‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 67 sur 93 · CONTENUS DANS LE RÉCURRENT · texte numérisé non relu

CONTENUS DANS LE RÉCURRENT

Le nerf récurrent contient des filets sensibles, qui proviennent delà trach6e et des grosses bronches. — Ces filets remontent dans le récurrent pour gagner le laryngé supérieur par Tanastomose de Galien. — On démontre leur existence par les effets respiratoires et vasculaircs réflexes que produit soit l'irritation du récurrent lui-même, soit' celle de l'anastomose de Galien. Une autre démonstration est fournie par la dégénération des filets Irachéo-bronchiques du récurrent à la suite de la section de l'ahastomoso de Galien.

L'existence de filets sensibles contenus dans le tronc du nerf récurrent et passant de ce nerf dans le laryngé supérieur par Tanastomose de Galien, peut être mise en évidence avec une facilité toute particulière chez le chat.

Cet animal présente une disposition anatomique très favorable à celte démonstration. Le nerf récurrent R (fig. 112), accessible surtout adroite, forme le long de la trachée un tronc volumineux, superficiellement situé et qu'on découvre en écartant l'un de l'autre les muscles sterno-hyoïdiens. En ménageant la grosse veine qui est située dans l'interstice de ces deux muscles, et en érignant vers la droite le muscle slerno-hyoïdien du côté droit, on met à nu le nerf récurrent, qu'il est facile de suivre jusqu'au bord inférieur du larynx. Un peu au-dessus du cartilage cricoïde, le récurrent se divise en deux branches pénétrant toutes deux dans le larynx, en dedans du cartilage thyroïde: la branche interne R', la plus volumineuse, est destinée aux muscles intrinsèques du larynx ; la branche externe et postérieure A. G. , plus grêle, longe la face interne du cartilage thyroïde, et va se jeter aussitôt dans le nerf laryngé supérieur. Cette branche externe du récurrent n'est autre que l'anastomose de Galien. Elle va rejoindre le laryngé supé-

BErLKXKS DD BOUT CXITTfliL DD PKBDIIOGASTRIQDB. 365

rieure L, au niveau du point où s'en détachent les filets sensibles inlra-laryngés (L') et en dedans du point d'émergence du laryngé externe L.E.

Chez le chat, l'anastomose de Galien offre cette particularité qu'elle est accessible en dehors de la cavité laryngée, au-dessous du bord inférieur du cartilage thyroïde dans un espace d'un centimètre environ ; on peut donc facilement l'atteindre sans ouvrir le larynx, la sectionner entre deux ligatures, en exciter alternativement les deux bouts; il est aussi très facile de faire la résection de cette anastomose à l'aide d'une simple incision praliquée le longdu larynx, et de déterminer ainsi la production de tubes nerveux dégénérés dans le nerf i-écurrent; je reviendrai plus loin sur la signillcation physiologique de cetle dégénération.

J'insisterai d'abord sur la démonslration immédiate et directe p^. „^ s.,,.. „ „ ,„„„„. des fibres sensibles du nerf récur- ''<< r<!«rreDi eideraDaïuDiaudc rent, sur leur trajet et sur leur c.»" "»"« =i>»iprovenance.

g I. — Démonstration directe de la présence de filets sensibles dans le nerf récurrent.

Le procédé le plus simple, et en même temps celui qui met le plus nettement en évidence les filets sensibles du nerf récurrent, me parait élre le suivant ;

L'animal est à demi-anesthésié par l'éther et ne réagît pas par des mouvements généraux aux excitations faibles des nerfs sensibles; on lui a, au préalable, administré par injection, dans ta plèvre, un demi-milligramme de sulfate dalropine pour'supprimer les réactions cardiaques qui pourraient

3S6 Funcou-ruHCE.

masquer les modiflcations vaso-motrices. Dan» ces conditions, on fait la ligature brusque du nerf récurrent à la partie moyenne du cou et on observe lea variations de la preasion dans le bout central d'une carotide ou d'une fémorale.

Au moment où on fait la ligature, l'animal ne réagissant pas par des mouvements généraux à cause de l'éthérisation, le cœur ne subissant aucune modification de rythme en raison de la paralysie des pneumogastriques par l'atropine, on observe une élévation graduellement croissante de la pression : de lOG.Hg., par exemple, la pression s'élève en6 secondes à près de 12 C.Hg., puis décroît lentement pour reprendre sa valeur initiale au bout de deux minutes seulement.

