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CHAPITRE I

DU MODULE d'Élasticité dbs artères.

Expériences de Wertheim ; leur insuffisance. — Mesure expérimentale de la dilatation de Taorte sous différentes charges ; courbes des changements de volume d'un vaisseau, en fonction de la pression ; courbes des changements de la pression, en fonction du volume. — Transformation de ces deux sortes de courbes Tune dans Tautre. — Circonstances dans lesquelles le module d'élasticité des vaisseaux se révèle sur le vjivant : changements de volume des organes après l'oblitération des veines ; changements de la pression du sang dans une aorte au-dessous du point comprimé. — Variations rythmées de la tension élastique des artères.

Le physicien Wertheim a fait beaucoup d'expériences sur le module d'élasticité des tissus vivants et en particulier sur celui des artères. Il a constaté que la force élastique de ces vaisseaux croît en raison même de l'allongement qu'ils ont déjà subi ; mais ses expériences, faites sur des bandelettes de tissu artériel soumises à des efforts de traction, ne permettent pas de préjuger de ce qui se passe dans les conditions normales, quand l'allongement se fait dans tous les sens et se traduit par l'accroissement de capacité d'un cylindre formé par ce tissu. On verra, en effet, que telle substance, le caout chouc vulcanisé par exemple, qui, taillée en lanières, présente des allongements proportionnels aux efforts de traction qu'elle subit, offre, si elle est modelée en sphère ou en cylindre creux, des dilatations qui croissent plus vite que les efforts exercés pour les distendre.

C'est par la méthode des déplacements que j'ai tenté de mesurer les changements de volume des artères sous des pressions régulièrement croissantes et d'estimer, par conséquent, le module d'élasticité de ces vaisseaux dans des conditions directement applicables aux phénomènes de la circulation du sang.

RKGBKBCHBS SUB LA TENSION ABTBBIELLE. 179

J*ai pris, à cet effet, des aortes d'hommes ou d^animaux de différentes espèces. Ce qui m'a fait choisir ce vaisseau, c'est que, par sa vaste capacité, l'aorte constitue le principal réservoir élastique du sang et que c'est en quelque sorte à sa tension plus ou moins grande que se rapporte le degré plus ou moins élevé de la tension artérielle.

Expérience. — Voici comment l'expérience était disposée (fig. 39).

Fig. 39. — disposition de Texpérienee destinée à mesurer le nodule d'élasticité

des artères.

Soit M, un manchon de verr^ rempli d'eau et muni de deux bouchons tubulés. A l'un de ces bouchons est adapté un tube gradué dans lequel le liquide du manchon pourra s'avancer sous forme de colonne plus ou moins longue. Par l'autre tubulure, on engage un tronçon d'aorte a, fermé à l'une de ses extrémités par un bouchon plein, et lié, à son autre bout, sur un bouchon de caoutchouc conique percé d'une tubulure qui le met en communication avec un réservoir R plein d'eau.

Tout le système étant rempli de liquide, il est clair que si l'on élève le réservoir R, la charge de la colonne d'eau qui s'exerce à l'intérieur du tube aortique a croîtra ; il en résultera une distension de ce vaisseau et une certaine quantité de l'eau contenue dans le manchon M sera déplacée pour passer dans le tube gradué. La quantité d'eau qui entrera dans le tube mesurera la dilatation de l'aorte, et la longueur dont le

liquide aura cheminé dans le tube sera constamment proportionnelle à la dilatation du tronçon aortique (1).

Si, l'index du tube à déplacement étant sur une division quelconque, on élève le réservoir de 10 centimètres, on voit la colonne liquide s'avancer d'une certaine quantité, exprimant la valeur de la dilatation de l'aorte ; élevons ensuite le réservoir de 10 autres centimètres et nous aurons un nouveau déplacement de l'index, exprimant une nouvelle dilatation du vaisseau. Or, si nous portons en ordonnée les valeurs successives des dilatations de l'aorte et sur l'axe des abscisses les pressions régulièrement croissantes auxquelles l'aorte a été soumise, nous obtiendrons la courbe de l'extensibilité de l'aorte en fonction de la pression.

La Tigure 40 montre une série de courbes ainsi obtenues.

Les courbes A, B, G, D, E correspondent à la dilatation d'aortes d'hommes ou d'animaux sous des charges régulièrement croissantes ; elles offrent toutes ce caractère commun, d'être surbaissées et d'avoir leur convexité tournée en haut. Cette forme exprime que la dilatation de l'aorte devient de plus en plus faible pour des pressions de plus en plus élevées.

Il semble, au premier abord, que le tissu de certaines aortes E et D sqit beaucoup plus extensible que celui de certaines autres, attendu queles ordonnées des courbes qu'elles ont données sont plus hautes et que la courbe s'élève plus brusquement. Il ne faut pas s'en rapporter à cette apparence, parce que l'importance de la dilatation n'est pas seulement proportionnelle à l'extensibilité du tissu aortique, mais aussi à la capacité du vaisseau sur lequel on opère. Les courbes E

(1) Voici un détail pratique et indispensable à connaître. Si l'on introduisait directement dans le tronçon aortique l'eau du réservoir R, cette eau fuirait de toute part, et si elle était colorée, on la verrait se répandre à l'intérieur du manchon de verre. Cela tient à ce que l'aorte ne peut être détachée sans qu'on divise un grand nombre de petites artères qui en émanent et sur lesquelles on ne saurait placer de ligatures. Pour fermer toutes ces ouvertures, on met à l'intérieur de l'aorte une poche de caoutchouc extrêmement mince et beaucoup plus large que l'aorte elle-même. C'est cette poche qui reçoit l'eau et qui, s'appliquant exactement à la face interne de l'aorte, ferme toutes les ouvertures des artérioles qui en émanent, sans présenter par elle-même une résistance appréciable à la distension. L'intermédiaire de cette poche ne change donc pas sensiblement la force élastique de l'aorte.

KECHBBCHES SUK LA TSNStON UTÉBIELLB. 181

et D correspondent à la dilatation d'aortee de bœuf, et leurs ordonnées étaient même, dans la courbe originale, beaucoup

plus élevées que dans la figure 40. J'ai dû réduire de moitié la hauteur de ces ordonnées afm de ne pas exagérer les dimensions de la figure.

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