J>E LA MORT
suffit pas, puisqu'il est prouvé que le corps, étant mis à Vabri de certains agents extérieurs, peut être conservé.
L'a7^t des embaumements consiste précisément à mettre le corps à l'abri des agents extérieurs , et s'il n'est pas parfait, l'expérience prouve cependant qu'il peut retarder la décomposition. Le chlorure de zinc, rarsenic,Ue sublimé, ont, jusqu'à une certaine limite, cette vertu ; et un morceau de chair se conserve pendant longtemps dans de la glycérine sans être altéré.
Quels sont donc les agents destructeurs?...
On répondait, il y a quelque temps : l'air et Vhumidité. Gay- Lussac mit de la viande fraîche avec du chlorure de calcium sou& la cloche d'une machine pneumatique et fit le vide : la viande fut conservée pendant un mois sans s'altérer ; l'air et l'humidité avaient été écartés.
Mais l'humidité n'a aucune action, car des matières peuvent élre conservées longtemps malgré elle. D'un autre côté, l'air ne pourrait agir que par son oxygène venant attaquer et oxyder les matières organiques : or, il est démontré parles expériences de Schullz et Schwann, bien des fois renouvelées et confirmées, que de l'air qui a traversé la potasse caustique ou un acide concentré ne suffit pas toujours à déterminer la putréfaction.
On est arrivé à penser que des particules organiques contenues dans l'air sont les causes de îa putréfaction. « Mais dès qu'une 1) matière organique est la cause de la putréfaction, la pensée se » reporte naturellement tout d'abord sur les infusoires, dont le 0 développement suit toujours pas k pas cette opération. » (Henle, Anal, gén , I, p. 21.) Est-ce donc que l'air apporte des germes microscopiques dont le développement cause la fermentation?
Telle est, en effet, l'opinion soutenue aujourd'hui avec beaucoup d'éclat par M. Pasteur, et qui avait son précédent dans la découverte du ferment alcoolique par M. Cagniard de Latour. Ce ferment se compose de traînées de globules en chapelet, formant une sorte d'arborisation. En 1858, M. Pasteur montre que, dans la fermentation alcoolique, l'ummoniaque qui se trouve dans le liquide se transforme en cellulose albuminoîde pour nourrir l'arborescence du ferment. En 1859, il annonce que la fermentation lactique dépend d'une production de globules articulés analoguesau ferment alcoolique, ayant ^l^ de millim., et que c'est de l'air charge de ma* tières organiques que vient le germe. En 1860, il revient, dans plusieurs communications à l'Académie des sciences, sur cette idée, que a le ferment est un être dont le germe vient de l'air », En 1801,
830 DB LA TU BT lA t«i MOET.
il étudie le fennent de la fermentation acétique, et le montre comme une végétation dont le développement produit la formation acétique, dont la destruction arrête cette formation.
Ces recherches, très curieuses et très belles, ont conquis à leur auteur Topinion du monde savant, et dans l'état actuel de la science, on considère la fermentation comme l'œuvre d'une génération d'animalcules ou de végétaui microscopiques. Le corps abandonné de rame est donc bien livré aux vers ; le cadavre est bien selon Téty* mologie Ckro j>kta vi^Bimibus.
Mais cepoint posé à l'égard de la fermentation, il reste à savoir si cette génération est le produit de germes venus du dehors, ou de germes innés, ou d'une sponianéparité. C'est la question que nous allons eiaminen
I 5. — ^ De la sénénitaeii r«trtda, dlM «pentMlée
(Spontanéparité, gônératioofl équivoques, hétérofénie).
C'est une grande et bien difficile question que celle des génératiens équivoques, par laquelle nous devons, pour ainsi dire, dore la physiologie ; el les débats récents, non terminés, qu'elle a soulevés dans ces dernières années, laissent encore le monde savant dans l'indécision. Nous ne pouvons ici que la résumer, mais noua nous efforcerons d'en dire tout l'important, en gardant dans le déliât l'impartialité qui convient à un simple narrateur, et en appelant l'attention sur quelques points négligés.
1. iiiatori««e. — Examinons d'abord ce que les principaui savants ont pensé de la question, et ce qu'ils ont fait pour la résoudre.