Voici l'un des exemples de cet effet vasculaire réflexe produit par la ligature du nerf récurrent droit.

pif. 113.— ErfeU Tuo-nottR» rèOeiMprodniliptrli llgiUn du récuRcnt nite la point L. Li psuion rtnonte P.F. t'fltie es e MCDadei ie lO i 11 esnliiiiitm Bg. (CbaL lliiamètte ) nennra, I notuni.)

' On voit par le tracé précédent que, sans modifications respiratoires, sans réactions générales ou cardiaques, la pression artérielle subit, par la ligature brusque du nerf récurrent du côtédroit, une ascension régulièrement croissante suîvied'une chute graduelle, courbe dont l'ensemble représente l'effet d'un resserrement vasculaire suivi d'un relâchement.

Mais jusqu'ici rien ne démontre que la réaction vasculaire provoquée par la ligature du récurrent résulte plutôt de l'excitation de nerfs sensibles ascendants, remontant du récurrent dans le laryngé supérieur, que de filets sensibles descendants, passant du récurrent dans le pneumo^aslriqua à la base du cou.

Les expériences suivantes prouvent que les IlIels^sensiMes excités sont bien des filets ascendants :

1* On fait une seconde ligature du récurrent au-deêêoua de

■ipLEXBS DD BOVT CRNTBAL DP rnBUMOSASIRigOB. ,367

la première, c'est-à-dire entre la première ligature et l'origine du récurrent au pneumogastrique : aucune modiflcatioa de la pression ne se produit.

S» On pratique de nouveau la ligature du récurrent aU'deisus du point où a été appliqué le premier fil, c'est-à-dire plus près du larynx. Aussitôt apparaît une élévation régulièrement croissante de la pression, arrivant à peu près au même chiffre que dans le cas de la première ligature, et faisant place à une chute lente et graduelle jusqu'au niveau primitif.

Par conséquent, les effets de la première ligature, considérée ici comme excitation traumatique, se retrouvent quand on lie le nerf plus près du larynx.

3' Si on coupe le récurrent en séparant ainsi un bout inférieur et un bout supérieur et qu'on procède à l'excitation successive de ces deux bouts, on n'observe aucune modification vasculaire par l'excitation du bout inférieur, tandis que celle du bout supérieur, allant du côté du larynx, provoque une élévation de pression qui peut être cûnsidérable(l).

(1) Od peul démontrer aussi la eensibllilé du bout périphérique (laryngé) dn récurrent en inscrivanl les modiQcatioQB du rythme raspiraloire. Voici un exempta de l'influença qu'exerce sur les moavemeDls de la respiration l'excitaliou très lïible dD sagment périphérique du récurrent choi le chleo.

Mal* quoique ces madiUcationa respiratoires aieat onè eertaioe valeur comme réactions de U sanaibtlitd, on pourrait tnppager que, danS le aaë actuel elles sont dues aa tpasm* d«a muscles laryogés. Cest pourquoi J'ai pré-

368 FUNÇOIS-PUHCK.

Les variations qu'on observe dans la valeur de celte augmentation de pression sont etlçs-mêirïes en rapport avec l'intensité des excitations apliquées au bout périphérique, du nerf récurrent; en d'autres teriineB' le resserremehfvtfsculaire réflexequi dépend de ces excitations et auquel est due' 1-élévalîon delà pression est d'autant plus intense que les e'xcîtations sont elles-mêmes plus puissantes. C'est ce que montrent les courbes manométriquçs suivantes, recueillies sur le même animal à des instants différents (lig. 115. 116).

Flg. IIS.— RèSeie 'aM-Molciir produit pir l'ciclUlioB hibir (EE. ConilMsiitar U.F. c menti DiDÎcll) do bnnt mfétltar du r^Ditcnl cbn le (bit. Filble Mdlion i pccuion FéBorde P.F. deio ■ It Ug.

Je ne crois pas nécessaire d'insister sur la réalité du réflexe vaso-moteur produit par l'excitation du nerf récurrent sous l'influence de l'irritation des fibres sensibles ascendantes que contient ce nerf : il suflit de dire que la suppression de ces variations de pression a été obtenue par les procédés ordinaires, section delà moelle, etc.

Ce qui me parait plus important, étanldonné que cette réaction vasculaire constitue un témoin incontestable de la présence de fibres sensibles dans le nerf excité, c'est de «"echercber le tr^etde ces filets centripètes entre le point excité et les centres.

féré ne donner dam ce travail que lea rêaullals dc^ exciUtionB du bout périphérique du rccurrenl sur te systi-nio vieculalrc.

