NERVEUX MÉDULLAIRES ET L*IRIS
Trajot des flbros irîdo-dilalatriees entre la moelle ccrvico-dorsale ei l'iris : niets dorsaux ascendants et transversaux ; filets cervicaux descendants (nerf vertébral). — Au niveau de l'anneau de VieussenSp les filets irions se réunissent dans la branche antérieure de l'anneau. — Le ganglion l*"" thoracique exerce une influence tonique sur les filets irions qui le traversent — Le ganglion cervical supérieur ne reçoit pas de fibres irido-dilatatrices de la partie supérieure de la moelle cervicale. — Au-dessus du ganglion Cervical supérieur, les fibres iriennes se séparent des fibres vaso-motrices pour se jeter isolément dans le ganglion de Casser.
Les recherches d'un grand nombre d'aulëurs, et particulièrement celles de Budge et Waller, Cl. Bernard, R. Wagner, Chauveau, Schiff, Salkowsky, Vulpian, pour ne citer que les plus complètes, ont établi que les fibres irido-dilatatrices proviennent de la moelle cervico-dorsale (région cilio-spinale de Budge et Waller), et des prolongements crâniens delà moelle, (bulbe, tubercules quadrijumeaux).
Nous supposons suffisamment élucidée cette question de la provenance centrale des fibres irido-dilatatrices ; aussi ne sera-t-il question, dans ce chapitre et le suivant, que du trajet suivi par les deux groupes de fibres irido-dilatatrices, entre la moelle et Tiris, d'une part, entre le bulbe et Tii^is, d'autre part.
Cette recherche a été entreprise surtout dans un but de contrôleetpour grouper méthodiquement des résultats connus ; quelques faits nouveaux, relatifs par exemple au rôle que semblent jouer les ganglions placés sur le trajet des filets sympathiques irido-dilatateurs, se sont cependant présentés dans nos expériences. Ces faits seront indiqués au cours de notre exposé.
§1*'. Voies suivies par les filets sympathiques irid(hdilatateurs médullaires^ entre lu moelle et le ganglion !•' thoracique.
Les filets dilatateurs de Tiris fournis par la moelle peuvent être divisés en trois groupes convergeant vers le l*' ganglion thoracique : un groupe ascendant, un groupe transversal et un groupe descendant.
!• Groupe ascendant. Quand on coupe, après avoir fait l'ouverture latérale du thorax et sectionné les côtes au niveau de leur première courbure postérieure, les rameaux d'union entre les paires dorsales et la chaîne sympathique thoracique, en procédant de bas en haut, on constate les faits suivants :
a. La section des rameaux communiquants dorsaux inférieurs, du 10* au 6% ne produit aucune modification du diamètre de la pupille.Ce résultat négatif est contrôlé par l'effet nul de la section totale du cordon thoracique entre les 6* et T rameaux communiquants.
b. Quand on coupe successivement les 5*, 4*, et 3* rameaux communiquants dorsaux, on observe, au moment de la sec* tion, si VoBil est exposé à un demi-jour^ une légère dilatation de l'iris du même côté. Ceci indique déjà que les rameaux communiquants sectionnés contiennent quelques fibres iridodilatatrices. On le démontre en procédant à l'excitation de leur bout périphérique attenant au cordon sympathique. Mais, pour faire cette expérience dans de bonnes conditions il faut éviter la diffusion des courants excitateurs employés. Dans ce but, je fais avec un fil métallique la ligature du rameau communiquant et je soulève, avec ce fil qui est en continuité avec l'une des électrodes, le bout périphérique que l'on doit exciter. Sur le trajet du nerf, au voisinage immédiat de la première électrode, j'applique le second fil induit, pendant qu'un observateur examine la pupille par le procédé ordinaire, c'est-à-dire avec un fil de réticule tendu en avant de l'œil, entre les deux branches du blépharostat. De cette façon, je suis assuré que les excitations restent circonscrites au rameau excité.
