PLAN D'UN COLLÈGE MODERNE DES SPORTS
5ot (ies^or^er est une vieillelocution du quinzièinesiècle* Elle était synonyme de jaire des sports tt nous est venue d'outre-Manche après y être allée de chez nous. Dans l'éducation de Gargantua, Rabelais fait une part importante aux exercices physiques. Tandis que Ponocratès instruit son élève es lettres grecques et latines, sciences mathématiques et autres, « un jeune gentilhomme de Tourraine, nommé l'escuyer Gymnaste, lui montrait l'art de la chevalerie, et cet art, c'est à la fois l'équitation, la chasse, la natation, le tir et la gymnastique proprement dite » .
Les jeunes gens entraînés aux différents sports sont manifestement préparés à la vivacité et à l'initiative.: Nous n'avons pas en vue la formation de sujets d'une puissance physique exceptionnelle, mais d'individualités équilibrées. Si la pensée grecque et la pensée latine sont demeurées si longtemps vivantes et ont survécu pendant vingt siècles à travers des bouleversements inouïs, c'est parce que la vigueur de la production intellectuelle de l'antiquité était exceptionnellement puissante. Elle trouvait son support naturel dans un équilibre organique parfait.
Parmi les professionnels de l'athlétisme, on rencontre beaucoup d'hommes aux muscles hypertrophiés qui n'ont d'athlètes que le nom et sont de véritables déséquilibrés fonctionnels. Ce n'est pas là un état physique désirable ; il résulte d'un entraînement excessif dans un
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sens déterminé. Le but auquel il nous faut parvenir est d'élever nos enfants dans une énergique éducation corporelle. Ce qu'il faut aux jeunes Français, ce n'est pas l'hypertrophie des muscles, c'est l'adresse, la souplesse, l'agilité, l'audace, la grâce et l'élégance, qui sont les éléments d'un équilibre parfait. Tout le monde ne peut pas être beau comme les jeunes hommes de marbre du Parthénon, mais tout" le monde peut acquérir, s'il le veut, cette plénitude d'un épanouissement naturel que donne l'exercice d'une vie physique bien ordonnée.
Dans l'état présent de notre race, je suis de ceux qui croient que la santé physique de la France dépend de la création de stades ou de collèges des sports, et d'un, peu d'initiative et de bonne volonté. Les exercices, jeux et sports de plein air sont indispensables, non seulement à la croissance normale des adolescents, mais à leur formation intellectuelle et morale. La pratique des sports comporte des résultats hygiéniques et moraux ; elle détourne la jeunesse des dangers de la vie inoccupée,, elle est, pour elle, un dérivatif précieux par quoi se dépense l'excès de sa vitalité ; elle la prépare à la vie pratique, faite d'efforts. Par les expériences répétées, par les leçons de choses journalières qui se dégagent des pratiques sportives, celles-ci deviennent une école d'ordre et de raison. Une forte éducation physique doublée d'une forte culture intellectuelle , voilà la formule.
L'initiative et l'activité dans les jeux sont des symptômes d'indépendance et d'intelligence. Sous le matérialisme apparent des fêtes du muscle, se cache la recherche du prestige éclatant du beau. Le sport m^arque le retour à une nature embellie par la pureté de la forme. Il aboutit au modelage de la matière évoluant vers la perfection, organique.
« La première condition, la condition indispensable pour réussir dans la vie est d'être un bon animal », disait brutalement Emerson, et sa pensée peut être complétée par celle-ci d'Herbert Spencer : « ... et la première condition de la prospérité nationale, c'est que la nation soit formée de bons animaux. »
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Notre reconnaissance doit être acquise aux diverses sociétés sportives, pour l'impulsion générale qu'elles ont toujours donnée à l'éducation physique, pour les championnats qu'elles ont créés et qu'elles subventionnent, enfin pour la participation qu'elles prennent aux frais de déplacement des joueurs. Le concours de l'Etat doit les aider dans une très large mesure.
Il est fort heureux que pendant la guerre, les adolescents des classes 1916, 1917, 1918 et 1919 aient pu être méthodiquement entraînés dans les centres régionaux d'éducation physique. Ils ont fourni un appoint important aux phalanges héroïques et glorieuses de nos soldats.
Il faut aujourd'hui reprendre en grand le programme que s'était primitivement tracé la Ligue des collèges d'athlètes (le mot d'athlètes est mal choisi, je préfère : de sports) et des stades municipaux, fondée par le marquisdePolignac. Cette ligue avait pour but de généraliser dans le pays une méthode d'éducation physique — celle de Georges Hébert — qui avait fait ses preuves à Lorient. A ce propos, je déclare ici sans détours, qu'en éducation physique, le principe fondamental doit être l'éclectisme. En cette matière, surtout, l'exclusivisme est en opposition avec les lois, les nécessités et les tendances de la vie. J'ai cité Georges Hébert, je devrais citer tous ceux qui ont créé une méthode et ont eu foi dans son efficacité. Celle d'Hébert connut en son temps une grande vogue parce qu'elle est précisément très éclectique.
