui semble montrer que l'inactivité des muscles diminue leur excitabilité.

' 3* Différences suivant V intensité du courant. — Chez l'homme comme chez la grenouille, la durée de Texcitalion latente varie suivant l'intensité du courant. Elle augmente avec la diminu* tion et diminue fivec l'augmentation de la force du courant électrique. Si le temps perdu était 0,006" avec de fortes excitations, il peut devenir 0,01 et plus avec de faibles excitations. ^

(1) Marey, Du mouvement) eic*, p. 364*

(2) Ritter, Du-Bois-Reymond's Unters. uebef thier. EleQtr. I s. 317.

(3) Rollett. Sitzungsb. d^ Wiener Akad. 3 Abth. LXX s. 7. - LXXl — LXXII 8. 379, 1874, 1876.

(4) Bout, Wurzb. Verhandl. VIII, s* 221, 1875.

(5) HermaBBié (Handbuch. d; Phfsiol' !« I, p^ 118, 1879.

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4** Différetices produites par la fatigue. — La durée de la période latente du muscle fatigué chez rhomme augmente aussi de 0,008 jusqu'à 0,014 et plus. Malheureusement nous n*avons pas un grand nombre d'expériences sur la fatigue du muscle de Thomme par des excitations successives, parce qu*il nous a été impossible de trouver beaucoup de sigets sains ou malades qui aient consenti à se soumettre à une série de 800 à 1000 excitations successives pendant 15 à SO minutes, car c'est le nombre nécessaire pour provoquer les effets de la fatigue dans le biceps de l'homme. C'est la un grand inconvénient qui ne permet pas toujours dé transporter surl'homme les expériences faites sur l'animal.

Nous avons observé presque tous les effets de la fatigue sur nous-mêmes, en soumettant nos différents muscles (biceps, triceps, etc.) à des séries d'excitations successives, et nous avons toujours observé que sous l'influence de la fatigué^ la période latente chez l'homme devenait plus longue et la courbé musculaire plus étendue et plus basse.

5<> Différences relatives à Vétat de Vactivité du muscle. — ^ La période latente d'un muscle raccourci (par une contrao» tion volontaire modérée) est plus courte que celle d'un muscle en état de repos. — Le même phénomène ayant été observé chez la grenouille, nous renvoyons pour l'interprétation de ce fait au chapitre IV de la l** partie de ce travail.

En résumé, la durée de la période latente* chez l'homme sain n'est pas constante et varie suivant diverses conditions en restant toujours en rapport avec l'excitabilité et ïa contractilité musculaire; elle est aussi en rapport direct avec l'amplitude de la courbe musculaire si l'on agit sur le même muscle d'un sujet déterminé, mais il n'en est pas toujours ainsi sur les divers muscles du même Bujet ni chez des sujets différents.

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