Or, les excitations du bout périphérique du 6* rameau corn-
muniquant ont produit, chez quelques animaux (chats), la dilatation de l'iris ; mais c'est exceptionnellement que J'ai observé ce résultat dans un grand nombre d'expériences. Au contraire, l'excitation du bout périphérique des 5', 4* et 3* rameaux communiquants, provoque toujours la dilatation de la pupille correspondante.
Des faits qui précèdent» on peut déjà conclure que la moelle dorsale fournit au cordon sympathique du thorax, quelquefois par la 6% toigours par les 5*, 4* et 3* paires dorsales, des filets irido-dilatateurs ; et que ces filets irido-dilatateurs remontent dans le cordon thoracique vers le ganglion !•* thoracique.
2** Groupe transversal. Le second groupe de filets irido-dilateurs, ou groupe transversal^ est constitué par les rameaux communiquants qui vont directement au ganglion 1®" thoracique sans passer, comme les précédents, par le cordon sympathique: ce sont les â* et 1*' rameaux, communiquants dorsaux.
En opérant sur chacun de ces rameaux, comme tout à l'heure sur ceux des 6% 5*, 4* et 3* nerfs dorsaux, on constate que chacun d'eux agit énergiquement sur la pupille du côté correspondant : les rameaux communiquants de la 2* et de la l'* paires dorsales sont ceux^dont l'action est le plus marquée. Comme on le sait depuis les expériences de Cl. Bernard, ce serait surtout par le 2* rameau dorsal que les influences de la moelle se transmettraient à l'iris ; c'est en effet ce qui a été confirmé par toutes les recherches exécutées jusqu'ici. Les expériences de dissociation des nerfs vaso-moteurs et des nerfs iriens fournis par la moelle dorsale permettent d'affirmer que les filets desl*' et 2* nerfs dorsaux, dont l'excitation provoque la dilatation de la pupille, sont bien des filets iriens et non pas seulement des nerfs vaso-moteurs destinés à la carotide interne, comme MM. Bochefontaine et Debouzy l'avaient conclu de leurs recherches (1),
3** Groupe descendant ou groupe des fi^els vertébraux. La moelle cervicale fournit aussi par sa partie inférieure, comme l'ont depuis longtemps montré Budge et AValler, des filets
(1) Debouzy. (rA. doct. Paris, 1875.)
irido-dilata leurs. L'expérience directe sur les fliets communiquants qui se détachent de la dernière, de l'avant-dernière et de l'antépénultième racines cervicales pour aborder le ganglion 1" thoraciquo montre, en effet, que ces lilets provoquent la dilatation de l'iris. J'aurai l'occasion de revenir avec détails sur la complexité physiologique des rameaux qui unissent la partie inférieure de la moelle cervicale au 1" ganglion thoracique, dans un travail consacré à l'étude du sympathique vertébral : je me borne ici à constater que quand on coupe les filets «erte'èraitr qui constituent les rameaux radiculaires du 1" ganglion thoracique, l'iris présente, au moment de la section, chez un animal aneslhésié, une dilatation comparable à celle que produit ta section des rameaux communiquants i", 2' et 3* dorsaux; que l'excitation du bout périphérique des nerfs vertébraux, allant au ganglion i" thoracique, détermine une dilatation pupillaire uni^leVa^ ayant tous les caractères de celle qui résulte de l'excitation du cordon sympathique cervical; qu'enfm, après la section de ces rameaux, l'iris du côté correspondant présente un diamètre moindre que celui idu côté opposé où les filets vertébraux sont intacts.
De ces dernières expériences il résulte, que les rameaux communiquants des 2' et 1" racines dorsales, des 8*. T, 6' et 5* racines cervicales provoquent la dilatation unilatérale directe de la pupille.
Fl(. 4. — Schcn* de la ditpoiiiiBii des iiets irido-diliiilenri loimii ptr II mo«lL« ctnitadursilc (d'ipiès Ici cipéricnao inr is chii). — Le ituglion <•'' Ihontiqoc G retait : I* It /nift uctuiant toniUlui! pir Ici rimeini eomninnlqitiiil) dei 3*, 4<. s*, <* nttlt ianua qai lai sont imeDét fit le cordon Ibortclque T; !• le fraajv Iramitml tmmi fu les nilMDt ïOmiBanlqainli i" cl »• doniiii ; 3» !e troupe iticaitnl proTeRinl des S*. G*. 1', B* cenicilct pir l« nerf rerlébnl n V.
