‹ Physiologie generale de l'education physiqueChapitre 46 sur 47 · ES · texte numérisé non relu

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âoo Ihdc-bV,

Fl6. II, ' — Plan schématique d'un terrain d'éducation physique et de sports.

I, 1; t. Sautoirs. — 2, 2, 2. Arènes pour la lutte, la boxe, le lever de poids. — 3. Emplacement pour l'escrime, — 4. Tennis. — 5. Potences pour les agrès (anneaux, trapèze, corde lisse). — 6. Mât pour le grimper. — 7. Emplacements pour le lancer du boulet, du disque et du javelot. — 8. Barres fa'''Ilèles. — 9. Barre fixe. — 10. Volley bail. —11. Basket bail. — i3. Jeu de boules et jeu de touilles. — 14. Hangar. — i5. Buffet-restaurant. — 16. Magasin aux agrès et aux jeux. — 12 Piomenoir. — 17. Service médical, massage. — 18, 18, 18. Douche, piscine et vestiaire. — 19. Logis du concierge-gardien. — F. Terrain de foot bail. — P. Piste. — S. Stand.

Un collège des sports complet, doit comprendre (i^'ig. 12):

1° Une piste qui pourra être de forme rectangulaire, à angles arrondis, circulaire ou ovalaire. Si la piste est rectangulaire, le rayon de la courbe décrite par ses angles arrondis, ne doit pas être inférieur à 3o mètres. Si l'on ne tient pas compte de cette donnée, les coureurs ne pourront pas aborder franchement ces angles sans risquer des glissades et des chutes. Il est difficile

d'établir une véritable piste pour les courses de fond qui ait moins de 400 mètres. La piste de 5oo mètres est la

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FiG, 12. — Plan d'un stade de 200 )< i5o mètres, établi par le capitaine de Bellefon, instructeui à l'Ecole de Joinville,

A. Arrivée. — Ad. Axe du lancer de disque. — B6. Basket-ball. — BJ. Barres doubles. — Bf. Havre fixe. — B;. Bibliothèque. — Bo Boxe. — Bp. B.irres parallèles. — B«. Bureau. — Ca. Cabinets. — Ce. Combai biïoiinette. — C.'î. Chambre de sudation. — Cic. Cuisine. — D6o. Départ du 60 mètres. — Dioo. Départ du 100 mètres. — Dt ro. Départ du i to mètres, haies. — D2 o Dé art du 2 o mètres.

— D400. Départ du4oo mètres. — DSoo. Déport du 800 mètrt-s. — Diooo. Départ du 1000 mètres. — D'5oo. Départ du i 5oo mètres. — ]^c. Douches ch:!udes. — Eh. Echelle horizontale. — Ej. Entrée des joueurs. — Ep. Entrée du public. — Fb. Foot-ball. — Hp. Hangar contre la plui-. — Lb. Ligne de ballon mort. — L(i. Lancer du disque. — Lid. Limites du lancer du disque. — l.J. [.ancer du javelot. — l.p. Lancer du poids. — Lh. Lutte. — Ma. Matérifl. — Me. Mur escalade. — Mg". Maison de garde. — M)'. Mât vertical. — Pioo. Fisie de 100 mètres. — Pi 10. Piste de iio mètres haut. — P4oo. Piste de 400 mètres (deux lignes droites de 70 mètres, deux lignes droites de 85 mètres, quatre quarts de cercle de 3o mètres de rayon). — Pc. Piscine chauffée. — Pf. Portique français. — P^î. Poids haltère-. — Ps Piste de sautoir. — Pu. Public. — P^. Poutre horizontale. — Rè. Kingde boxe.

— Rt?. Restaurant. — Sj. Sautoir. — Se. Salle de chauffe. — Sm. Salle de massage.

— Sp. Spirobole. — St. Stand. — SiJ*. Salle de pansement. — l'e. Tennis. — To. Tribune officielle. — Tp . Tribune du public. — Vb. Volley-ball. — Ve. Vestiaire.

plus commune. On peut en établir de plus longues, si l'on dispose de la place nécessaire.

2° Une piste droite -pour les courses de vitesse. Elle

PI.AN d'un COI.LÈGE DES SPORTS 3l5

se confondra avec la piste précédente si celle-ci se développe en ligne droite au moins sur loo mètres en l'une de ses portions.

Le tracé des pistes peut être très simplement déterminé par un jalonnement de piquets reliés ou non par des cordes. Les distances y seront indiquées de 5o en 5 G mètres.

3" Des sautoirs qui seront représentés par une aire de 10 mètres de long sur 5 mètres de large, garnie sur une épaisseur d'au moins 20 centimètres de sable, de tan, de sciure de bois ou de liège pulvérisé. Le sable est préférable. La sciure de bois, très hygrométrique, s'imprègne d'eau rapidement, se durcit et nécessite un brassage fréquent. Deux piquets gradués en centimètres sont dressés de chaque côté de l'entrée du sautoir. Une corde élastique est tendue entre eux. Elle représente l'obstacle à franchir et la lecture de la graduation des piquets indique la hauteur de la corde.

