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IV. De quelques autres caractères accessoires

On nous objecte encore quelques caractères accessoires sur les* quels nous pouvons faire les mêmes réflexions que sur la coloration de la peau : les diflKrences dans la taille et dans le crâne, les cheveux, l'allongement des bras, la conformation des pieds, les glandes mammaires, le tablier et la calus graisseux des Hottentotes.

Quant à la taille, elle varie certainement beaucoup, et une ixÈé* rence considérable sépare les nains des géants. Mais on n'y peut voir sans doute une différence spécifique ; personne n'en a eu l'idée, et avec raison. Ce qui se passe journellement sous nos yeux, dans les animaux domestiques, prouve surabondamment que la taille diflère considérablement dans la même espèce ; qu'il y a loin de celle du king's-charles à celle du terre-neuve, loin aussi du cheval mekiembourgeois au petit poney^ de la vache charollaise à la petite vache bretonne, etc. D'ailleurs , les faits démontrent que les nains comme les géants naissent de parents d'une taille commune. Burdach en cite un fait remarquable [Physiol,^ t. II. p. 2&7). Le célèbre nain Bébé, qui n'avait que trente-trois pouces , le gentilhomme Borwasiaski, qui n'avait que vingtrhuit pouces à vingt-deui ans, le nain cosaque, Daniiou Bereschay, qui, à trente ans, n'avait

9h DE l'unité de L'ESPÈCB HUIIAINB.

que vingt-neuf pouces, étaient tous nés de pères et mères de taille ordinaire. (YalmontBomare, Dict, d'kist. nat,^ t, IX^p, 157 et suiv.)

On a parlé de rallongement des bras chez le nègre, de la courbure des tibias, et de l'aplatissement de la voûte calcanéo-tarsienne, mais en vérité qui peut s*appuyer sur des différences si minimes ? L'allongement des bras est à peine de 2 à 3 centimètres, et jamais il ne va jusqu'au point où les mains dépasseraient les genoux, ce qui est tout différent des longs appendices du singe. La courbure des tibias se rencontre dans toutes les races ; il n'y a pas que les nègres qui puissent être cagneux, les Asiatiques^ les Européens et les Américains en présentent tous des exemples. Dans les animaux domestiques on sait ce que sont les races de bassets, races nées spon* tanément ici et là ; il y en a nombre d'exemples, ce n'est plus à mettre en question,

La tète a surtout préoccupé les adversaires de l'unité, mais qu'y a-t-il de juste dans cette préoccupation ? On a distingué la face du nègre comme une face /)ro^y2a/e, c'est-à-dire qui proémineen avant, de manière que la réunion des incisives supérieures et inférieures serait le sommet de deux plans inclinés, dont l'un s'abaisserait du front jusqu'à ce point, et dont l'autre, incliné en sens inverse, fuirait en bas ou vers le menton ; ainsi, cette face, vue de côté, présenterait un angle dont le contact des arcades dentaires serait le sommet ; mais c'est là une disposition qui n'est pas particulière à la race nègre, que l'on rencontre dans toutes les races, et qui, même dans la race nègre et ses dérivés, laisse beaucoup d'exceptions. On a dit aussi que le trou occipital était un peu plus large chez les nègres que chez les Européens, et qu'il était de quelques millimètres plus en arrière. Sont-ce bien là des caractères spécifiques, et qu'est-ce que ces différences à côté de ce que nous voyons dans nos races domestiques ?

J'en dirai autant pour le volume du crâne, qui, on le sait, présente des variétés considérables chez le chien, le mouton, le bceuf, le cochon, le cheval. D'ailleurs n'est-il pas constant que dans toutes les races il y a de grosses et de petites têtes, des maa^océphales et des microcéphales ?