En réunissant ces données à celles que nous fournit l'étude des rameaux communiquants 5% 4* et 3* dorsaux, nous arrivons à cette formule générale: la moelle cervico-dor^ale^ entre Is niveau delà 5* cervicale et de la 6* dorsale, fournit au ganglion 1" thoracique des rameaux convergents qui contiennent iouSy en plus ou moins grande abondance, des filets iridodilatateurs (flg. 4).
§2. Ganglion !•' thoracique, anneau de Vieussens, gafiglion cervical inférieur et cordon sympathique du cou.
D'après les recherches qui précèdent et qui ne font que contrôler des résultats déjà connus, en leur ajoutant quelques détails, toutes les fibres irido-dilatatrices fournies par la moelle cervico-dorsale convergent vers le 1*' ganglion thoracique.
Ce ganglion est uni au ganglion cervical inférieur, quand ce dernier est bien isolé, comme cela s'observe sur presque tous les animaux, et au cordon sympathique du cou, par deux branches principales qui constituent V Anneau de Vieussens (A. V. fig. 4). On est donc disposé à admettre à priori que les filets irido-dilalateurs, à leur sortie du ganglion 1*' thoracique, suivent les branches de l'anneau de Vieussens pour gagner le cordon sympathique du cou. Or, il s'est présenté dans mes recherches sur la répartition des filets iridodilatateurs entre les deux branches de l'anneau de Vieussens, quelques faits nouveaux que je crois assez importants pour être présentés ici avec détails.
lo Répartition des filets irido-dilatateurs entre les deux brandies de Vanneau de Vieussens. Sur un animal dont le système sympathique est intact, on découvre l'anneau de Vieussens : lasous-clavière (S. cl. fig.4)est coupée entre deuxligatures eton peut agir facilement sur l'une et l'autre branches de l'anneau.
La ligature de la branche postérieure provoque une légère dilatation pupillaire au moment où elle est serrée ; après la section du nerf, l'excitation de son bout supérieur, en rapport avec le ganglion cervical inférieur et le cordon cervical du sympathique, ne produit aucune dilatation de l'iris.
30 PRANÇOIS-PIANGK.
L*excitalion de son bout inférieur , allant au ganglion l*"' thoracique, produit, au contraire, une dilatation passa* gère de la pupille ayant tous les caractères d'une dilatation réflexe. En effet, si l'animal n'est pas éthérisé, l'excitation de ce segment inférieur, se rendant au ganglion 1" thoracique, provoque une dilatation pupillaire double, avec mouvements généraux et signes de douleur.
Nous pouvons déjà conclure que la branche postérieure de Vanneau de Vieussens ne contient pas Us fibres irido-dilatatrices qui passent du ganglion 1" thoracique dans le cordon sympathique du cou, puisque l'excitation de son bout supérieur, en rapport avec le cordon cervical, ne produit pas de dilatation pupillaire. Mais nous pouvons aussi déduire de l'effet dilatateur produit par l'excitation du segment de cette branche de l'anneau qui va au ganglion !•' thoracique, qu'elle contient vraisemblablement des fibres centripètes, sensibles, dont l'excitation produit, par voie réflexe, la dilatation bilatérale de l'iris.
Quand, au contraire, on fait successivement la ligature, la section et l'excitation de la branche antérieure de l'anneau de Vieussens, on observe une série de phénomènes qui prouvent nettement que toutes les fibres irido-dilatatrices amenées au ganglion !•' thoracique par les rameaux communiquants cervico-dorsaux passent par cette voie pour gagner le cordon cervical du sympathique.
En effet, au moment de la ligature de la branche antérieure de l'anneau, la pupille se dilate ; elle reste resserrée après l'interruption des fibres nerveuses soil par la ligature, soit par la section.