Pour les sauts en profondeur, on peut utiliser, comme départ, une échelle, un escabeau, un mur à gradins latéraux construit sur un des grands côtés du sautoir.

4° Un espace libre pour les grands jeux et les exercices d'ensemble. 11 peut être encadré dans la piste et ne demande qu'une délimitation. Si l'on veut jouer au football, il aura une longueur minima de 90 mètres et une largeur minimi de 45 mètres. Si l'on dispose d'assez de place, on lui donnera une longueur maxima de 120 mètres et une largeur de 90 mètres.

5° Des appareils de suspension tels que : barre fixe, anneaux, trapèze, barres parallèles. Il importe, qu'audessous d'eux, existe une aire sablée de o m. 20 d'épaisseur.

6° Des appareils à grimper, représentés par des cordes lisses d'un diamètre de 0 m. 04 à cm. o5, les unes verticales, les autres obliques, des planches inclinées, des échelles, des mâts, des perches verticales, etc. (Fig. i3.)

7° Des objets pesants divers, tels que pierres, poids, gueuses de fonte de 5 à 20 kilogrammes dont les extrémités sont munies de poignées pour en faciliter la pré-

3lé ÉDUCATION DES ENFANTS ET DES ADOLESCENTS

tension, haltères, sacs de sable lestés à volonté, barres

à sphères pour les exercices du « lever et du « porter ».

8° Deux aires circulaires en terre battue, de 2 mètres

de diamètre pour le « lancer » du boulet et du disque.

Fis. i3. — Terrain d'éducation physique pour de nombreux sujets travaillant ensemble. (D'après un plan du Guide p7atique d'éducation fhysiqtite, de G. Hébert.)

I, I, I. Sautoirs. — 2, 2. Escabeaux pour les sauts en profondeur. — 3. Portiques de 8 wiètres supportant douze cordes lisses. — /[ . Pavillon d'escalade composé de cinq plates-formes superposées. — 5. Muraille d'escalade de 6 mètres de liauleiir. — 6. Barres fixes. - 7. Appareils pour escalade, portiques, mâiure. —8. Piste droite pour les courses de vitesse. — 9. Arènes pour les luttes. — ro. Han}.'arset ve-^tiairesr cordes le long de la muraille. — 11. Plateforme de surveillance et de commandemc it, — 12. Marres de suspension et sautoirs. — i3, i3. Piste d'obstacles variés.

— 14. Emplacement pour les exercices du lever. — i5. Emplacement pour les exercices du lancer. — 16. Emplacement avec cibles pour le lancer des objets légers.

— 17. Piste pour les courses de fond.

et une autre, rectangulaire, de 6 mètres sur 3 mètres pour le lancer du javelot. Le poids ordinaire du boulet est de 7kg.25o, celui du disque est de 1800 grammes, mais il va sans dire que l'on disposera pour les adolescents de sphères de fonte moins lourdes dont le poids commencera à i kg. 5oo et de disques plus petits et plus, légers pesant 460 grammes et au delà.

PI.AN d'un coi,i,ègh; des sports 3 17

9' Des arènes pour la lutte, la boxe, les exercices de défense. — On les installe en recouvrant le sol d'une épaisse couche de tan, de sciure de bois ou de sable que maintient une bordure de mottes de gazon.

Des obstacles mobiles (barrières, poutre horizontale, haies artificielles), que l'on disposera à volonté sur les pistes, permettront la pratique des courses d'obstacles. (Fig. 14.)

Des aires de terre battue seront, en outre, aménagées dans des endroits convenables pour le tennis et la longue paume.

Un stand et une butte de tir seront établis le long d'un des grands côtés du stade. Enfin, on pourra fort utilement réserver quelque part dans l'espace libre un emplacement pour l'escrime, un autre, rectangulaire, de i5 à 22 mètres de longueur sur 9 à 10 m. 5 o de largeur pour le Volley Bail et un troisième de 20 à 27 mètres de longueur sur 10 à i5 mètres de largeur pour le Basket Bail, deux jeux de ballon d'importation américaine, très efficaces pour redresser la taille de nos adolescents et leur donner du coup d'œil et de la promptitude. Ils sont absolument sans danger pour les joueurs.

Si l'on dispose d'un espace suffisant, une zone sera réservée aux exercices de terrassement qui sont parmi les meilleurs qu'un homme puisse accomplir, passé la quarantaine.

Chaque fois que le stade pourra être installé en bordure d'une rivière, on l'y placera. Cette disposition permettra les exercices de natation pendant l'été et aussi le sport de l'aviron. La rive du cours d'eau sera munie d'échelles et son fond dragué et débarrassé des objets qui pourraient s'y trouver : objets tranchants, etc. Un jalonnement, réalisé à l'aide de piquets et de cordes, délimitera l'espace dans lequel devront se maintenir les élèves ne sachant pas nager.

Si l'eau fait défaut dans le voisinage, il conviendra de prévoir une canalisation alimentant largement une salle de douches comprenant des lavabos, une douche en

3l8 ÉDUCATION DES ENFANTS ET DES ADOLESCENTS

jet chaude et froide, et une douche en pluie également chaude et froide.

