‹ Physiologie expérimentale: Travaux du laboratoire de M. MareyChapitre 81 sur 93 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

EXPEBIENCES.

En nous servant des procédés qui viennent d'être décrits nous avons cherché à résoudre un certain nombre de ques-: tiens relatives à Tétude de la physiologie cérébrale. Nous indiquerons brièvement, et sans entrer dans le récit détaillé des expériences, les principaux résultats auxquels nous sommes arrivés.

Les recherches consignées dans ce travail ont eu pour but presque exclusif l'analyse des mouvements provoqués par l'excitation du cerveau. Pour produire ces mouvements, on peut appliquer l'excitation $oit sur la substance grise corti-i cale de la zone excito-motrice des circonvolutions, soit sur la substance blanche sou&jacente. De là deux séries distinctes d'expériences et de résultats.

I. — Effets des exeltatlons portant sur la substance grise eortieale

4e la zone exelto-motriee (!)•

A. — Mouvements localisés. — L'excitation électrique de la substance grise corticale peut être faite a l'aide de décharges isolées , ou à l'aide de séries d'excitations plus ou n^oins rapprochées.

Dans le premier cas, Texcitation électrique isolée provoque, (pourvu qu'elle soit suffisante), une secousse musculaire simple. Le tracé recueilli dans ces conditions (A, fig. 136)^ ressemble, a l'amplitude près, à celui que donne le muscle excité de la même façon, directement ou par l'intermédiaire^ de son nerf (B, fig. 136); il diffère, par conséquent, très nota7 blemeht du tracé d'un mouvement obtenu par voie réflexe,

(1) Faits commuDiqiiét à la Société de Biologie, décembre 1877.

«28 FtAXCOIB-ntANCK KT A. PITBES.

lequel est toi^ours modifié par l'itifluence des centres excîlomoleurs.

Fig. I.W. — A. Secoua» unKcnlilTe praiofife par niceitliiiian lidnile unique, ippli^aée. 1 li'ioni) uolrlcc. {Mascki cilentcara du palguel ta chien. Mjofnphe 1 innimiislono — B. SecoDuc mUMolalr* provoigoét par la ntnte exdlalioi *ppliqacc an aeil notenr.

' -^ N. Canrbe muculair». — E. luuaiil di Tcidlition; — T. Tcmpi iasciii par le chni- BDEriphe [diapiMi laierrnpitiir l/ICu". — Rouilan ripidi; du c]Liadro earcfiitreur).

' Les séries de secousses électriques lancées sur l'écorce d'un centre moteur corlical produisent des effets différents, selonqu'elles sont lentes ou rapides. Lentes, elles provoquent des secousses musculaires dissociées ((îg. i37) ; rapides, elles

■3 disaoclécs prodoilei dins l£s oasclca ailentcars du poiinet par uaa séria d'eKilaliont induites appliquées t la lanc malrice. (Les eicitaliona Induilei da nptnre iopI icnlea aunuutgv — M. NhvMiidI. — E. BiciUUon. — Rolatloi di ' c;liDdre, U cenlimèlrui ta lo".)

déterminent le tétanos musculaire. Chez le chien, il faut en-' viron 45 excitations p>ar seconde pour amener la . fusion complète des secousses (B, tig. 138). . > > ■

Il n'est pas sans intérêt de noter qu'il faut un nombre égal

EFFETS MOTEUIB DES EXGITAnONB DU CEKVEAU. 429

d'excitations par Seconde pour provoquer le tétanos, soit que l'on agisse sur le cerveau, sur le nerf moteur ou sur le muscle, chez un même animal.

fit- I3>. — Rseherehç da ehiiïrc 4e rnuloa dct lecaotiei aas Cieitailoas du cervcm. Li partie A de 11 tgait mOMlru que U diuocïéei itec 30 eiciutîoai par lecnsde; dies loni complètement rutioaDte* (Bl iiec SO eiciutiont. — Ti. mouTeaciit ; E, eicfiallons corllcalei ; i/itf' met it diipKon do to vibratEoDs dOBblai par secoodi'.