Quand on excite le bout supérieur, allant au cordon cervical, de cette branche antérieure de l'anneau de Vieussens, on provoque la dilatation pupillaire totale, tout comme quand on excite le segment périphérique du sympathique cervical .
Par conséquent, les fibres irido-dilatatinces venant de la moelle cei^vico-dorsalCy gagnent le cordon sympathique en passant par la branche antérieure et non par la branche postérieure de Vanneau Vieussens.
Or, la branche postérieure de l'anneau qui ne contient pas
de fibres irido-dilatatrices, contient des fibres vaso-motrices qui se distribuent aussi bien aux réseaux de la carotide interne qu'à ceux de la carotide externe : par suite, il n'est pas logique d'admettre que ce soit l'excitation des nerfs vaso-moteurs qui, en produisant le resserrement des vaisseaux, détermine la dilatation de l'iris. J'ai, du reste, assez insisté sur cette dissociation, dans le précédent chapitre, pour n'avoirpas à y revenir de nouveau.
Influence propre des gunglions. — Un autre fait dont l'intérêt serait incontestable au point de vue de la physiologie générale des ganglions sympathiques, est le suivant :
Quand on isole le ganglion 1^ thoracique de toutes ses communications avec la moelle cervico-dorsale, parla section successive des rameaux communiquants supérieurs, externes et inférieurs, et parla section du cordon thoracique au-dessous du ganglion, on observe un rétrécissement notable de la pu? pille du côté correspondant. Ce rétrécissement n'est cependant point aussi marqué que celui qu'on observe du côté opposé quand on a sectionné le cardon sympathique lui-même.
Quelle est donc la différence entre les deux opérations? La seule qui nous apparaisse consiste en ce que, d'un côté, on a laissé en rapport avec le cordon cervical du sympathique les ganglions l** thoracique et cervical inférieur. Or, c'est de ce côté que le rétrécissement pupillaire est le moins accusé.
Poursuivant la cause de ce phénomène, je fais la section de la branche antérieure de l'anneau de Vieussens, c'est-à-dire delà voie par laquelle arrivent au cordon sympathique du cou les nerfs irido-dilatateurs qui ont traversé le ganglion 1*' thoracique : au moment de la section, dilatation pupillaire ; après la section, rétrécissement permanent, égal de ce côté au rétrécissement du côté opposé.
Que conclure de ce résultat? que le ganglion 1*' thoracique continuait à exercer sur l'iris une certainn influence tonique^ due à son action propre comme centre ganglionnaire. C'est là, évidemment, la seule interprétation qui nous paraisse plausible pour le moment .
J'ajouterai que la section du cordon sympathique lui-même, au-dessus du ganglion cervical inférieur, n'a pas produit de
32 PRANÇ0I8-PRANCK.
rétrécissement plus marqué de Tiris correspondant, ce qui suppose que le ganglion cervical inférieur n'avait pas, sur le système irido-dilatateur périphérique, la même influence tonique que le ganglion l*"" thoracique.
Ces faits ont été constatés, à plusieurs reprises, sur le chat et deux fois sur le chien. Dans les expériences où ils se sont produits, la succession des diverses opérations que je viens d'indiquer a été très rapide : en moins de dix minutes, le ganglion 1"^ thoracique du côté gauche a été isolé de ses connexions avec la moelle et avec le cordon sympathique thoracique; le cordon cervical du côté opposé a été sectionné; la branche antérieure de l'anneau de Vieussens correspondant au ganglion 1*' thoracique isolé a été coupée, enfin, le sympathique cervical du même côté sectionné, sur le chat, à la partie moyenne du cou, sur le chien^ immédiatement <iu-dessous du ganglion cervical supérieur.
Au contraire, quand j'ai répété ces expériences sur des animaux dont le ganglion 1" thoracique d'un côté avait été isolé de ses connexions médullaires depuis plus d'une heure, et dont le cordon cervical du sympathique opposé était sectionné depuis le début de l'expérience, je n'ai point observé que l'iris présentât un resserrement plus marqué par la section de la branche antérieure de l'anneau de Vieussens émanant du ganglion !•' thoracique isolé.