Enfin, une piscine, close de toutes parts et alimentée, hiver comme été, en eau chaude, complétera l'installation. Un vestiaire sera adossé au local des douches ou à celui de la piscine.

Des locaux annexes comprendront :

Un hangar de lo mètres sur 3o pour abriter les élèves lorsqu'il fait mauvais temps.

Un magasin pour le matériel ;

Un logis situé à l'entrée du stade pour le gardien qui sera en même temps chargé de gérer le buffet ;

Un bureaUf également voisin de l'entrée ;

Une salle de massage et de secours médicaux pour les cas d'urgence ;

U71 petit laboratoire contenant des appareils de mensuration (toise, bascule, spiromètre, oscillomètre, dynamomètres), des appareils enregistreurs du pouls, de la respiration, de la contraction musculaire, etc., enfin le matériel d'analyses chimiques nécessaire pour procéder aux examens élémentaires de sang et d'urine ;

Un lieu de réunion pour les élèves auquel sera annexé un buffet ;

Des urinoirs et des water-closets.

Un stade de ce genre représente une installation à peu près complète, permettant de soumettre de nombreux élèves à toutes les formes de la culture physique.

Si l'espace est restreint, ou irrégulier, on utilisera le mieux possible les ressources que présentent le terrain et les constructions avoisinantes, pour installer les barres de suspension, les cordes et, en général, tous les appareils du «grimper ». Un organisateur ingénieux installera toujours son terrain d'une manière commode et économique, rendant possible l'exécution d'une séance de travail complète. Quelles que soient la forme et les dimensions du terrain dont il dispose et si minimes que puissent être ses ressources, il commencera par procéder aux installations les plus nécessaires et que l'on peut considérer comme indispensables :

PLAN d'un collège DES SPORTS

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FiG. 14. — Terrain d'éducation physique pour de nombr-eux sujets travaillant ensemble. (D'après un plan du Guide pratique d'éducation physique, de G. Hébert.)

I, I, I. Sautoirs gradués pour sauts en hauteur et longueur; escabeaux ou talus pour sauts en profondeur. — 3, 2. Espaces libres pour les sauts avec élan. — 3. emplacements pour les exercices du lancer. — 5, 5. Appareils divers servant aux exercices d'escalade et à vaincre le vertige (mâts, portiques, échafaudages, mumilles, échelle^, plate -formes supijrposées, etc.). — 6. Poutres horizontales pour les exercices d'équilibre, les sauts avec appui des mains. — 7. Barres fixes. — 8. Cordes lisses verticales, cordes inclinées et cordes en chaînettes. - 9, 9, 9. Arènes pour les luttes et les as-auts de boxe. — 10. Espace libre pour lé travail collectif. — II. Vestiaire et douches. — 12. Abris, hangars, bureaux, salle de réunion, etc. -i3. Piste d'obstacles. — 14. Piste pour les courses de fond. — i5. Piste droite pour les courses de vitesse.

Une piste pour les courses ;

Des sautoirs ;

Des appareils pour se suspendre et grimper ;

Des fardeaux pour le lever.

Il faut tirer parti du premier espace libre venu, quand cela est nécessaire, pour faire travailler les élèves. Avec de l'ingéniosité, un champ, une prairie, une cour d'école peuvent être immédiatement changés en terrains d'exercice. Les arbres seront utilisés pour le « grimper ». On fixera les cordes aux branches ; des pierres de grosseur et de poids convenables serviront pour le a lever » et pour le « lancer » ; les fossés et les talus seront enfin les obstacles mis à profit pour le saut. iTous les jeux pourront y être pratiqués.

Les stades et collèges des sports situés à l'intérieur des centres habités sont mal placés. Ils doivent être organisés autant que possible à la périphérie des villes, de manière à réunir à la fois les avantages de la ville et ceux de la campagne. On a agi de la sorte pour les hôpitaux, les maisons d'aliénés, les asiles de vieillards; il faut agir de même pour la jeunesse.

Le terrain pourra être avantageusement bordé d'arbres ou situé à la lisière d'un bois qui donnera de l'ombre et de la fraîcheur l'été. La dépense de premier établissement est variable. Elle oscille de 5oo à 25o ooo francs etdavantage si l'on veut réaliser une installation luxueuse. Dans beaucoup de cas, on utilisera une portion de champ de courses, à la condition que ce dernier ne soit pas, comme en beaucoup de villes, riverain d'un fleuve, inondé en hiver.

L'étendue d'un terrain fixe aménagé en stade variera de 2 à 10 hectares. Son entretien n'exige que des dépenses insignifiantes : faucher l'herbe de temps à autre, apporter quelques tombereaux de sable aux appareils de gymnase, réparer les obstacles, tailler les haies, réparer et entretenir les appareils en bon état.