L'iuQueDee du nerr laryngé récurrent sur ta reepiralian a élé d'abord démontré* par Durkhard {Ueber den Eiaflus» d. A'ervus Vagus aud di« Atbevbtwegaag. — Pflùgera Areh., I, p. 107) : elle a été étudiée ds nou veaa par Rosonlba! (Beroeri. iiier J. Tbatiykcil d. Autom. yervencentr imbesoad, ob. d. Albembewtgang, — Erlaagea, 1875).

KËPLEXES DD BOUT CENTRAL DC PNBUMOGISTHIQUB.

if. lie. — Rtnci* iito-uiiiEUIcleir praJnil p>r l'Irrluiion électrique (EK. I

H.P. U Dinitll) du.bDDt sopéricRT du riicorrenl cbci le tliit. Lt prtision [eiaorsle P.V

t'mtc de |D,S Hg. à 17 Ht. eoG secondes. [Xinonilre i mercure miiDl d'un nollcar.)

i'Pmsage de ces fibres dansl'anastomosede Catien. — Il était indiqué de chercher directement dans l'anastomose de Galien la présence des filets sensibles du nerf récurrent. En effet il n'y avait aucune probabilité pour que ces filets fussent contenus dans les branches musculaires de ce nerf.

Comme je l'ai dit plus haut, il est très facile d'atteindre sur le chat l'anastomose de Galien au-dessous du larynx, et d'en faire ta section et l'excitation sans pénétrer dans la cavité laryngée.

En pratiquant la Ugature de ce fdet anastomotique sur cet animal du même cdté où le nerf récurrent avait été sectionné et excité, j'ai constaté la même élévation de pression qu'au moment de la ligature, du récurrent; ce fait semblait montrer déjà que les éléments nerveux dont l'excitation passagère produite par la ligature avait déterminé le rétlexe vaso-moteur, se retrouvent dans l'anastomose de Galien.

UB. UBBT, IT. ii

870 FRANÇOIS-FBAKCK.

fCette présomption s'est trouvée conflrmée parla disparition dd tout réflexe vaso-moteur quand on excitait le bout périphérique du récurrent, après la ligature de Tanastomose de Galîen cotTespondante.

!Une démonstration plus directe encore du passage dans ce fil^t anastomotique des fibres sensibles contenues plus bas daïis le nerf récurrent, résulte de l'apparition d'une élévation • nqtable de la pression quand on a pratiqué l'excitation du segment de la branche anastomotique resté en rapport avec le nerf laryngé supérieur. Les courbes manomélriques obtenues dans ce^ conditions sont tout à fait identiques à celles qui ont été pi^ésentées plus haut, et qui avaient été fournies par l'excitaiion du segment supérieur du nerf récurrent lui-même.

'*** Passage des filets sensibles du récurrent et de V anastomose de Galien dans le nerf laryngé supérieur. — Si on coupe le nerf laryngé supérieur, les effets vaso-moteurs réflexes de l'excitation du nerf récurrent ou de l'anastomose de Galien cessent de se produire : le nerf laryngé supérieur reçoit donc de l'anastomose de (lalieh les fllets sensibles du récurrent, pour les conduire au tronc du nerf pneumogastrique par lequel ilsgognent les centres nerveux.

Nous ne pouvons pas pousser plus loin la recherche du trajet de ces filets, parce que dans le nerf laryngé supérieur luimême, ils se trouvent réunis à d'autres fllets sensibles qui y ont été amenés par la branche du laryngé se distribuant à la muqueuse du larynx ; la ligature du tronc du nerf laryngé et l'excitation de son bout central atteignent dès lors d'autres filets que ceux dont il s'agit, et les effets observés ne sont pas seulement le résultat de l'excitation des nerfs sensibles provenant du récurrent.

- Mais la présence de ces derniers fllets dans le nerf laryngé supérieur est suffisamment établie par ce fait que l'excitation du récurrent cesse de déterminer le réflexe vaso-moteur quand Je laryngé supérieur a été coupé.

lÉPLBXES DU BOJIT CBN7RAL DU PNBUX0GA8TEIQUB. 371

I III. — Bégésératioa d'an eertaln noailire de inkes Bervoix daan le nerf réevrreiit à la «vite de la aeetloa de l'aDastonose de Gallen.

L'examen du nerf récurrent quelques jours après la section de Tanastomose de Galien a montré chez le chien (Philipeaux et Vulpian) et chez le chat dans mes propres recherches, la présence d'un certain nombre de tubes nerveux dégénérés (1).

