‹ Physiologie généraleChapitre 3 sur 107 · TI PRÉFACE · texte numérisé non relu

TI PRÉFACE

auprès des sages, elle ne leur parait plus qu'une occupation d'amphithéâtre ou de laboratoire.

Il est vrai que sur un petit nombre de points elle a tenté d'aborder les généralités. Mais elle ne pouvait guère y réussir, se faisant gloire de n'écouter que l'expérimentation organique, et de dédaigner la métaphysique, qui seule possède la science des lois générales basées sur les faits généraux. Ses théories prétendues vitalistes ou organiciennes sont d'un sensualisme ou vide ou révoltant; et il serait facile de lui montrer, l'un de ses formulaires à la main, que non-seulement elle méconnaît l'homme dans son unité et sa synthèse scientifique, mais encore que toute question générale est chez elle, ou amoindrie, ou négligée, ou méconnue, ou avilie. En deux mots, elle ne satisfait pas, et elle répugne.

Est-ce à dire qu'elle ne soit et ne puisse être utile dans son enseignement fondamental ? Non, certes ! En la dégageant des théories fausses issues de son matérialisme expérimental, et en la renfermant dans l'étude de l'usage des parties, elle constitue

une science de faits et d'observations d'une grande utilité, qui

peut et doit rendre de grands services, et dont on ne saurait se passer.

Mais alors il importe d'élever à côté d'elle, comme sœur, non comme rivale, une science synthétique qui, alliant le savoir des faits à celui de la métaphysique, ramasse dans un ensemble sagement coordonné toutes les questions générales indispensables à la connaissance exacte et complète de la nature de l'homme.

Ainsi placées à côté Tune de l'autre, la physiologie générale et la physiologie organique sont comme deux branches corrélatives d'une même science, se soutenant, se complétant et se redressant dans un accord mutuel. S'isoler et se rejeter est

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pour toutes deux une faute grave : Tune perd de vue sa synthèse, tend à ne plus voir dans Thomme qu'une mécanique incompréhensibley sans unité et sans causes, et tombe dans le matérialisme impur où Texpérimentation exclusive rentrsdne fatalement ; l'autre manque des points d'appui sérieux que la science organique lui peut donner, et en voulant s'élever seule, se perd dans les nuages et le roman où l'entraîne inévitablement un raisonnement vide. Elles ont réciproquement besoin l'une de l'autre, et doivent, tout en conservant l'indépendance nécessaire à leurs allures différentes, se rechercher, se désirer et se soutenir.

Telles sont les idées qui m'ont fait entreprendre une réinstallation de la physiologie générale, en prenant pour base tout ce que les écoles philosophiques ont laissé de b)|n dans leur tradition, et tout ce que les écoles expérimentales ont élevé, m'efforçant de conjoindre en légitime union la sagesse de tous les temps et le savoir moderne.

J'aurais pu me contenter de montrer, par une vive critique de l'état actuel, les convenances de cette œuvre qui incombe, je crois, à notre époque, et j'aurais simplement esquissé les lignes principales du travail de reconstitution. Mais tout l'intérêt se serait concentré dans les traits malins et piquants que peuvent susciter beaucoup de théories ou sottes ou malsaines. Je m'y suis senti peu de goût ; et d'ailleurs il me répugnait de flétrir une science que j'aime, bonne en elle-même, malgré tous ses écarts, et qui renferme de beaux et grands travaux. J'ai préféré un rôle moins brillant et plus modeste , mais plus sérieux, demandant, il est vrai, plus de travail, et me livrant

mil PiÈfict.

inoî*mènie aut traits de la critique. Au lieu dMhdiqùer ayeo maUco ce qui manque et ce qu'on devrait flaire, j'ai tenté d'eiécutei^ selon ipes faibles forces Tœufre que je oroyais utile. J'ai pris i tâche d'y apporter de l'ordre et de la lucidité^ d'encbainer logiquement les questions et les idées, de les ^oser eUirement ; de signaler avéo exactitude les opinions qui se sont prodnites ; de présenter avec sincérité les solutions les plus certaines et les plus autorisées, ou tout au rtioins les plus plausibles.. Devant les plus difflciles, je me suis attaché à ceUiO tiiaxime ai bien exprimée par le moraliste Joubert : t Dans l'embarras de savoir quelle est l'opinion la plus vraie, le miedit est de choisir la plus honnête. i> J'ai dû souvent combattre et réfuter, quelquefois louer; je l'ai fait en toute liberté, n'ayant de passion que pour le juste et le vrai»

, Si je n'ai pas touché le but qhe je m'étais proposé, j'aurai du moins, je l'espère, tracé Un sillon fbrtile. En montrant que la science de l'homme n'est pas tout entière dans le mécanisme organique, en faisant revivre des questions et des idées d'un grand intérêt, et en en signalant de nouvelles que je crois d'une grande importance» en citant des auteurs et des livres oubliés et cependant bien dignes des méditations modarnes, j^aurai ouvert et préparé une voie dans laquelle d'autres pousseront plus avant> avec plus de savoir et de génie, au grand profit de la vraie science, noire but commun.

C'est une œuvre à laquelle j'ose convier toute intelligenoe qui aime l'élévation, et sent en elle le feu sacré du beau et du juste. La physiologie générale est digne des plus grands efforts^ car sa portée est immense. Elle touche pour aûasidire à toutes

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Je ne puis déposer la plume sans payer un tribut de regrets et de reconnaissance à la mémoire d'un homme trop tôt enlevé à la science, et que j'ai eu le bonheur d'avoir pour maître et pour ami. J. P. Tessier était né pour faire en médecine une révolution, dont il a donné le mouvement et qui s'adhèvera sans lui, mais à la lumière de ses travaux. La doctrine de l'unité de l'homme en physiologie, de l'essentialité des maladies en pathologie, des indications positives et des médications éclectiques en thérapeutique, la réinstallation du spiritualisme chrétien dans toute la médecine, furent lés objets constants de sa sollicitude comme savant, et de ses efforts comme publiciste. Avec une grande science, un puissant esprit, un remarquable talent de professeur et de polémiste, il a vécu en soutenant le bon combat, souvent dénigré, presque toujours méconnu. Il est mort à la peine. Ce serait de ma part une ingratitude et une lâcheté de déserter sa cause et de ne pas lui reporter tout ce que je lui

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dois. Devant des passions hostiles que sa mort n'a pas éteintes^ se redressent les affectueux hommages et le tendre respect que son noble caractère et son grand cœur ont inspirés à tous ceux qui l'ont vraiment connu. Pour moi, je m'honore d'avoir reçu son enseignement le plus intime jusque dans la plus grande familiarité, et je me fais gloire de le suivre. C'est lui qui m'engagea dans le travail que j'offre au public, lorsque je lui en eus soumis l'idée; il ne cessa de m'y encourager et de m'instruire» Qu'il reçoive par delà la tombe le témoignage public de ma reconnaissance et de mon affection, qui ne périront pas.

F. FRÉDAULT.

Paris, ce 30 novembre 1862.

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