Lorsqu'au lieu d'employer desexcitations efficaces, c'està-dire assez énergiques pour qu'une seule secousse électrique détermine sûrement une secousse musculaire, on emploie des excitations d'une intensité un peu moins forte, on observe'le phénomène de la sommation des excitations (fig. 139),

Fif. 130. — SomniiloD de> eielUUons Indallei diwl'èeoree dueerreii pendant le tempe >(.■ 6 ei(iiiilans douklei (rapure et cISlure] «ont reettes Inericacei ; l'eUM «onmenu ï sa prodaire en t.

Les premières excitations, étant chacune insuffisante, ne produisent aucune réaction musculaire ; puis, l'application de ces excitations se prolongeant, le muscle donne une série de secousses qui s'inscrivent à un niveau de plus en plus élevé. B. — Retard des mouvements provoqués par les excitations corticales. — Entre le moment où l'excitation est appliquée à la susbtance corticale et l'instant d'apparition du mouve-

439 FEÀNÇOIS-FAANXK BT A. PITKBS*

ment dans les muscles qui dépendent du centre excité, il s*écoule un temps facilement appréciable avec les appareils enregistreurs.

La valoip absolue de ce retard ne varie guère, chez les différents animaux de même espèce, que suivant la taille : ainsi chez un chien de moyenne taille 1ère lard du mouvement dans la patte antérieure étant de^lj-de seconde sur l'instant de l'excitation du centre cortical correspondant, on retrouvera ce chiiîre chez un autre animal de même taille, non anesthésié, dans les mêmes conditions de vigueur, etc. Au contraire, le retard sera plus grand chez un chien déplus forte taille, c'està-dire chez lequel il y aura un trajet plus étendu à parcourir dans la moelle et dans les nerfs. On ne peut .donc pas fixer, pour le retard des mouvements sur l'excitation du cer\^eau, de valeur absolue, comme on le lait pour le muscle. Nous pouvons dire cependantque dans nos recherches, qui ont porté sur un grand nombre d'animaux de taille très variable, le plus faible retard observé a été de -jSg-, le plus considérable de -jjj- de seconde , ces chiffres s'appliquant aux muscles extenseurs du poignet dont on excitait le centre cortical dans l'hémisphère du côté opposé.

Chez un même animal, que l'excitation efficace soit forte ou faible, unique ou multiple, la durée du retard est toujours identique, bien entendu pour une distance égale du centre excité.

Si cette distance augmente, la valeur du temps perdu augmente parallèlement. Ainsi, si on excite simultanément avec les mêmes courants induits le centre du membre antérieur et le centre du membre postérieur dans le même hémisphère, on provoque, dans les membres du côté opposé, deux mouvements qui sont successifs : celui du membre antérieur précédant celui du membre postérieur. Citons un exemple de cette expérience, dont l'analyse permet de déterminer la vitesse de transmission dans la moelle des incitations motrices partant du cerveau. Chez un chien de grande taille, dont nous avions excité simultanément, à l'aide d'électrodes dédoublées, les centres corticaux de l'hémisphère droit présidant aux mouvements des deux membres du côté gauche, ces retards furent de 6^/100" de seconde pour le membre

KFFXTS MOTBURS DBS BXcrTATIaNS DU GBBTEAU. :i31

' antérieur et de 11/100** pour le membre postérieur (fig. 140).

Fig. 140.— HeUrd eonpiré du maiTcncat diit le membrt iniérftor A el (Uns le nemlitc ;o«èr<car P, mr. l'eiciu)ian slpiBlUBtB du centres coiticHii foar «Iiicbd des dan memlir» anitilenr el poiMriepr.

Mais ces chiiTres expriment des valeurs composées, des totaux, dont il convient de dissocier les éléments. Le retard observé dans le membre antérieur comprend :

a. — Le temps perdu du muscle exploré soit ^ de seconde.

b. — Le temps perdu par la transmission dans le nerf moteur, depuisle renflement cervico-dorsal de la moelle jusqu'au muscle (20 centimètres), soit "l/lOO* de seconde.

c. — Le temps perdu par la transmission de l'excitation du centre cortical excité au renflement cervico-dorsal de la moelle (26 cenlimètres), soit 9/200 de seconde.

