‹ Physiologie généraleChapitre 10 sur 107 · OU ANTHROPOLOGIE · texte numérisé non relu

OU ANTHROPOLOGIE

PROLEGOMENES HISTORIQUES. .

11 (^t toujours utile en commençant Tétude d'une science de rechercher quelles ont été ses vicissitudes historiques, comment elle a débuté, par quelles phases elle a successivement passé pour venir jusqu'à nous. En voyantce qu'elle a été dans le passé on la comprend mieux dans son présent, et Ton préjuge de son avenir avec plus de sûreté ; à ce titre, il n*est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur rhistoire de la physiologie générale.

Jusqu'au xvi* siècle, la physiologie, science de la nature de Chomine à l'état de santé, demeura sans être régulièrement établie.

Hippocrate ne la méconnut pas, car sa médecine dogmatique est ainsi constituée, et depuis lui toujours ce fut de même, que la physiologie est la base de tout Tart de guérir. II Ta, du reste, marqué formellement quand il a dit : « La constitution naturelle est le point de départ du raisonnement en médecine, n [Des lieux dans r homme.) Parla, je crois qu'il entendait toute la nature de l'homme, car Tune est incompréhensible sans Tautre.

Ceftendant il n'a écrit aucun livre spécial de physiologie : il s'est contenté d'en parler toutes les fois qu'il jetait les fondements d'une question particulière. C'est ainsi que dans les livrer : De la nature de r homme eX Des lieux dans l'homme (i), il commence l'étude dos

(t) QEuvresd*Hippocrale, trad. par litlré, t. YI, p. 33 «l 273 et »uiv.

FRÉDÀDLT. i

2 PROLSGOMRNjS HISTOUQUES.

maladies et des affections par celle de ja nature et des organes qui deviennent malades.

Aristote dans le De anima^ Vffistoria animalium, et le De parttbas animaiium donna des exemple», on pourrait dire des modelai de physiologie et d'anfttomie comparées. On peut même dire que le Ik anima est une sorte de physiologie générale, ou tout au moins une belle et grande esquisse de ce sujet.

Sous les Alexandrins, avec Héropbile, Érasistrate, et leurs successeurs, on s'occupa sérieusement de physiologie. Mais les médecins n'examinaient que l'usage des parties, et c'est ainsi qu'ils apprirent à mieux connaître les nerfs, les membres, le cerveau, le cœur, les artères, la digestion, la chylification. Ils abandonnèrent aux philosophes qui ne s'y entendaient guère^ les questions de doctrine générale dont Aristote s'était préoccupé dans le De anima.

C'estàGalien que revient l'honneur d'avoir le premier installé la physiologie comme science distincte. (1 est vrai qu'il ne l'a pas condensée dans un traité spécial, mais d'abord il lui donna son nom et la définit, en indiquant les principales questions qu'elle doit renfermer, co qui était considérable. Il dit : u Physiologia, pars equidem » est in qua de hominis natura disserimus ; dividitur autem in trac- » tationem elementorum quibus homo componitur; tum in eam )) quse de generatione et formatione fœtus ; tertio in interiorum et » exteriorum corporispartium speculationem, cum cadavera disse* » ramus, ossiumque rationes perscrutamur. » [MedicuSy cap. VII.) On voit par là qu'il renferme bien dans cette science tout ce dont il s'est occupé dans les divers traités qu'il a écrits séparément et que R. Chartier a réunis dans sa grande édition sous le nom de Traités physiologiques. Ces traités partiels sont nombreux, on en compte près de quarante, et quelques-uns sont considérables, comme le Deeleynentis, libri II ; le De semine, libri III; De anatomicis administration nHîêê, libri IX ; De mu partium corporis humani, libri XVII ; De facultûtibus; De naturédibus facultatibus, libri III; De anima, dont on ne possède qu'un fragment.

Au moyen âge, sous le règne de la scolastique, Calien durait encore, et pour la physiologie on n'étudiait guère que lui. Il est remarquable, du reste, qu'aucun livre nouveau ne parut sur ce sujet avant lexTi* siècle. Cela est d'autant plus curieux qu'une nouvelle philosophie s'était produite, qu'on appréciait beaucoup mieux Arislote que Galien ne l'avait fait, et qu'entre les doctrines du médecin de Pergame et celles qui régnaient, il y avait de grandes dissidences. Mais on avait un grand respect pour la science expérimentale de Tex-

?WLtGOUÈÊfÊS nnOHIQOIS.

périmenté Galien, et Ton s'^n tenait à le suivre en répétant cet adage : < Experto Galeni magis assiendum est^ quant Aristotelt inexperto.n

Cependant il ne faut pas méconnaître que dans les travaux des maîtres de ce temps, d*A]bert le Grand et de saint Thomas, par exemple^ on eût pu emprunter pour la physiologie beaucoup de bonnes choses sur les causes, sur Tftme et ses facultés. 11 faut même savoir que, dans le traité De homtne, qui forma la deuxième partie de la Summa de creaturis^ Albert le Grand a donné le premier traité d'anthropologie ou de physiologie que la science possède. Il est impossible^ si on ne Ta lu, de saisir tout ce que ce puissant génie a su rassembler et coordonner de faits et d'observations, d*expérience et de haute raison dans les soixante-dix-huit questions et les deux cent cinquante-cinq articles dont ce traité se compose. Peutêtre le résumé de la table en donnera-t-il une idée, etc*est dans cet espoir que nous donnons ici les titres des questions principales :

1^ De subfttantia et natura animœ.

