‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 45 sur 93 · HAUT · texte numérisé non relu

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Il ne faut donc chercher, dans les courbes de ce genre, que rexpression des phases de la dilatation d*un vaisseau sous des charges croissantes (1).

Il sera important de multiplier ces recherches et surtout d'étudier comparativement l'élasticité des aortes humaines à différents âges, puisqu'il est démontré que Textensibilité artérielle décroît dans la vieillesse.

On remarquera que dans la figure 40, l'origine des courbes ne correspond pas à une pression intérieure nulle, mais en général à une pression de 2 centimètres 1/2 de mercure.

Cette pression intérieure est nécessaire pour que l'aorte soit remplie au début de l'expérience et présente la forme cylindrique grâce â laquelle tous les points de sa circonférence résistent à la dilatation en vertu de leur force élastique. Une aorte imparfaitement remplie dans laquelle on ferait agir la pression commencerait par acquérir la forme cylindrique et, pour cela, laisserait pénétrer, presque sans résistance, une grande quantité de liquide. On verrait alors la courbe des changements de volume s'élever presque vertica* lement jusqu'au moment où, la réplétion étant parfaite, elle suivrait les phases que l'on observe dans la figure (2).

Les courbes expérimentales de la dilatation de l'aorte sous l'influence de charges régulièrement croissantes montrent que la force élastique des parois de ces vaisseaux croît plus vite que la pression intérieure à laquelle ils sont soumis. Ce résultat concorde avec celui des expériences de Wertheim, mais, ainsi que nous le disions en commençant, ne pouvait être prévu d'après les seules expériences de ce physicien. On peut, en effet, supposer que la force élastique du tissu aortique croisse plus vite que les charges auxquelles on soumet une lanière de ce tissu et que pourtant, la dilatation du vaisseau soit régulièrement proportionnelle à ces charges. En

(1) Peut-être aurait-on des mesures comparatives de l'extensibilité des différentes aortes en donnant aux ordonnés des valeurs correspondantes à la capacité initiale du vaisseau sur lequel on opère.

(2) C'est le même effet que l'on constate dans le cœur quand les ventricules incomplètement remplis entrent en systole. Le premier résultat du resserrement des parois ventriculaires est de donner au cœur la forme globuleuse à partir de laquelle toute diminution de volume des ventricules aura pour effet nécessaire l'expulsion d'une certaine quantité de sang.

RECHERCHES SUR LA TENSION ARTÉRIELLE. i83

effet, par suite de Taugmentation du diamètre du cylindre aorlique graduellement distendu, une même résistance die chaque élément des parois constituerait pour l'ensemble des vaisseaux une résistance décroissante. L'effort qu'une même pression exerce pour dilater un cylindre croît en effet en raison du rayon de ce cylindre, il augmente donc avec la dilatation.

Veut-on une preuve de la dissemblance entre la courbe d'élasticité d'un tissu et celle de la dilatation d'un cylindre formé par ce tissu, on n'a qu'à regarder ce qui se passe sur un tube de caoutchouc Vulcanisé. Les phases de l'allongement d'une bandelette de caoutchouc sont, avons-nous dit, proportionnelles aux efforts de traction auxquels on la soumet, elle se traduisent donc graphiquement par une ligne droite. Les phases de la dilatation d'un cylindre de caoutchouc donnent, au contraire, une courbe à concavité supérieure : 0.0, dans la figure 40, expression d'une augmentation de volume plus rapidement croissante que les augmentations de pression auxquelles est soumis le cylindre de caoutchouc.

On conçoit, d'après ces courbes, que pour obtenir une dilatation proportionnelle aux pressions intérieures, il faudrait que le cylindre sur lequel on agit fût formé d'une substance dont la force élastique, moins rapidement croissante que celle de l'aorte, fût cependant plus rapidement croissante que celle du caoutchouc (î).

Si, au lieu de considérer les rapports du volume de l'aorte à la pression qui s'exerce à son intérieur, nous cherchons à connaître quelle pression intérieure correspond à une augmentation déterminée du volume de l'aorte, nous devrons construire une nouvelle courbe qui, à l'inverse de la première, présentera sa concavité en haut.

