CHAPITRE m
NERFS IRIDO-DILATATEURS FOURNIS PAR LE BULBE RACHIDIEN ; LEUR TRAJET DU BULBE AU GANGLION DE GASSBR.
Trajet des fibres irido-dilatatrices entre le bulbe et le ganglion de Casser. — Ces fibres suivent le trijumeau et, à partir du ganglion de Casser, s'associent aux filets du sympathique cervical. Le ganglion de Casser joue-t-il le même rôle de centTe tonique que les ganglions 1" thoracique et cervical supérieur ?
Depuis les recherches de Budge et Waller qui localisaient dans la région dite cilio-spinale de la moelle la provenance des nerfs irido-dilatateurs, on a montré qu'il existe un autre système de Filets présidant à la dilatation de Tiris et tirant son origine des régions supérieures de Taxe spinal, soit du bulbe lui-même, soit de la protubérance, soit des tubercules quadrijumeaux (1).
(i) Le système supérieur des fibres irido-dilatatrices, suivrait d'après E. Salkowski {Henle und Pfeuffers Zeitschr. Beibe 3. XXLY, 167) le trajet suivant, c Ces fibres prennent leur origine au-dessus de l'atlas , probablement de la moelle allongée, et non, comme Budge l'a supposé, de la moelle spinale comprise entre les 6< et 7* vertèbres cervicales ; elles traversent la moelle cervicale sans décuHsation et en sortent par les racines antérieures des 7« et 8* cervicales et des l*** et 2« racines dorsales pour passer ensuite dans le sympathique cervical. » Salkowski admet donc un trajet, descendant d'abord et remontant ensuite, pour ces fibres qui ont leur origine audessus du niveau de l'atlas.
Pour d'autres auteurs, Knoll, par exemple [EckhardCs BeUrége^ 1859), l'irritation d'un tubercule quadrijumeau (nales) n'agit pas direclcment sur la pupille : l'effet produit (dilatation) est double, surtout plus marqué du côlé correspondant au tubercule irrité; la dilatation cesse de se produire si le sympathique cervical est coupé» ce qui semble montrer que l'action doit être attribuée à une irritation qui se propage jusqu'au centre cilio-spinal.
Pour Texposé des opinions de Flourens, Longet, Magendie, Albini, etc., voir la Thèse de Drouin (1876), p. 196.
Schiff admet que le bulbe fournit un certain nombre de fibres sympathiques
RECHBBCHES SUR LEd MERP8 DILATATEURS DE LA PUPILLE. 41
Je n'insisterai pas sur la discussion des recherches qui ' tendent à localiser plutôt dans le bulbe que dans la protubérance ou les tubercules quadrijumeaux, Torigne réelle des nerfs iridodilatateurs: je n'ai pas abordé ce côté de la question dans mes expériences, qui ont eu exclusivement pour but de déterminer le trajet des fibres irido-dilatatrices entre les cen* 1res nerveux et Tiris.
g 1. Détnonstration de la provenance bulbaire d'un certain
nombre de fibres irido-dilatatrices.
La preuve la plus simple qu'il existe d'autres filets présidant à la dilatation de l'iris que ceux qui passent par le ganglion cervical supérieur et proviennent de la moelle cervicodorsale, a été fournie récemment par M. Vulpian (1).
M. Vulpian a vu que chez les animaux dont il avait enlevé le ganglion cervical supérieur et séparé le ganglion 1'^ thoracique de ses prolongements vertébraux, on pouvait encore produire, par voie réflexe, la dilatation de l'iris. Il en a justement conclu que des fibres irido-dilatatrices, indépendantes du système médullaire, devaient prendre leur source dans les prolongements intra-cràniens de la moelle.
Or, les expériences si nombreuses, exécutées sur les modifications pupillaires qui sont la conséquence des lésions du trijumeau, semblent établir que c'est bien par ce nerf qu'arrivent à l'iris les filets dilatateurs ayant leur origine dans l'encéphale.
qui accompagnent le trijumeau : « Chez le chien et chez le chat, les sections faites au-dessus du bulbe, au niveau des fibres transversales des pédoncules cérébraux, ne produisent plus le resserrement de la pupille : on en conclut que, chez ces animaux, le centre des mouvements de Tiris s'élend à toute la moelle allongée. — Chez le lapin, le resserrement pupillaire continue à augmenter quand on fait les sections au-dessus de la limite de la moelle allongée. La raison en est qu'on rencontre là les fibres profondes du trijumeau, et que l'irritation de ces fibres chez le lapin, même après la section de la moelle allongée, produit le resserrement pupillaire. La section portant à la partie inférieure du bulbe et à la partie supérieure de la région spinale où réside le véritable centre des mouvements de l'iris produit un resserrement permanent. {Lez. di ÛsioL ap. 1873, p. 198.)
(1) Vulpian, C, /?. Acad. d. ScienceSt 10 juillet 1878. — «< Les fibres nerveuses dont l'excitation provoque la dilatation de la pupille ne proviennent pas toutes du cordon cervical du grand sympathique. »
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Les seules expériences directes qui puissent démontrer le passage d'un certain nombre de fibres irido-dilatatrices, d'origine encéphalique, dans le trijumeau, sont celles dans lesquelles, après avoir sectionné le trijumeau efitre le ganglion de Casser et la protêt iirance ou sur la partie postérieure du ganglion de Oasser lui-même, on a constaté le rétrécissement de riris.
En effet, comme nous Ta vous vu dans le paragraphe précédent, les sections du trijumeau faites en avant du ganglion interrompent la continuité des fibres irido-dilatatrices venue du cordon sympathique cervical : les sections du trijumeau qui sont faites à ce niveau, nécessairement suivies d'un rétrécissement pupillaire, ne prouvent donc rien en faveur de la provenance bulbaire de nouvelles fibres dilatatrices.