Le retard observé dans le membre postérieur comprend :

a. — Le temps perdu du muscle exploré, soîl 1/100 de seconde.

b. — Le temps employé par la transmission dans le nerf moteur depuis le renflement lombaire jusqu'au muscle (30centiraélres) soit 3/200 de seconde.

c. — Le temps employé parla transmission de l'excitation, du centre cortical excité au renflement lombaire de la moelle, soit 17/200 de seconde.

Mais nous venons de voir que pour arriver jusqu'au milieu du renfleràentcervico-dorsal.l'excitationcorticaleavait employé 9/200 de seconde, ce qui donne pour les 40 centimètres de

432 ■ rRlKCOIS-FftAIWK ET A. PITUS.

jnoélle séparant l'origine du plexus brachial . de l'origine du sciatique 8/200 de seconde. Un calcul très simple permet de déduire de cette vitesse dans 40 centimètres de moelle' la vitesse dans! mètre, et on a pourl mètre: 1/lOde seconde. Par conséquent les incitations motrices provenant du cerveau parcourent dans la moelle seulement iO mètres par seconde.

C. — Mouvements bilatéraux par excitation simultanée de deux centres corticaux homologues. — Quand on applique, en dédoublant les électrodes induites, des excitations simultanées à deux centres corticaux homologues, on obtient deux mouvements dont les débuis sont synchrones dans les deux membres symétriques correspondant aux centres excités. C'est ce que montre la figure 141 empruntée à une expérience du 27 décembre 1877, dans laquelle nous excitions simaltanément les centres corticaux pour les- membres antérieurs chez un chien de petite taille. '

I deax iDcmbrei anléricnrs dont ]ti des clectrDde» blfurqotci. (ScMma R).

Ë. Eicltalioa commuDe; R,T£Urd IdcMîqiic = S/IUO".

D. — Mouvements bilatéraux par excitation unilatérale {mouvements associés). — Les mouvements provoqués par l'excitation de la zone motrice corticale ne restent pas nécessairement limités aux muscles du côté opposé du corps : si ■ on place, par exemple,- les réophores Bur le centre du membre

KPPBTa VOTBTOS DES EXCITATIONS DD CKBVBAU. 433

antérieur gauche on peut obtenir des secousses musculaires, non seulement dans le* membre anlérieur du c6té gauche, mais encore dans le membre antérieur du côté droit, et quelquefois même dans les quatre membres.

Supposons le cas le plus ordinaire, celui dans lequel les deux membres antérieurs se contractent sous l'inlluence d'une excitation unilatérale du cerveau : les tracés recueillissur ces deux membres montrent que leurs mouvements ne sont ni semblables ni synchrones (fig. 141). Si l'excitation est lancée sur l'hémisphère droit, le membre du c6té gauche se contracte plus tôt et plus énei^iquement que celui du côté droit. Il fournit des secousses simples, susceptibles de se fusionner si les excitations sont assez rapides.

Fif. 1(1. — MaaicBeiiti inMessirt dea deai mBinïrM «ntfticir droll (A. 4.) cl laUrlei

ttuht {A. g.) nnmt on nclu uulcDCnt 1« Ecnlre rorliciE commtndint ti Bcnbi*' tnltrkir droit. Le rtliril (R) du monTcmeitL àes didmIci mhotSoBaés m e«ilra eidlt c*i de 10/«W> da seconde: celui ddi nnsclci aiints dd ««ne «Itt qaa le ceitracMiM ttl de i3/10O*< de seconde.

, Les muscles du membre du côté droit, au contraire, se contractent plus faiblement et plus tardivement que ceux du côté subordonné au centre excité.

Dans l'expérience à laquelle se rapportent les tracés cijoints, la durée du temps perdu pour les deux membres antérieurs a été la suivante :

Membre du côté opposé au centre excité = 10/20O* de seconde.

UB. MABBT. 1¥. *8

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