Pour faire saisir la différence qui existe entre les deux courbes, nous les réunissons dans la figure 41 .

Pour obtenir la courbe des pressions en fonctions du volume, il faut porter sur l'axe des abscisses les volumes suc-

(1) Ce9 expériences montrent aussi que dans la construction d'appareils ohématiques de la circulation, l'emploi du caoutchouc seul serait imparfait; aussi ai-je l'habitude de revêtir extérieurement l'aorte du schéma d'un tissu inextensible pour corriger cet inconvénient.

MARBT.

cessifs régulièrement croissants que prend le vaisseau et sur celui des ordonnées, Içs valeurs successives de la pression (1), celle-ci étant égale à la force élastique.

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A. — Coarbes des changements de volume d'an tube élastique pour des pressions régalièrement croissantes.

Fig. 41.

B. — Courbet des variations de la pression à l'intérieur d'un tube élastique pour des aocroissements réguliers du volume.

Expériences dans lesquelles se manifeste le module d'élasticité

des artères sur le mvant.

Cette force élastique des artères qui croît suivant une progression plus rapide que la réplétion des vaisseaux explique un certain nombre de phénomènes qui s'observent dans les expériences sur l'homme ou sur les animaux. Nous citerons quelques exemples empruntés à l'inscription des changements de volume des organes, ou à celle de la pression manométrique du sang dans les artères.

Lorsqu'on force le sang à s'accumuler dans les vaisseaux, on constate que la distension du réseau vasculaire se fait d'un mouvement décroissant comme celui de l'aorte dans les expériences mentionnées plus haut ; d'autre part, lorsqu'on

(1) Ces deux courbes sont de formes opposées, puisque l'une a sa convexité tournée en haut, l'autre au contraire» tourne en haut sa concavité ; elles peuvent titre déduites l'une de l'autre par une construction fort simple, et même par un simple retournement. La flgure A, courbe des volumes en fonction de la pression, étant regardée dans une glace ou vue par la transparence, devient la courbe B, si l'on a soin de tenir verUcalemént la ligne suivant laquelle se mesurent les pressions.

BBCaBHCBES SUR LA TC:XI=ION AK-r6>IBLLK. 193

soustrait une partie du corps à l'abord

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seaux capillaires, du "8 système artériel dans le système veineux.

A. Phases de l'augmentation de volume d'un organe dans lequel OH retient te sang par une compression veineuse. — Lorsqu'on retient le sang dans les vaisseaux d'un membre au moyen d'une ligature qui ne comprime que les veines, le membre se gonlle, par suite de l'abord du sang que ^

les artères continuent ^

à lui apporter. Or, si l'on mesure, -au moyen d'un appareil n déplacement, les phases de ce chaù-

LAB. HARBT. IV. 13

194 MARBT.

gement de volume (1), on constate qu'elles correspondent à une force élastique croissante des vaisseaux. Le tracé figure 42 monte par échelons successifs décroissants et forme dans son ensemble une courbe à convexité supérieure analogue à celle des changements de volume de Taorte sous pression régulièrement croissante.

Les saccades de la courbe représentent les pulsations artérielles dont l'amplitude décroît sans cesse à mesure que la tension vasculaire augmente. Or, à chacune de ces pulsations, le sang tend à pénétrer avec une force sensiblement constante, car la circulation générale n'est que peu modifiée par la compression des veines d'un bras ; il s'ensuit que la diminution graduelle des accroissements de volume correspondants à chaque pulsation lient à ce qu'une résistance croissante s'oppose ci la pénétration du sang. Cette résistance, c'est la force élastique des vaisseaux de plus en plus distendus.

B. Phases suivant lesquelles s'abaisse la pression du sang dans une artère au-dessous du point où le vaisseau est coinprimé. — La pression s'abaisse suivant une courbe à concavité supérieure, figure 43 , exprimant un mouvement diminué* La force élastique du vaisseau a donc décru plus vite dans les premiers instants que dans les derniers. Si l'écoulement du sang à travers les capillaires était régulier pendant la durée de cette évacuation des vaisseaux, nous pourrions conclure que leur force élastique décroît plus vite que leur volume, ce qui serait conforme au résultat des expériences faites sur l'élasticité de l'aorte ; mais la quantité de sang qui s'écoule à travers les capillaires est inconnue (2).