J'ai vu autrefois les fusiliers marins pratiquer, les jambes et le tronc nus, des exercices de gymnastique qui n'avaient plus rien de commun avec ceux de la méthode faussement dite : suédoise. Ils marchaient, couraient, sautaient, luttaient, grimpaient à la corde lisse, franchissaient des portiques, soulevaient des gueuses de fonte, lançaient le poids, tout cela avec entrain et pendant cinquante minutes environ, passant sans interruption, sans repos, d'un exercice à l'autre, et, en quelque sorte, se reposant de Tun par l'autre.
Je n'ai rien vu alors qui ressemblât aux mouvements
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lents et aux attitudes de la suédoise. A peine quelques mouvements «correctifs » et «scientifiques», d'ailleurs toujours accompagnés d'un exercice actif, marche ou course. Point de surveillance tatillonne des « positions fondamentales » ; nul souci « d'immobiliser un segment du corps pendant que « les autres travaillent ». Les moniteurs, suivant leurs hommes, tantôt les surveillant, tantôt courant avec eux, se bornaient à corriger les mouvements trop maladroits. Ce qu'on demandait à ces hommes, ce n'était pas d'exécuter des mouvements rationnels, mais d'agir le plus énergiquement et de la façon la plus variée possible.
Cette méthode a contribué, avec des hommes d'une constitution moyenne et parfois médiocre, à faire des milliers d'athlètes. Klle nous a donné les immortels fusiliers d'Ypres.
Le programme de l'entraînement imposé dans les centres régionaux d'éducation physique aux adolescents des jeunes classes, pendant la guerre, et que le centre de Joinville avait élaboré en tenant compte des acquisitions antérieures, mettait en jeu, lui aussi, tous les moyens physiques de l'organisme. On n'améliore pas le corps humain pièce par pièce, membre par membre, à la manière d'une mécanique. Il s'agit d'un ensemble vivant, dont les parties sont solidaires. Elles doivent toutes être mises en jeu
TvC sort de notre race ne tient pas, comme on l'a dit, dans une méthode d'éducation rigide, qu'on appliquerait indistinctement à tous les Français. 11 tient, je le répète, dans une méthode d'éducation éclectique assez variée et assez riche dans ses ressources pour se prêter aux besoins divers de chaque organisme et de chaque âge.
Où l'appliquer ?
Au grand air, dans des espaces libres pourvus des appareils nécessaires. Dans une installation complète, les habitués et les élèves doivent pouvoir bénéficier du
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quadruple bienfait de l'exercice sous toutes ses formes, de l'aération, de la balnéation et de l'ensoleillement. Le collège d'athlètes de Reims était un modèle du genre. Mais pendant longtemps encore, de semblables installations demeureront exceptionnelles, car, pour être réalisées,, elles réclament, à défaut de l'intervention de l'Etat, celle de Mécènes intelligents et bienfaisants.
Il serait souhaitable :
i** Que chaque école possédât un matériel minimum indispensable pour les exercices corporels; car on ne peut faire quelque chose avec rien.
2° Que chaque canton eût son terrain de jeu. Les Anglais ont le Common (communal), grande pelouse entourée d'arbres.
3" Que chaque sous-préfecture disposât d'un stade.
4" Que chaque préfecture eût un collège des sports.
Du chef-lieu de canton à la préfecture, l'organisation irait se complétant et se perfectionnant, les grandes installations étant réservées aux villes importantes.
L'argent nécessaire à ces organisations affluera lorsque les apôtres de l'éducation physique voudront bien se donner la peine de montrer au peuple que les enfants de France ont besoin de grand air et d'exercice. Les parents seront prêts à apporter leur obole à l'œuvre commune et à soutenir les municipalités, lorsqu'ils sauront que leurs enfants se fortifieront, seront plus beaux, deviendront, en un mot, meilleurs.
Le terrain doit être plat. La forme importe peu, pourvu que les dimensions n'en soient pas trop restreintes. Cependant, si on a le choix, on adoptera la forme carrée ou rectangulaire. (Fig. 11.)
Le sol peut être celui d'une prairie sans aspérités. Les régions humides, peu perméables, seront évitées. Il faut rechercher les endroits où les eaux filtrent rapidement. La piste de course sera, autant que possible, constituée par de la terre battue recouverte d'une couche mince de sable, de mâchefer ou de gravier très fin. Saupoudrée de sable de mer, elle aura l'avantage de sécher très rapidement après la pluie.
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Les dimensions à donner au terrain varieront depuis celles d'une cour d'école jusqu'à celles d'un grand stade couvrant plusieurs hectares. Beaucoup de cours de casernes, de champs de manœuvres, de places publiques sont utilisables et peuvent être transformés, à très peu de frais, en terrains d'exercices physiques.
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