En cherchant la raison de cette différence, j'ai cru la trouver dans l'observation suivante :
La pupille du côté correspondant au 1" ganglion thoracique séparé de la moelle, ne reste pas longtemps moins resserrée que celle du côté où le cordon cervical tout entier a été sectionné. Au bout d'une heure environ, le resserrement est égal des deux côtés ; on n'y ajoute rien en sectionnant le cordon cervical j usque-là intact.
Ôr, si l'on admet que le ganglion 1" thoracique exerce sur l'appareil irido-dilatateur, une influence propre que nous appellerons, pour nous conformer à l'usage, une influence tonique^ on peut supposer que cette influence s'atténue rapidement, le ganglion séparé de la moelle n'étant plus soumis lui-même à l'action centrale qui entretient sa propre activité: les ganglions en effel, semblent remplir, en outre
de leur rôle, d'appareils de convergence, la fonction de relais périphériques subordonnés à Tinfluence du système nerveux central. C'est ce qu'on admet pour les centres ganglionnaires du cœur, pour les centres périphériques des vaisseaux ; c'est aussi ce qui semble devoir être admis pour certains ganglions de la chaîne thoracique ; l'observation de l'influence rapidement décroissante de ces ganglions, quand ils sont séparés des véritables centres, paraît, en effet, autoriser cette conclusion.
L'interprétation que je propose pour expliquer le resserrement moins marqué de l'iris, quand on laisse le ganglion 1*' thoracique en rapport avec le cordon sympathique du cou, que quand on sectionne ce cordon, repose aussi sur un fait constaté antérieurement, par M. Vulpian et qui est tout à fait comparable à celui que je viens de signaler (1). M. Vulpian détruisait le système nerveux cérébro-spinal de la grenouille, et constatait un certain resserrement des pupilles. Il arrachait ensuite le ganglion cervical supérieur d'un côté et notait un resserrement plus marqué de la pupille correspondante. Le ganglion cervical supérieur jouait donc le rôle de centre tonique pour l'appareil dilatateur de la pupille.
Il résulte de ces observations que les filets irido-dilatateurs, considérés à la périphérie,seraientsubordonnés,non seulement à l'influence des centres médullaires et bulbaires, mais encore à celle des ganglions placés sur leur trajet entre les centres et la périphérie. Les expériences précédentes paraissent établir l'action tonique du ganglion 1^' thoracique et du ganglion cervical supérieur sur les appareils irido-dilatateurs. Nous chercherons plus loin s'il t^ possible d'interpréter de la même manière les effets croissants des sections successives du trijumeau exécutées, d'arrière en avant^ jusqu'à la partie antérieure du ganglion de Gasser.
§ 3. Le ganglion cervical supérieur reçoit-il de la partie supérieure de la moelle des fibres irido-dilatatrices?
Cette question , qu'on croirait à priori pouvoir résoudre par Taffirmative , en présence de ce fait que les excitations
(1) Vulpian, Influence de l'extirpation du ganglion cervical supérieur sur les mouvements de l'iris. (Arch, phys. VI, 1874, p. 177.)
LAB. MÀRET. IV. 3
34 F1ANÇ0I8»FEANGE.
périphériques provoquent encore la dilatation pupillaire après la section du sympathique cervical, me parait, au contraire, résolue dans le sens négatif par les expériences directes (1).
Le ganglion cervical supérieur est en rapport avec les pre* mières racines cervicales, par plusieurs rameaux anastomotiques, notamment avec la première paire par des filets directs, avec la seconde et la troisième par l'intermédiaire d'un rameau qui se détache de Tanse formée entre ces deux paires cervicales. Or, en sectionnant chacune de ces branches anastomotiques, on n'observe,du côté de Tiris correspondant, d'autre modification que la dilatation passagère qui accompagne toujours la ligature ou la section d'un nerf sensible rachidien et qui est le résultat d'un acte réflexe. Après la section, l'iris correspondant n'est pas plus resserré que l'iris opposé, à moins qu'au cours de l'opération on n'ait lésé par tiraillement ou contusion le ganglion cervical lui-même. Cet acci* dent s'est produit plusieurs fois dans mes recherches sur ce point, et a pu me laisser croire un instant que les anastomoses cervicales sectionnées contenaient, en e^et, des fibres irido* dilatatrices allant au ganglion cervical supérieur et interrompues par la section.