PLAN d'î'xV collège des SPORTS 321

En esquissant l'ordonnance générale d'un collège des sports, on évitera de tomber dans une imitation servile des gymnases grecs ou des thermes romains. Nous ne sommes pas sous le ciel d'Athènes ou de Rome. Il faut tenir compte des progrès accomplis, des mœurs et des conditions climatériques spéciales à notre pays. Les péristyles de marbre deviendront un hangar couvert ; le stade et les xystes se transformeront en piste plate et en piste d'obstacles. On peut réaliser le nécessaire en restant dans une stricte économie.

Les Américains ont eu la précaution de ménager au milieu de leurs villes quelques espaces plantés d'arbres où s'ébattent les enfants. A Boston, à Chicago, à Baltimore, à Philadelphie, à Pittsburg, etc., les terrains de jeux se sont multipliés, organisés. Une association, la Playgronnd Association, guidée par des hommes éminents et surtout agissants, rend des services inappréciables au monde des écoliers et des écolières. Dans la séance de clôture du second Congrès des Associations américaines pour la création de terrains de jeux, M. Woods Hutchinson s'exprimait ainsi, en présence des autorités de la ville de New-York : « Plutôt un terrain de jeu sans école qu'une école sans terrain de jeu ! » Cette phrase n'est pas une boutade. Elle est l'expression même de la vérité.

Frappé de l'absence complète de terrains de jeux scolaires dans nos grandes villes, le Bureau des Enfants de la Croix-Rouge américaine a organisé pendant la guerre une section de terrains de jeux sous la direction de mistress Emma K. Pierce. Ses efforts ont abouti à l'installation de terrains de jeux à Lyon, à Toulouse, à Rouen, à Marseille. A l'heure où j'écris ces lignes, aux portes de Paris, en plein bois de Vincennes, les Américains ont édifié, en vue des Olympiades de l'avenir, un stade entouré de tribunes disposées en hémicycle et pouvant contenir 3oooo spectateurs. Nous qui avons montré la voie de l'héroïsme à l'univers, ne pourrionsnous donc faire en sorte de ne plus recevoir de leçons de nos alliés ?

La matière sensible et vivante de chaque famille humaine comporte une qualité de beauté qui lui est propre. Chaque pays produit tout un ordre d'impressions qu'aucun autre pays ne peut donner. Il y a dans la beauté physique des différences qui correspondent aux qualités différentes des climats. Chaque peuple a son charme spécial et incommunicable, des moyens propres de toucher l'imagination, une responsabilité esthétique spéciale à l'égard d'un type particulier de beauté.

Ces distinctions n'échappent à personne. Un dieu de l'Hellade, dans sa nudité, remplit les conditions imposées par la matière propre à l'Hellade.

Tout le s3'-stème des jugements artistiques doit tenir compte de l'influence du milieu.

L'enchantement que provoque la beauté physique est bien au delà de la poésie et de la science. Ce n'est pas par un jeu accidentel d'ombre et de lumière qu'un beau corps nous plaît, c'est par l'introduction même de la poésie au dedans de lui.

La beauté du corps humain procède, dans chaque peuple, d'un ordre d'impressions spécifiques et d'un charme intraduisible. Il est vrai que les t3'pes de beauté humaine empiètent en partie sur les limites réciproques

I. Extrait du Mercure de France., numéro du i6 septembre 1919.

des continents et se prêtent mutuellement des forces nouvelles.

La beauté des formes humaines est une nn. Elle anime les moindres parcelles de la matière vivante. Elle est toute pénétrée d'une intime solennité. Un type idéal de beauté physique est celui où la distinction entre la forme et la matière est réduite au minimum.

Il est des corps vivants qui ont par eux-mêmes peu de caractère, mais la culture sportive leur prête très aisément une expression nouvelle et les élève. De là est née la supériorité aristocratique du type anglais.

La plus haute poésie est celle que nous présente un beau corps d'homme accomplissant un geste animé et significatif, rapide et concret, illuminé d'un regard, d'un sourire oii se condensent tous les motifs, tous les intérêts, tous les effets d'une longue activité, et qui résume le passé et l'avenir en une seule minute intense et consciente.

Dans ce geste, la nature, avec un tact admirable, a dosé toutes les heures fiévreuses, tumultueuses et colorées de la vie. Elle nous a permis de contempler toute la plénitude de l'existence.

Le corps d'un bel adolescent est un poème qui n'a pas besoin de mots pour s'exprfmer. Quand on voit un bel athlète, on s'étonne de la béatitude inattendue dont le sport a orné ce qui peut paraître la partie la plus vaine de son être : son corps.

Au surplus, un bel athlète possède un inépuisabi-: pouvoir de suggestion. L'art y retourne incessamment comme à une source, toujours renouvelée, de fraîcheur.

La beauté crée autour d'elle une atmosphère d'amour, noue des amitiés ferventes et illumine toutes les pensées des hommes. Dans les beaux corps résident des âmes créées pour la noblesse et douées du sens delà beauté, et ces corps-là sont vraiment plus près-de la nature que les autres.

En leur présence, l'intelligence se sent pleinement satisfaite par l'image visible dont elle perçoit toute la valeur spirituelle. Cette valeur spirituelle remplit la forme toute entière et s'identifie avec elle.