Lu dégénération de ces tubes nerveux après la section de l'anastomose de Galien peut être interprétée de deux manières différentes : ou bien il s'agit de fibres centrifuges, descendant du laryngé supérieur dans le nerf récurrent, ou bien de filets centripètes rempntant du récurrent dans le laryngé supérieur.

La présence de fibres centrifuges, descendantes, dans le nerf récurrent n'est pas directement démontrable : l'excitation du segment du nerf récurrent compris entre le larynx et l'origine de ce nerf au pneumogastrique ne produit aucun effet moteur» aucune modification du rythme cardiaque, si le pneumogastrique correspondant a été coupé. De même la double section des laryngés supérieurs n'empêche pas l'accélération réflexe du coQur de se produire : il n'y a donc pas de preuves que le nerf récurrent contienne, comme Ta pensé M. Schiff, des fibres cardiaques descendantes : M. Rutherford avait déjà mis en doute la présence de fibres de ce genre ; j'ai de mon côté présenté sur ce sujet quelques nouvelles remarques (2) qui tendent à faire rejeter l'hypothèse du passage de nerfs accélérateurs du laryngé supérieur dans le laryngé inférieur par l'anastomose de Galien.

Si donc rien ne démontre la présence de fibres centrifuges,

(1) Dans la note qu'ils ont publiée en 1869 dans les Archîvta de physiologie « Sur rêDastomose qui existe entre Je nerf laryngé supérisfÊt et le hert récurrent », MM. Phiiipeaux et Vulp.tan donnent celte conclasion : « En un mot, le ûlet anastomotique qui existe entre le nerf laryngé supérieur et le nerf récurrent provient exclusivement du premier de ces nerfs, p. 667 .»

Nous arrivons do notre côté à la même conclusion et nous pouvons préciser la nature de ces filets du laryngé supérieur qu'on trouve daiis le récurrent. Ce sont des flluts sensitifs passant du récurrent dansée laryngé supé* rieur, et a>i point de vue anatomique des branches du laryngé! supérieur.

(2) Comptes rendus ^cad. d. Sciences^ 25 août 1879.

372 PEANÇOIS-riANGK.

descendantes, dans le nerf récurrent, les tubes nerveux dégénérés qu'on trouve dans ce nerf à la suite de la section de l'anastomose de Galien, ne peuvent être que les filets sensibles remontant du récurrent dans le laryngé supérieur (1).

I IV. — Provenance des filets sensibles eontenns dans le nerf

réearrent.

D'après la distribution des filets du récurrent au niveau de la bifurcation des bronches, le long de la trachée et le long de l'œsophage, nous pouvons supposer à priori que les filets sensibles qui remontent dans le laryngé supérieur par l'anastomose dé Galien, transportent vers les centres les impressions des muqueuses des grosses bronches, de la trachée et de l'œsophage.

Des expériences directes peuvent montrer qu'en effet la muqueuse des grosses bronches et celle de la trachée reçoivent des filets sensibles du laryngé supérieur.

On pratique sur un chat la double section des pneumogastriques au-dessous des nerfs laryngés supérieurs, et on introduit dans la trachée une canule métallique en forme de T, fermée du côté du larynx, ouverte du côté des bronches : par cette canule on fait arriver sur la muqueuse trachéobronchique des vapeurs d'ammoniaque par exemple, en prenant soin d'éviter que les vapeurs ne se répandent autour de la tète de l'animal et ne viennent irriter les muqueuses nasale et laryngée. La portion de l'arbre respiratoire située audessous du niveau de la canule n'est plus en rapport avec les centres nerveux que par les filets sensibles du récurrent (2), les deuy pneumogastriques étant coupés. Or, au contact des

i) Dans la note déjà cilée MM. Philipeaux et Vulpian s'expriment ainsi : Après s'être accolé au nerf récurrent, ce nerf {f anastomose de GaJien) se divise ea deux filaments d'inégale grosseur F un, ieplus grêle j reste accolé au Slet récurrent, et nous n^avons pas reconnu sa destination; l'autre, plus gros, abandonne bientôt le nerf récurrent pour aller se distribuer i la mu-^ gueuse de la trachée, à une assez grande distance au-dessous du point oh il se sépare de ce nerf. ».

(2) C'est ce filet trachéal que je considère comme le nerf sensible de la partie inférieure de la trachée et des grosses bronches.

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