Mais les sections qui portent sur le trijumeau en arrière du point où se jette Tanastomose du ganglion cervical supérieur, étant suivies de rétrécissement pupillaire, on ne peut se refuser à admettre qu'elles ont interrompu la continuité de fibres venant des origines mêmes du trijumeau (bulbe), ou abordant ce nerf avant son émergence des centres nerveux au niveau de la protubérance.
Or, le fait du rétrécissement de l'iris à la suite de sections du trijumeau entre le ganglion de Casser et la protubérance est établi depuis longtemps par les expériences de Magendie et de Cl. Bernard.
J'ai répété ces expériences au point de vue spécial où me plaçaient mes recherches sur l'adjonction au trijumeau d'un rameau sympathique contenant les fibres irido-dilatatrices et j'ai vu, à mon tour, que la section du trijumeau faite en arrière du ganglion de Gasser produit le resserrement de l'iris, mais n'empêche pas la dilatation réflexe de la pupille quand on agit sur le bout central du nerf sciatique, si le sympathique du cou est intact.
J'ai constaté en outre que cette dilatation réflexe fait complètement défaut quand, chez le même animal, on fait une section du trijumeau en avant du ganglion de Gasser, ce qui équivaut à la section des libres irido-dilatatrices du sympathique cervical. En effet, la même disparition des réflexes dilatateurs de la pupille s'observe quand, après avoir fait la
section du trijumeau en arrière du ganglion de Gasser, on coupe le sympathique cervical.
De ce qui précède on peut conclure que les fibres irîdo-dilatatrices du système supérieur (bulbe, protubérance ou tubercules quadrîjumeaux) suivent les filets radiculaires du trijumeau et arrivent jusque dans le ganglion de Gasser où elles se réunissent aux fibres du système inférieur (ou médullaire cervico-dorsal) amenées au ganglion de Gasser par le prolongement crânien du sympathique.
Les nerfs irido-dilatateurs povenant de cette double source suivent la branche ophthalmique,comme le prouve la suppression de toute dilatation réflexe quand cette branche est coupée.
§ 2. L^ ganglion de Gasser joue-t-il le même rôle de centre tonique que le ganglion l" thoracique et le ganglion cervical sur périeur f
Nous avons vu que le rétrécissement de Tiris observé après la séparation du ganglion 1*' thoracique de ses connexions médullaires, s'exagère quand on fait ensuite la section du cordon cervical du sympathique. Cette exagération de l'effet paralytique a été attribuée à la suppression de l'influence propre du ganglion sur les fibres nerveuses qui le traversent.
Nous avons vu aussi qu'on pouvait expliquer de la même manière l'augmentation du resserrement pupillaire qui s*observe chez la grenouille dont le système nerveux cérébrospinal a été détruit, quand on arrache le ganglion cervical supérieur (Vulpian) ; que la même interprétation pouvait être admise pour expliquer les effets identiques chez le lapin, le chat et le chien dont on arrache le ganglion cervical supérieur après la section du sympathique du cou : SchifT qui avait noté le fait chez le lapin l'attribuait à ce que le ganglion cervical supérieur reçoit,chez cet animal,des filets irido-dilatateurs de la partie supérieure de la moelle par les anastomoses cervicales ; mais nous n'avons pu mettre en évidence, ni chez le lapin, ni chez le chat, ni chez le chien, aucun filet irido-di-
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latateur passant directement de la moelle dans le ganglion cervical supérieur ; nous avons donc cru pouvoir conclure, pour ce ganglion comme pour le 1*' thoracique, qu'il exerce sur les fibres qui le traversent une influence conservatrice spéciale que nous avons appelée, selon l'usage, influence tonique.
Or, quand on fait la section du trijumeau en arrière du ganglion de Gasser, on observe un resserrement pupillaire moins notable que quand la section porte en avant de ce ganglion : faut-il dès lors attribuer au ganglion du trijumeau une influence tonique analogue à celle des ganglions cervical supérieur et 1*' thoracique ?
La question ne peut être décidée dans un sens ni dans l'autre pour la raison suivante : la section du trijumeau en arrière du ganglion n' intéresse que les fibres irido-dilatatrices originairement contenues dans le trijumeau; la section faite en avant du ganglion intéresse ces mêmes fibres, et de plus, celles qui sont apportées par le sympathique cervical; par conséquent l'effet de la section de ces dernières s'ajoute à l'effet de la section des premières» et cette addition de deux effets de même sens suffit à expliquer que le rétrécissement de l'iris soit plus complet quand la lésion du trijumeau est faite en avant du ganglion.
Nous ne pouvons donc attribuer, dans ce cas, l'exagération du rétrécissement pupillaire à la suppression du ganglion en tant que centre tonique , puisqu'une interprétation plus simple nous permet de nous rendre compte des effets exagérés de la section du trijumeau faite en avant du ganglion.
Si nous devions poursuivre 'la discussion de ce point intéressant de pathologie expérimentale, l'influence tonique des ganglions en général et de celle du ganglion de Gasser en particulier , nous pourrions aborder l'examen comparatif des lésions nutritives consécutives à la section du trijumeau quand cette section est faite en avant ou en arrière du ganglion de Gasser . Cette digression nous entraînerait trop loin de notre sujet actuel, aussi, nous bornerons-nous à dire que si, en réalité, les désordres de nutrition sont plus accusés du côté de l'œil quand la section du trijumeau porte en avant du gan-
glion de Gasser, on pourrait encore attribuer avec quelque raison une influence tonique générale à ce ganglion, bien que les preuves directes fassent nécessairement défaut, au point de vue de l'action spéciale sur les appareils irido-dilatateurs, et cela pour la raison qui a été indiquée plus haut.