On a voulu mesurer le volume du crâne et l'on a pris des maximum, des minimum et des moyennes. Selon l'angle facial, les différences seraient de 70 à 90 degrés ; 70 degrés chez les races les plus mal partagées, les Hottentots ; 90 degrés chez les plus avantagées, les Européens. L'écart de 70 à 90 n'est donc que de vingt degrés au plus; et je dis au plus, car beaucoup de Hottentots ont plus de

mis VARIStÉ8 DANS L'CSPkCS. 8S

10 degrés, et beaucoup d'Européens beaucoup moins de 90 degrés. Si nous comparons ces chiffres avec ceux que l'on obtient chez le singe le plus avantagé, où R. Owen n'a pas trouvé plus de 33 à 35 degrés, nous trouvons un écart de trente-cinq degrés au moins; et comme chez beaucoup de HoLtentots on peut obtenir 80 degrés et 25 à 30 chez Te chimpanzé, l'écart peut donc être souvent de cin^ guante à cinquante-cinq degrés^ en comparant les hommes les moins avantagés avec les singes les mieux partagés. On voit que la diffé* rence est hors de toute proportion, et qu'on ne peut songer avec ces mesures dç l'angle facial à créer des espèces.

Pour la capacité du crâne le même raisonnement peut être établi. Virey, Tiedemann, van der Hoeven, Norton, Meigs l'ont mesuré. Prenons les chiffres donnés par Norton, qui sont les moins contestés et représentent assez bien le résumé de toutes les recherches. 11 trouve chez les peuples blancs un maximum de 109, un minimum de 75, une moyenne de 87 ; chez les Mongols, maximum 93, minimum 69, moyenne 83 ; chez les Malais, maximum 89, minimum 64, moyenne 81 ; chez les peaux rouges, maximum 94, minimum 60, moyenne 82 ; chez les nègres, maximum 94, minimum 65, moyenne 78 (cité par Godron, loc. cit.^ t. II, p. 297). Prenons les recherches de Meigs, qui portent sur l'examen de 663 crânes ; elles constatent : chez les races teutoniques, 93 ; mongoliques, 87 ; malaises et polynésiennes, 85 ; nègres, 82 ; indigènes de l'Amérique, 82 ; Hottentots. Australiens et nègres océaniens, 75 à 76 (t6.). 11 suffit de jeter un coup d'œil sur ces chiffres pour voir que les différences sont les mêmes que celles obtenues par l'angle facial, c'est-à-dire minimes, surtout si nous nous rappelons les différences de l'homme au singe, M. Godron ayant fait entrer dans un crâne européen de grandeur moyenne 153 centilitres de sable fin, tandis qu'il n'a pu en faire entrer dans le crâne d'un orang que 44 centilitres. Ainsi, la moyenne chez les nègres les moins bien avantagés est de 75, et le minimum de 65, pendant que le minimum des Malais est de 64 et celui des peaux rouges de 60. Le plus grand écart est du maximum européen 109) au minimum des peaux rouges 60, écart dans le milieu duquel se placent les nègres.

11 est impossible de trouver des points fixes dans ces écarts si va* riables.

Nous n'avons que peu de chose à dire sur les cheveux, qui sont de même nature dans toutes les races, malgré leur apparence laineuse chez les nègres. Dans la race européenne on voil^ descendant d*un même père et d'une même mère, des individus à cheveux

plat8| d'autres à oheveux frisés et orépui, à obeveuK blonds el à oheveux noirs ; cela «si oonstant.

La longueur des grandes lèvres et des mamelles obes les Hotteutots et la bosse graisseuse qu'ils ont à la chute des reins, l'orteil do pied écarté ohex le nègre, sont des accidents qui ne changent no» plus rien à la race« et qui ne sont pas plus extraordinaires que les taureaux et les moutons sans cornes, les poules avec cinq doigts ou sans croupion, et toutes les modifications de race que nous otiser* vons journellement dans nos animaux domestiques, el qui viennent de la spontanéité dans la génération. (Voy. Godron, De l'espèce^ liv. Il, et P. Lucas. De l'hérédité, 3« partie, Itv. I, et h^ partie.) Nous renvoyons à ces ouvrages pour connaître les nombreuses variétés que la spontanéité peut produire dans la génération.

Enfin nous devons parler de la présence d'une queue* Existe-t*il des hommes à queue? Ouii sans doute. C'est un fait de monstruoeité comme il y en a de bien plus extraordinaires, mais c'est un simple fait de téraUdagie, qui ne constitue aucune variété permanente, que l'on n'a observé qu'accidentellement sur des individus isolés, de toutes les races; cette anomalie s'observe aussi bien chez l'Européen que chez l'Asiatique ou l'Africain, Des journalistes avaient bien parlé d'une race d'hommes semblables en Abyssinie ou tout au moins dans le Soudan, mais personne ne l'a jamais pu renconti^r. On a eu beau voyager et fouiller les déserts, on n'a ri«i trouvé ; l'existence de cette race est aujourd'hui niée par tous, et l'assertion des journalistes n'est considérée que comme une plaisanterie.