Ce que nous savons depuis les travaux de Poiseuille, c'est que l'écoulement à travers les capillaires est proportionnel à

(1) Voir pour les détails de celle expérience le mémoire de M. François- Franck, Trav, du lab., i, II, p. 28.

(2) Nous pourrions toutefois la déterminer, si nous mettions le membre en expérience dans un appareil à déplacement en mesurant à la fois, la pression du sang dans l'artère afférente et le volume du sang contenu dans les tissus. Mais ces expériences sont très difficiles à réaliser sur les animaux dont les membres se prêtent moins que la main do l'homme à être introduits dans les appareils à déplacement et à recevoir le manchon autoclave qni doit les étreindro.

UCBBtCHBS Sm LA TBNStON ART£bIELLB. 195

la pression. Il a donc àù être rapide pendant les premiers instants qui ont suivi la compression artérielle, puis, il s'est graduellement ralenti.

Dans les conditions normales de la circulation, la force

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la pénétration du iaux et la force

expulsive qui chasse le sang du côté des veines, doit avoir une valeur telle qu'elle règle et égalise la pénétration el l'issue du sang, de telle sorte que, dans le système artériel, les variations de la pression rythmées avec les mouvements du cœur présentent un régime régulier.

L'écoulement du sang à travers les capillaires étant continu et sensiblement uniforme, il faut que ia force élastique des artères ail acquis une valeur telle que pendant la durée d'une révolution cardiaque, il s'écoule des artères autant de sang qu'il y en entre pendant celte révolution.

D'autre part, pendant la systole du cœur, en même temps

qu'il entre du sang dans l'aorte et dansle système artériel, il en sort par les capillaires; onpeuten conclure que l'accroissement de la tension artérielle produit par chaque effort systolique est atténué, jusqu'à un certain point, par l'écoulement qui a lieu pendant la dorée de la systole.

Chacune des variations de la pression artérielle qui constitue le phénomène du pouls se composera donc de deux phases: une phase d'élévation de la pression, dans laquelle interviendront à la fois deux influences contraires, un afllux et un écoulement ; une phase d'abaissement de la pression^ pendant laquelle l'écoulement agira seul. Or, pour que le régime régulier de la variation de pression s'observe, il faut que la force élastique des artères soit telle que ces deux phases représentent des valeurs égales, et se traduisent graphiquement par une oscillation dont les deux branches aient la même longueur. Cela ne peut évidemment être obtenu qu'avec une certaine valeur de la tension artérielle; mais cette valeur tend à s'étabhr d'elle-même. Aussi voyonsnous, chaque fois qu'une perturbation quelconque a élevé ou abaissé la pression artérielle, qu'un régime régulier nouveau s'établit.

Fi|. 4t. — ComiircsiiMi ie Vmne I riuitinl Ci vUiiiion de i ca ( ta nivcia inqnel le prodnil 1« noBieau i^gEne ttgatiet des Tiritilom de la pression dans la caralide.

(ClMIJ.

La figure 44 montre comment, à la suite d'une compression de l'aorte au niveau de la bifurcation des iliaques, à l'instant C, la pression qui occupait le niveau a s'élève en b, par suite des résistances plus grandes que le sang éprouve à s'écouler après qu'une de ses larges voies d'écoulement a été oblitérée. Ce passage de a à ^, c'est-à-dire d'un r^ime régulier à faible tension, à un régime régulier à forte ten-

RBCHBRGHES SUR LA TENSION ARTERIELLE. 197

sion, se fait par une série d'oscillations dont les branches sont inégales, la branche descendante devenant de plus en plus longue l'ascendant de plus en plus courte.

Cela signifie que, par suite de la force élastique croissante des artères, la phase d'écoulement du sang, prenant une importance de plus en plus grande, arrive à compenser entièrement celle d'afflux ; alors le régime régulier est atteint.

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