Trop d'expressions de la plastique, dans le cours ordinaire de la vie, pendant le dernier siècle, doivent être rangées dans la catégorie des grotesques. L'idéal français ne doit plus avoir rien de commun avec les grotesques. Une haute culture doit rendre à la plastique française sa suprématie. Allons à la pureté de la ligne corporelle où se mêlent et se pénètrent des éléments physiques et des éléments spirituels confondus ensemble ; tendons à cette ligne, pleine de possibilités de tout un monde renfermé en elle, et qui est la plus haute expression de la vie.

On saisit le fii de toute une suite de lois dans le modelé dun beau bras, dans la ligne harmonieuse d'une belle nuque. La culture ph3'sique est une science oubliée, cachée depuis longtemps. Retombés dans un nouveau cycle de la vie, il nous faut recommencer notre éducation, tout en gardant un certain pouvoir d'en anticiper les résultats.

Acquérir la beauté plastique par les sports est un moyen d'échapper à la « tyrannie des sens ». Par la beauté, l'immersion dans le monde des sens reste indifférente. La sensualité d'un splendide corps d'athlète n'enfièvre pas le sang et ne produit pas les morsures du désir.

Celui qui donne à son corps le développement qu'il comporte trouve son harmonie avec lui-même, avec sa nature physique, avec le monde environnant.

Mais cette beauté plastique, pouvons-nous la faire apparaître dans le tumulte de notre vie moderne? Sans doute le problème de l'harmonie de l'homme avec soimême dans la beauté corporelle est bien plus ardu

aujourd'hui qu'il ne l'était pour les Grecs avec les données si simples de la vie antique. Mais précisément les esprits et les corps n'ont jamais réclamé avec plus d'insistance la plénitude et l'harmonie. Notre monde moderne, aux tendances contradictoires, aux intérêts embrouillés, si fertile en douleurs et en préoccupations de toute espèce, veut enfermer dans les contours les plus clairs le problème de la culture physique. L'homme de ce temps sent le besoin de ressusciter l'équilibre, l'harmonie avec soi-même, le modelé parfait du corps qui va de pair avec celui de l'âme. La beauté plastique se pliera aux conditions de la vie moderne.

L'exercice d'un sport approprié réalise la perfection de la forme corporelle et représente une jo3^euse union avec le monde extérieur. Tout homme qui aspire à la beauté physique cultivée peut employer l'une des nombreuses formes de culture qui proviennent chacune du développement intense, laborieux et unique d'une aptitude spéciale. Ce que veut la beauté, c'est de se sentir vivante. Le temps n'est pas éloigné où les Français de ce temps se réjouiront s'ils consentent à devenir sportifs.

Car le charme de la beauté réside dansla façon qu'elle a de suggérer toujours et profondément la vie. En sa présence, on entend rouler le flot même de la vie, et il semble que tout un été soit près d'éclore soudain.

L'homme ne peut, en aucune manière, modifier les lois naturelles. Mais ce qui lui reste, c'est la beauté et la noblesse de son attitude quand il contemple leurs combinaisons fatales. Ce qui importe, dans cette brève existence, c'est d'\^ faire tenir le plus de choses possible. La culture corporelle et la plénitude du développement physique qui en résulte peuvent, seules, nous donner une impression de vie intense et multipliée. Ce sentiment de la beauté plastique réalisée embellit naturellement nos heures à mesure qu'elles passent.

Après la guerre mondiale, un grand mouvement de l'esprit humain se marque déjà vers le goût de la beauté physique. Au cours de ce solennel vingtième siècle où tendent à se fondre toutes les forces, jadis divisées en

groupes solitaires, l'art, la poésie, la philosophie, la vie religieuse et cette autre vie de plaisirs raffinés et d'action dans la pleine lumière des hautes situations mondaines, toutes ces choses différentes, au lieu de rester confinées chacune dans son cercle de préoccupations, vont tendre à la réalisation de plus en plus nécessaire d'un idéal de beauté plastiqiie.

Une ère plus favorable est née où les pensées des hommes se rapprochent plus qu'autrefois, où les mille intérêts du monde intellectuel et ph3'sique s'unissent pour former une civilisation plus complète. Les hommes communient déjà en grand nombre dans un même esprit d'élévation et cle perfection physiques.

Il ne s'agit pas de revenir à l'Antiquité. Il s'agit de créer en France un mouvement vaste et harmonieux qui réveille l'amour des formes pour elles-mêmes, qui fasse naître une aspiration générale vers une vie plus libre et plus gracieuse, qui pousse les esprits à rechercher les jouissances intellectuelles et Imaginatives par tous les moyens possibles et qui les conduise, par la beauté corporelle retrouvée, à des sources de plaisir anciennes et oubliées.

Il faut que s'adoucisse la rudesse des terribles années qui viennent de finir. Il doit naître dans notre pays un goût général pour la grâce qui poussera sans cesse les esprits vers les sources de la beauté plastique. Venant après une trop longue période où le culte corporel avait été aboli, au terme d'un âge sombre où tant de fontaines de joie intellectuelle et physique avaient tari, ce mouvement marquera bien la renaissance plastique de la race française, son retour à la beauté.