Mais l'excitation directe du bout périphérique de ces anastomoses, pratiquée chez un animal anesthésiéy et avec toutes les précautions voulues pour que l'excitation ne se transmit pas jusqu'au ganglion cervical supérieur lui-même, a toujours été suivie d'un résultat négatif du côté de la pupille»
fl) SchifT admet le passage d*un certain nombre de ûlets iriens par les anastomoses du ganglion cervical supérieur,, chez le lapin. < L'influence da sympathique sur la pupille existe pour tous les animaux, et si elle est peu marquée chez le lapin, cela tient sans doute à ce que beaucoup des nerfs moteurs de l'iris, entrant dans le cordon cervical du sympathique très près de son extrémité supérieure, ne sont pas compris dans la section qui est faite à la région moyenne du cou. Aussi pourrons-nous obtenir l'effet qui s'obtient sur les autres animaux en faisant Textirpation du ganglion cervical supérieur. » (Schitf, Lbe. di Fiaîol, sperim.^ Florence, S* édition, 1873.) D'après les expériences de M. Vulpian sur les effets de l'arrachement du ganglion cervical supérieur (p. 38) les résultats signalés par M. ^chiff peuvent être compris sans qu'il soit nécessaire d'admettre des fllets dilatateurs de l'iris dans les anastomoses du ganglion cervical supérieur.
HBCHBRGHBS SVK LES NERFS DILATATEURS DE LA PUPILLE. 3&
Il semble par conséquent établi que les filets indo-dilatateurs qui traversent le ganglion cervical supérieur né lui sont amenés que par le cordon cervical du sympathique, lequel les reçoit, comme nous le savons, de la partie inférieure de la moelle cervicale et de la partie supérieure de la moelle dorsale.
La moitié supérieure de la moelle cervicale ne jouerait donc aucun rôle direct dans l'innervation irido-dilatatrice, et les dilatations pupillaires qu'on observe toujours en excitant la moelle elle-même seraient, comme celles qui résultent de l'excitation des régions sensibles, la conséquence d'un phénomène réflexe.
g 4. Trajet des filets irid(hdilatateurs du sympathique eervieal au-dessus du ganglion cervical supérieur (1).
J'ai sommairement indiqué dans le premier chapitre de ce mémoire, à propos de l'indépendance des filets vaso-moteurs et des filets irido-dilatateurs du sympathique cervical, la dissociation anatomique que j'ai constatée au-dessus du ganglion cervical supérieur. Je dois rappeler ici ce fait avec quelques détails et compléter la description qui en a été donnée plus haut.
(1) Je passe sous silence ropinion que l' expérience n'a pas sanctionnée sur la situation superficielle des fibres irido-dilatatrices dans le cordon cervical du sympathique : cette opinion a été admise par Eulenburg et Guttmann dans leur traité de la Pathologie du sympathique
Je ne m'arrêterai pas non plus sur la dissociation des fibres irido-dilatatrices et des fibres vaso-motrices au-dessous du ganglion cervical supérieur» Je Tai cependant constatée quelquefois, mais, quoique le fait en lui-même n'ait rien de surprenant, puisqu'il ne s'agit, en définitive, que d'une division prématurée, je me contenterai de traduire ici une note des leçons de Schift' sur ce sujet, c Dans son trajet au cou, le faisceau vaso-moteur du sympathique est séparé de son faisceau oculo-pupillaire. Mais ces deux faisceaux, dans la majorité des cas, sont si bien accolés l'un à l'autre dans la gaine médullaire, qu'il est impossible de les couper séparément. Cependant il n'en est pas toujours ainsi. Schiff avait déjà publié dans son mémoire sur l'action de la fève de Calabar, qu'il avait réussi quelquefois à voir et à couper isolément d'un côté le filet oculo-pupillaire, de l'autre côté le filet vaso-moteur du sympathique. Dans ces derniers temps (mai 1872), il a trouvé la mOme séparation chez un chien, après avoir isolé complètement et avec soin les deux sympathiques de la game commune qui les réunit au vague. C'est ainsi que du côté gauche, il a pu couper seulement le filet oculo-pupillaire, de l'autre côté le même filet, et en même temps le filet vasculaire. Bien que chez cet animal les vaisseaux ne fussent paralysés que du côté droit, la pupille ne fut pas moins rétrécie du côté gauche que du côté droit. (Note de P. March à la XVII* legon de Schiff. f édition, p. 195, Florence, 1873).