2^ De dîffiniUonibus sanctonim de eo

quid ait anima.

3** De difiinitionibus philoaophorum.

h9 De diffinitionibus aecundum Aristo-

telem.

De partibus animœ.

De divisione animœ per bas diflferen-

tias, vegetabile, senstbile, et ra-

tionale; et an posait dividi per

raUonale et irrationale.

7* Ctrum vegetabile, aenilbile, et ra-

18** De sufficientia partium vegetatîvœ.

lO*" De visu.

20<^ De visu ex parte organi.

21'^ De visu ex parte objecti.

2%^ De modo et actu videndi; utrum

visus sit per emanationem radio-

nim.

23<^ De auditu in se.

2A<* De auditu ex parte objecti.

25® De voce.

26* De auditu ex parte medii.

27® De aetu et nervo audieodi.

tionale tint una aubttaoUa is 28® De oUaetu ex parte olAicientis.

homioe, et utrum in quolibet animato sint plures anims.

8® De vegeUbili.

9® De nutritive in se.

10® De molu nutritive.

41® De nutriente et natrilo.

12® Utrum càlor ait inatruneiituBi vir^

tutîs nutriUv».

13® Da augmenlatione in te.

14® De motu augmeati.

15® De augente et aucta.

16® Utrum instnimentum augmenlativœ

sit humidum et siccum.

17® De potentta generativa.

29® De olfactu ex parte odoris.

30® De olfactu ex parte medii ; utrum aer et aqua sint médium olfactus.

31® De olfactu ex modo olfiiciendi ; utrum olflielus nquîvoce dieatur de retpiraolibua et non resptrantilwt.

82® De guttu.

33® De Uctu.

3d® Quid sit potantia sensuum.

35® De sensu comrauni.

36® De actu senaus communis.

37® De potentia Imaginative.

38® De pbantasia.

39® De virtute sestinativa.

PROLBGOMÈNSS HtSTORlOUBS.

àO^ De memoria.

M^ De reminlBcenlia.

A 2° De his virtutibus in communû

43<^ De somno et yigilia.

44'^ De subjecto somnii. .

a^o De causa somnii.

46** Quid sit somnium.

47® Quare quidam non somniaverunt

per totam vitam suam.

48^ Quare quidam recordantur somnio-

rum, et quidam non.

49'* lUrum conlingat prœvidere futura

in somntia.

50<* Qualiler contingat futura prœvidere

in somniis.

b\° Utrum futura ab homine perspiciuntur solum, vel quorumdam dœmonum habent causam.

52° Ulrum somnia fiant a natura, vcl ab

eo actu.

53<* De opinione.

540 De divisione intellectus.

55° De intelleclu agente.

56° De intellectu possibili.

57° De intellectu spéculative*

58° De dififerenUa inteUigibiU.

59° De comparatione intellectus ad sen-

sibilem animam.

60° De ratione.

61° De natura animœ rationalis.

62° De motu processivo animalium.

63° De intellectu practico.

64° De phantasia.

65° De voluntate. 66° De concupisctbili.

67° De irascibili.

68° De viribus movenlibus in communi.

69° De sensualitate.

70° De liberio arbitrio.

71° De synderesi.

72° De conscientia.

73° De imagine.

74° De quantitate animœ.

75° De compositione corporis.

76° De immortalitate Adœ.

77° De edulio et generatione ejus si

perslitisset sine pcccato.

78° De conjunctione animœ et corporis.

Si Ton se reporte au temps où cet ouvrage a été composé, à l'état de diffusion où se trouvait la science de l'homme, on est frappé de la grandeur qu'Albert le Grand avait su donner à ce traité. C'était là, sans doute^ qu'on allait chercher la physiologie générale, pendant qu'on prenait la physiologie organique dans les divers traités de la collection galénique. Il en fut ainsi pendant plusieurs siècles.

Ce ne fut qu'au xvi* siècle que la physiologie, comme toutes les autres branches de la médecine, tut régulièrement instituée et coordonnée dans toutes ses parties. Plusieurs médecins, Fuclis d'abord, puis Benivienus, Fernel, Brisiani, Riolan, iMercatus, conçurent 1 pensée de constituer des InstUutes de médecine, comme il en existait pour la science du droite sorte de synthèse générale qui présentait pour la première fois le monument entier de la science médic^dc dans toute sa grandeur, et qui comprenait cinq parties : la physiologie^ la pathologie^ la sémiotique, la diététique et la thérapeutique.

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