Efforçons-nous d'ajouter à notre esprit national d'indépendance, à ses qualités bien définies, à son intimité, à sa grâce languide, à sa subtile adresse à démêler les éléments des passions, le goût qu'il n'avait plus pour la beauté physique, et le culte du corps humain qu'il avait renié.

Rien ne devrait plus entrer dans la vie française qui ne fût comme pénétré d'un enthousiasme pour la beauté physique vraiment rédemptrice.

Nous pouvons, au milieu d'un monde glacé, faire jaillir tout à coup de dessous la terre française le feu enseveli de la beauté antique.

Nous pouvons faire revivre le Lysis de Platon où nous voyons un groupe brillant de jeunes gens encore indemnes de toute maladie intellectuelle, trouver la fin de toutes choses, dans les aspects du corps humain.

Revenons à l'équilibre des sens et de l'intelligence, que nous avons cherché si loin et si longtemps et qui était si près de nous. Grâce à la culture physique, retrouvons les vraies proportions de la vie. Quittons les abstractions, revenons à l'usage de la vue et du toucher et tâchons de ressusciter en France la suprême tradition de beauté.

Jamais ne se sont présentées sous un jour plus favorable les conditions nécessaires à la culture physique du peuple. Cette terre est sacrée ; elle a le sentiment aigu et joyeux de la vie renaissante. Les hommes ont hâte de sortir d'un passé encore attristé de ténèbres. Ils s'enthousiasment pour un avenir qu'ils ne connaissent pas et qui dépend, eu une grande mesure, du tempérament physique de chacun d'eux.

Il faut qu'on parle désormais de la parfaite nature animale des Français ainsi qu'on a parlé de la parfaite nature animale des Hellèr.es. Les influences qui portent à sa perfection la nature animale sont en partie les mêmes qui président à la formation de la pensée. Sous le ciel de France, un heureux concours de conditions ph3'siques doit faire naître, par le jeu des lois naturelles, un type rare de beauté plastique et d'intellectualité. Un air léger qui plaît aux sens les excite sans les fatiguer, des aspects de la nature plus beaux qu'ailleurs, une argile plus fine pour la formation des corps, un modelé plus déli-

CULTUUE rHYSigi'E ET BEAUTÉ PLASTIQUE 329

cat de l'apparence humaine, voilà les dons de la fortune au Français qui entre dans l'existence. Mettons-les donc en œuvre.

Modelons parfaitement notre corps par la culture physique et par le sport. Que dans un siècle, les hommes reconnaissent que les Français qui agissent, aussi bien que ceux qui créent et pensent, ont enfin acquis un caractère de beauté plastique inimitable. Si cela arrive, les Français apparaîtront grands et libres ; ils se seront élevés du fond même de leur individualité, se seront comme tirés eux-mêmes hors d'eux-mêmes, se seront formés sur le moule qui leur convenait et qu'ils avaient dédaigné. Que la beauté des jeux olympiques de l'avenir soit la beauté française.

La culture physique ouvre à la race française un nouveau royaume de sensibilité et de grâce corporelles, qui n'est pas en opposition avec les religions, mais diffère de leur propre domaine et en est indépendant. Les ministres officiels des religions, animés pour elle d'un zèle intelligent et se montrant les véritables enfants de la Lumière, doués de cœur, d'esprit et de sens vivants, autoriseront désormais un mode de vivre au delà des limites anciennes entre lesquelles subsistaient à l'étroit des millions d'êtres. Ils ne montreront plus aucune antipathie pour les adeptes de la culture physique. Ils ne refuseront plus d'admettre qu'on ne peut subvenir aux besoins supérieurs d'une race qui veut accéder à de plus belles formes, par les seuls moyens mystiques.

Toute chose doit être mise à l'épreuve de l'expérience humaine. L'on ne peut nier lé débordement d'énergie physique qu'il faut canaliser, orienter vers la grande et magnifique beauté physique en laquelle sont encloses toutes les ressources de l'humanité.

Il ne s'agit point d'un esprit de rébellion et de révolte contre les idées morales et religieuses de ce temps. Le souci de la beauté, le culte du corps humain

33o CONCLUSION

ne pousseront pas nécessairement les Français au delà des limites prescrites par l'idéal chrétien. Leur amour pour la pureté des formes ne deviendra pas une étrange idolâtrie, une étrange religion rivale de la vraie- Non ! ce n'est point le retour de l'antique Vénus que nous voulons. D'ailleurs, V4n us n'est jamais partie; elle vit parmi nous, cachée seulement et, avec elle, les vieilles divinités païennes qui n'ont pas cessé de parcourir le monde sous divers travestissements.

L'ascension de l'humanité vers les sommets se poursuit. Il ne faut plus que ceux qui ont reçu mission de perfectionner la race française soient arrêtés à chaque tournant par les rigueurs des controverses qui fatiguent l'intelligence, limitent les sympathies et étouffent les enthousiasmes.