36 FBANÇOIS*FRAKCK.
^o A^mstomose du ganglion cervical supérieur avec le ganglion' de Casser.
Le ganglion cervical supérieur fournit, chez le chien, deux séries de rameaux : les uns se portent en avant et en dedans vers la carotide qu'ils enlacent en formant deux ou trois groupes plus ou moins distincts ; les autres remontent vers la base du crâne pour s'anastomoser, à une plus ou moins grande distance, avec les nerfs crâniens.
Quand on opère avec soin la préparation de la région, après avoir enlevé au thermo-cautère la moitié postérieure du muscle digastrique, on distingue facilement ces deux groupes de rameaux ganglionnaires: on peut déjà agir isolément sur ceux qui accompagnent la carotide, mais pour atteindre commodément ceux qui se détachent de l'extrémité supérieure du ganglion et remontent vers les nerfs crâniens postérieurs, il est presque nécessaire de détacher avec une gouge à main la saillie osseuse que forme dans cette région la caisse du tympan ; en enlevant ensuite avec de fortes pinces la paroi interne de la caisse, on met à découvert le canal osseux occupé par quelques veinules, par la carotide interne et par des filets nerveux.
De ces filets, les uns sont accolés à la carotide et constituent le prolongement des nerfs oarotidiens du ganglion supérieur ; mais il en est un, souvent divisé en deux rameaux parallèles, qui n'affecte avec la carotide qu'un rapport de voisinage et reste indépendant pendant tout son trajet. Ce filet est précisément l'un de ceux qui se détachent de l'extrémité supérieure du ganglion l** cervical ; il constitue l'une des principales anastomoses du ganglion avec les nerfs crâniens.
Sur l'animal vivant, il me paraît impossible de le poursuivre au delà d'un centimètre dans l'intérieur du canal osseux, mais on peut toujours l'isoler sur une assez grande longueur pour en pratiquer la section et l'excitation.
Quand on procède à la dissection sur l'animal mort, après avoir préparé la tête comme pour la dissection du pneumogastrique (coupe du pharynx), on peut poursuivre ce rameau supérieur jusque dans l'intérieur du crâne : il donne, chemin faisant, un petit filet au moteur oculaire externe et va se jeter
en totalité à la face interne du ganglion de Gasser, au niveau du point où s*en détachent les branches maxilliaire supérieure et ophthalmique.
Voilà ce qu'enseigne l'anatomie sur la provenance, le trcget, les rapports et la terminaison de ce prolongement indépendant du ganglion cervical supérieur. Voyons maintenant quels sont les résultats des expériences pratiquées sur lui.
Quand, après avoir fait la section des différents nerfs du plexus carotidien qui se détachent du ganglion cervical supérieur, on excite le sympathique cervical, on voit persister les effets ordinaires de Texcitation de ce cordon sur Tiris et le globe de Tœil: la pupille se dilate, Tœil est projeté en avant et immobilisé par la contraction du muscle orbitaire de Mûlier. On peut donc déjà conclure que les filets irido-dilatateurs contenus dans le cordon cervical du sympathique ne passent pas par les nerfs qui accompagnent la carotide et qu'ils suivent le triget du rameau crânien indépendant. La preuve en est donnée par Teffet de la section de ce rameau : l'excitation du sympathique cesse alors de produire la dilatation de la pupille. Gomme contre-épreuve,on excite le bout supérieur de ce rameau, en évitant, autant que possible, la propagation des excitations aux nerfs du voisinage: ceci s'obtient le plus aisément en soulevant le nerf avec une ligature métallique qui sert d'électrode; on voit alors la pupille présenter une dilatation totale.