En résumé, toutes les diSërences organiques que l'on rencontre chez l'homme sont des accidents qui ne changent en rien sa nature, et aucune d'elles ne peut servir à des distinctions d'espèce. « Les diflérencesphysiquesetphysiologiquestditM.Godron en se résumant, observées sur las nombreuses variétés d'hommes qui peuplent la terre, sont analogues à celles que nous présentent lacune de nos eapèoes d'animaux domestiques depuis longtemps asservies, et elles sont même chez l'homme généralement moins saillantes. » (De tes'^ pèce^ liv. Il, p. 2&2.)

Toutes ces différences s'expliquent très bien, soit par la êponUméùé dans la génération, soit par des influences extérieures, des changements de climats, de mœurs, de conditions de vie. C'est ce que démontre très bien ce qu'on a observé dans les races animales transportées d'un pays dans un autre ; ainsi que l'a fait voir M. Boulin, dont nous avons cité le travail plus haut, d'après Prichard, et dont voioi les faits principaux :

ms VABllTte DANS t'B6PtCK. 87

Les animaux introduits en Amérique par les Espagnols sont : le porc, le cheval, r&ne, le mouton, la chèvre, la vache, le chien, le chat et quelques oiseaux de basse-cour. Presque tous ont subi des modifications plus ou moins considérables.

Les porcs, redevenus à l'état sauvage à Test des Cordillères, ont repris tous les caractères du sanglier de nos forêts : leurs oreilles sont redressées, leur tète s'est élargie, relevée à la partie supérieui^e, et ils sont presque uniformément noirs. Ceux qui sont à l'état de domesticité chez les habitants des Paramos, à 2500 mètres d'éléva<tiou, ressemblent beaucoup à nos sangliers de France ; ils ont le poil épais, souvent un peu crépu, et il y a chez quelques-uns une espèce de laine en*dessous ; du reste, ils sont petits, rabougris, noirs. Dans les parties chaudes de l'Amérique, ils ne sont point noirs mais roux. A Melgar et dans d'autres lieux, il s'en trouve qui ont une large bande blanche sous le ventre. Blumenbach avait déjà noté que « les porcs d'Europe, qui furent transportés par les Espagnols, en 1509, dans l'Ile de Cubagna, célèbre à cette époque pour sa pêcherie de perles, ont dégénéré en une race monstrueuse qui a des pinces d'une demi-palme de long, »

Les bœufs sauvages de l'Amérique méridionale n'ont pas conservé cette variété de nuances que présentaient leurs générateurs, importés autrefois à l'état de domesticité; ils ont pris une couleur constante et invariable : les parties supérieures sont d'un brun rouge, le reste du corps est noir. Dans une partie de l'Amérique méridiOioale, la race appelée pélone^ par antiphrase, a le poil extrêmement rare et fin, comme on n'en voit pas en Europe. Dans d'autres lieux, la race calmqoi (nom donné par analogie avec une race de chiens) a la peau entièrement nue» En Europe, la vache continue de donner du lait bien longtemps après qu'on l'a séparée de son veau ; en Colombie, au contraire, il faut lui conserver son veau si l'on veut qu'elle continue de donner du lait.

Dans les Cordillères, où l'on dresse des chevaux à marcher l'amble, quelques individus échappés ont formé une race sauvage chez laquelle l'amble est le pas naturel; on nomme cette race anguilillas. Dans quelques lieux élevés de la Colombie, la race chevaline a diminué de taille et le poil est devenu si touifu que ces animaux en sont difformes. Les chevaux sauvages du Paraguay sont tous ch&tains ou bai brun, tandis que les chevaux domestiques du même pays sont, comme ailleurs, de nuances variées.

Les chiens et les chats ont perdu, à l'état sauvage, l'un l'aboiement, l'autre le miaulement, et l'on a remarqué qu'à la Côte-d'Or

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