L'antagonisme entre les ministres des religions et ceux qui demandent un jeu plus libre des facultés physiques de l'homme doit cesser. Il n'y a pas d'incompatibilité essentielle entre les divers ordres de beauté. Dans les régions enchantées de la beauté physique, estil donc nécessaire d'être toujours sur ses gardes ? Il n'y a pas deux partis définis ; il ne saurait y avoir d'exclusions absolues. La culture française moderne doit réconcilier les belles choses entre elles pour l'embellissement et l'édification du monde.

Il faut que, dans la noble France, toute controverse entre la culture du corps humain et la culture de l'âme soit inconnue. L'opposition des deux systèmes s'est trop souvent marquée avec brutalité. Le temps est venu où l'harmonie des intérêts physiques et moraux de la France doit se montrer intacte.

Le vingtième siècle va devenir uu âge si passionné, si ardent, et si grave dans sa poursuite de la beauté physique, que tout être humain plastiquement beau deviendra respectable. Des formes de pensée qui, hier, semblaient incompatibles, seront conciliées. Le généreux désir de cet âge sera de donner en pâture au cœur et aux sens des hommes une nourriture également belle et

CULTURE PHYvSIQUE ET BEAUTÉ PIvASTIOUE 33l

proûtable. La réconciliation de la beauté physique avec la mystique chrétienne sera un fait accompli.

Les maîtres de demain feront prononcer à Homère et à Platon des paroles qui eussent été agréables à Moïse. Pour le leur permettre, les philosophes et les exégètes ramèneront au jour des sens cachés ou des significations de mots divines gardées quelque part en réserve et qui se dissimulaient dans un passage quelconque de Chrysostome ou dans une figure d'un livre mosaïque.

« C'est un lieucommun d'école, disait Bacon, d'affirmer que l'homme est un petit monde dans lequel nous distinguons un corps mêlé d'éléments terrestres et de souffles divins, la vie végétale des plantes, les sens des animaux, l'intelligence des anges et la ressemblance même de Dieu. » Nous comprendrons bientôt que cette haute dignité de l'homme qui met ainsi la poussière qu'il foule aux pieds en communion sensible avec l'âme des anges, l'homme la possède, non pas renouvelée par un mystère religieux, mais de droit naturel. La proclamation de cette dignité sera un contrepoids à cette tendance, jusqu'à ce jour soigneusement entretenue, de dénigrer la nature humaine, d'en sacrifier tel ou tel élément, de la faire rougir d'elle-même, d'en mettre sans cesse. en évidence les nécessités douloureuses ou dégradantes. Une force invincible pousse l'homme sur le chemin d'une nouvelle assurance en soi-même, d'une réhabilitation de sa nature, de son corps, de ses sens, et d'un élargissement de son cœur et de son esprit.

On n'opposera plus la beauté charnelle à la beauté de l'âme ; on se contentera de définir les différents états de l'âme dans son passage de la beauté terrestre à la beauté divine. Sans revenir à la sensualité grecque, nous sentirons grandir notre tendresse pour la vie d'autrefois et nous serons plus désireux d'unir les âges disparus au temps présent par une piété naturelle à l'égard de la beauté.

Comprenons donc que cette beauté doit être toute

mêlée à la religion. Elle est toujours soumise à des conditions de temps et de lieu. Ses apparences sont influencées par les divers aspects de la nature, des types humains, des façons d'être et de vivre. Ainsi s'introduit dans la beauté une cause de changement.

De même les religions sont modifiées par tout ce qui modifie la vie de l'homme, suivant des lois naturelles. Elles s'éclairent sous un ciel brillant ; elles s'élargissent quand s'ouvrent les horizons sociaux. Sous la beauté, comme derrière les religions, nous découvrons des forces naturelles et irrésistibles, tantôt ennemies et tantôt amies de l'homme, qui sont le secret de ses joies ou de ses douleurs et savent rendre pour lui la terre dorée et la grappe pleine de feu. C'est pourquoi l'homme sculpte les dieux à son image et les fait aussi beaux qu'il le peut.

Que notre monothéisme devienne joyeux et gracieux ainsi qu'il est naturel dans un âge civilisé.

Le culte de la beauté, si raisonnable, si chaste, si débonnaire, si continuellement lumineux, a été l'élément purifiant qui permit à la religion de l'Helladede s'élever au sublime. Ce fut le privilège de cette religion de pouvoir se transformer en un idéal artistique.

La beauté corporelle reconnaît la « souveraineté de l'âme» ; c'est cette souveraineté qui magnifie et divinise le corps humain. Hélas ! par la puissance de l'abstraction, l'esprit s'est proclamé libre de la chair ; il a prétendu tout absorber dans ses propres émotions ; il est entré dans un chemin qui devait le mener à se défier de la forme, de tout ce qui est extérieur et à exagérer son idéalisme.