Cette expérience a été variée de plusieurs façons, sur le chien où le filet anastomotique du ganglion cervical supérieur avec le ganglion de Gasser est le plus facilement accessible, et sur le chat et le lapin où on ne peut agir isolément sur le rameau par des excitations directes» mais chez lesquels il est facile d'en faire l'arrachement avec un filou le broiement avec une pince. Dans tous les cas,quand on interrompt la continuité de ce filet, l'excitation du cordon sympathique correspondant reste sans effet sur la pupille, tout en continuant à agir sur les vaisseaux.
Nous pouvons donc conclure, qu'au delà du ganglion cervical supérieur, les filets irido-dilatateurs contenus dans le cordon sympathique cervical abandonnent le système sympathique proprement dit, pour aller se jeter dans un nerf crânien.
38 FRANÇOIS-rftANCK.
le trijumeau au niveau du ganglion placé à l'origine des branches de ce nerf.
2® Trajet des fibres irido-dilatatrices du sympathique cervical au delà du ganglion de Casser.
Il était logique, dès lors, de supposer que ces filets indo-dilatateurs du sympathique cervical qui abordent le ganglion de Casser, suivent pour arriver à Tiris le trajet de la branche ophthalmique du trijumeau.
D'anciennes expériences faites par Budge et Waller en 1851 (1), répétées par Coloman Balogh (2), avaient montré que quand on a fait la section du trigumeauen avant du ganglion de Gasser, l'excitation du sympathique cervical reste sans effet sur l'iris. Mais on n'a pas donné la raison pour laquelle cet effet négatif se produit.
trAvec cette notion, que le prolongement anastomotique du ganglion cervical supérieur qui contient les fibres irido-dilatatrices va se jeter dans le ganglion de Gasser, on peut comprendre pourquoi la section du trijumeau , faite au niveau du point où ces fibres abordent le tronc du nerf, entraîne la perte de Faction du sympathique cervical sur la pupille.
J'ai donc repris ces expériences en faisant porter les sections sur le trijumeau avant le ganglion, entre le ganglion et la protubérance, enfin sur l'origine même de la branche ophthalmique. Quand l'opération était suivie de succès, on observait que la pupille continuait à se dilater par l'excitation du sympathique cervical, si la section avait porté en deçà du ganglion ou à la partie postérieure du ganglion de Gasser ; qu'au contraire l'excitation du sympathique restait sans effet sur la pupille si la section avait interressé le nerf au delà du ganglion.
Cette différence des résultats de l'excitation du sympathique sur la pupille était même la seule manière de savoir en quel point avait porté la section du trijumeau.
L'expérience de la section du trijumeau en avant du point où s'opère la jonction des iîbres irido-dilatatrices du sympathique cervical parait suffisante pour établir que ces fibres
^1) Budge et Waller (C. B. Acad, des sciences, octobre 1851). (2) Col. Balogh {MohscboH's uiiieraucb.,^. VIII, 1861).
RBCHBRGHBS SUR LES NBRFS DILATATEURS DE LA PUPILLE. 39
suivent bien la voie de la branche ophthalmique entre le ganglion de Gasser et Tiris.
Il faut du reste se contenter de cette preuve indirecte, car l'excitation delà branche ophthalmique elle même, faite après l'ouverture latérale du crâne, en soulevant le lobe sphénoïdal du cerveau, ne détermine aucune dilatation pupillaire ; souvent même elle provoque un resserrement.
Ce résultat, déjà paradoxal si on considère que les fibres irido-dilatatrices du sympathique cervical ne peuvent suivre que ce chemin pour arriver à l'iris, semble plus anormal encore si on se représente que la même branche ophthalmique contient d'autres fibres dilatatrices de l'iris qui lui viennent du bublerachidien. Nous reviendrons sur la discussion de cet effet paradoxal de l'excitation de la branche ophthalmique quand nous aurons examiné la question de la provenance encéphalique d'un certain nombre de fibres irido-dilatatrices.