Que nos pasteurs fassent un peu plus de cas de la beauté. Sans verser dans un paganisme qui n'a aucune chance de ressusciter de ces cendres, qu'ils se rappellent que les prêtres qui dirigeaient les processions étaient souvent des jeunes gens à qui le prix de beauté avait été accordé. Philippe de Croton eut son monument à Egeste, en Sicile, simplement parce qu'il était beau. La beauté donnait droit à la gloire. Demetrius Phalereus

n'était célèbre que pour un trait de sa beauté : à cause de ses beaux sourcils, on le surnommait charito-blepharos. Dans les temps anciens, Cypsèle, roi d'Arcadie, institua des concours de beauté, sur les bords de l'Alphée. A la fête de l'Apollon de Philé, un prix était offert aux jeunes gens pour le baiser le plus adroit. Les femmes de Lacédémone plaçaient dans leur chambre des images de Nérée, de Narcisse et d'Hyacinthe pour concevoir de beaux enfants.

L'âge du monde où nous sommes verra éclore une vie supérieure dont la beauté physique sera le terme. Car les hommes comprennent déjà que les harmonies, les orages et les victoires du monde invisible et spirituel s'expriment le mieux dans les formes du corps, et donnent à celles-ci un intérêt et une signification dont elles seules sont capables. Dans un torse nu, le sculpteur peut traduire, jusque dans le plus léger détail, toutes les délicatesses de pensée ou de sentiments dont est capable une conscience s'attardant avec délices à méditer sur elle-même. La forme extérieure exprime ce qui est le plus intérieur en fait de passion et de sentiment. Le corps humain est l'interprète de la spiritualité.

Du mélange de deux traditions, de deux sentiments, le sacré et le profane, doit sortir une conception nouvelle de la culture humaine. Cette culture doit, si nous le voulons bien, réunir un jour en France ce que l'ignorance humaine a divisé, et rajeunir ce que le temps a flétri. Ce qui a intéressé une fois des hommes vivants, comme la beauté physique, ne peut jamais cesser tout à fait de vivre. Aucun langage qui fut parlé, aucun oracle qui fit taire la voix des foules, aucun rêve bercé par des esprits humains, rien de ce qui a pu susciter des passions ou fait dépenser du zèle et de l'amour, comme la splendeur d'un corps nu, la perfection d'un visage, la profondeur d'un regard, la noblesse d'une attitude, non rien de tout cela ne peut mourir.

334 CONCLUvSION

Tout cela doit renaître. La lumière de ce jour est froide. C'est une aube brumeuse après une nuit pleine de ténèbres et de sang. Mais dans la tranquillité de l'air matinal, on voit mieux les lignes de l'horizon vers lequel s'avancent les hommes. Toute tristesse est maintenant bannie de leurs visages, car ils songent moins à la longue étape qu'ils doivent faire qu'au but splendide qu'ils atteindront le soir. Les destinées humaines sont puissamment influencées par la beauté qui possède une profondeur d'expression, et une marque intime par où se révèle une âme cachée, qui lui donnent un réel pouvoir de fascination.

Quand le monde entra dans l'E/glise, la sensualité fut partout refoulée par le goût de l'ascétisme. Les nouvelles conceptions condamnaient sans réserve le monde des sens, mais elles ne condamnèrent jamais la beauté. La philosophie chrétienne restait trop dépendante du passé pour ne point perpétuer la beauté antique. La beauté chrétienne avait enseveli en elle-même des restes de beauté païenne tout prêts à opérer des miracles quand leur jour serait venu. Ce jour est venu. Comprenez-le, ô vous qui veillez sur les destinées de l'Eglise de France et qui voulez demeurer les éducateurs d'une partie de la jeunesse française.

La culture physique et l'ascétisme chrétien sont souvent opposés violemment l'un à l'autre. C'est là un aperçu superficiel. En réalité, la beauté païenne et la beauté chrétienne se sont continuées. L'Eglise a conservé pendant des siècles, sans le rompre, le fil des traditions de l'antiquité. En feignant de ne plus s'intéresser à la beauté physique, elle a permis à l'esprit humain de se reposer pour que ses regards pussent s'éveiller avec une nouvelle fraîcheur à cette beauté antique retrouvée.

Ah! n'opposons plus la culture physique à l'orthodoxie des religions. Spiritualisons plutôt la beauté corporelle. Accordons les rêves de Platon avec les paroles du Christ. Le temps paraît venu de tels accommodements. Après les jours sombres, revenons à cet idéal de beauté corporelle qui, au-dessus des credos passagers.

s'est prolongé peu à peu à travers les âges pour servir de patrie aux nobles âmes. Au milieu de cette société moderne, théâtrale dans sa vie et jusque dans sa dévotion, tournons-nous vers l'aurore d'un monde nouveau tout illuminé par la perfection plastique du corps humain. Dans un bel athlète, il n'y a pas seulement la force, il y a le charme grave et doux. Sa vue force l'admiration et donne aux hommes une hautaine indifférence pour les formes vulgaires. La beauté corporelle éclaire la vie journalière comme du reflet de quelque lointaine splendeur. Elle est bien autrement chargée de significations que les autres représentations esthétiques.

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