Il importe peu de remonter très haut dans l'autiquité, on n'y trouve sur ce sujet que des opinions sans preuves; il n*y a pas de profit à eu examiner le détail. Nous croyons suffisant de dire que l'adage d'Aristote^ Corruptio tim'i», generatio aiterius^ était comme la formule d'une opinion as^ei courante. On croyait que la putréfaction d'un corps engendrait des vers, que des animaux et des végétaux pouvaient naitre du limon de la terre ; et beaucoup de scolastiques même, au moyen âge, pensaient avec saint Thomas que Dieu a répandu dans la terre et les pierres des veriu$ séminale» capables de produire des êtres inféri^irs. Celte dernière opinion s'opposait à celle de Leucippe et d'fipicare, qui foulaient tout faire
DB LA MOET. 831
venir de la puissance atoroistique et matérielle. Jusqu'au milieu du xvii* siècle, jusqu'au P. Kireher, qui dans son Mundus suèierraneits la soutenait résolument^ la génération spontanée ne rencontra guère d'adversaires, expliquée d'ailleurs le plus souvent dans le sens de saint Thomas.
Redi ouvrit sérieusement le débat, dans la seconde moitié du xv!!** siècle. Impatienté d'entendre dire que les mouches de la viande viennent de la putréfaction, il laisse un morceau de viande à l'air, en prenant soin de le couvrir d'une gaze, et le conserve ainsi se putréfiant, mais ne produisant pas de mouches, il conclut donc que ce sont les mouches qui déposent leurs œufs^ et que la putréfaction ne les engendre pas. Cependant, quand il vient à parler des entozoflires, il leur reconnaît une génération spontanée. (Esperienxe intomo alla generazione degli imectù Florence, 1668. — Osservazioni intcmo animait vtventi che si trovano negli animali viventi^ 1681.)
Les quatre premiers observateurs qui se servirent du microscope simple, et décrivirent les animalcules spermatiques, suivirent à peu près les idées de Redi, et combattirent avec vigueur la génération spontanée. Ce furent : Leeuwenhoek [Areana naiurœ détecta^ 1695) ; Yallisnieri (Dialoghi fra Malpigki e Plinio, intcmo la curiasa origine di molti insecti, Venise, 1700; — Consideraiioni edeiperienze intomo alla generazione dei vertni ordinari del eorpo umano^ Padoue, 1710); HBTimeker (Conjectures phpiiqueê, Amst, 1706 ; — Éclaircissements sur les conjectures^ 1710 ; -«- Suite des conjecture»^ etc.^ 1712) ; Swanimerdam [Biblia naturœ, seu historia insectorum^ Leyde, 1737). U faut entre eux distinguer Hartsoeker, en raison de ses idées origi* nales. Il admit d'abord que les germes invisibles des animalcules spermatiques voltigent dans l'air, entrent par la respiration ou la nutrition, et se rendent, selon les espèces» aux drganes génitaux. Plus tard il admit qu'ils étaient le fruit d'une force plastique intelligente, sorte d'ftme végétative.
Les travaux si remarquables de Réaumur sur les insectes, montrant leur génération comme celle de tous les autres animaux, venant à la suite de l'opinion des premiers micrographes et de l'expérience de Redi, donnèrent un moment tout à fait gain de cause aux adversaires de la génération spontanée.
Mais, à quelques années de là, les incertitudes recommencèrent à la suite de nouveaux travaux, de nouvelles opinions. Dans le milieu du ivui"" siècle, parurent Needham, Buffon, Pallas, Wriaberg, Bonnet. Needham, qui se servit un des premiers dumicroscope composé, découvrit aussi le premier les animalcules microscopiques.
^2 DE LA VJR BT DB U MOBT.
infMoireSf et soutint qu'ils se formaieut sponlanément ; il disait même, atoir vu des animalcules nés les premiers, périr et donner naissance à des infusoires plus petits d'une autre espèce. 11 «xpliquait leur production par une force végétative {Découvertes faite» avec le microscope, Leyde, M kl). Pallas, qui s'était occupé des eniozoaires, prétendait au contraire que les germes en étaient répandus dans les eaux des sources et des marais ; que c'étaient les œufe d'animaux connus ; et que ces œufs, avalés dans les boissons, se transformaient dans l'économie en ténias ou autres (De tnfisetis viventibusintra viventia, Rotterdam, 1 766). Wrisborg, d'un autrecsôlé, avait observé qu'il ne se produit pas d'infusoires dans une inrasion de matières organiques recouvertes d'une couche d'huile; ce qui semblait donner gain de cause à Redi et à Pallas. Cependant il croyait avoir vu sous ses yeux des infusoires naître de molécules organiques détachées de la matière infusée, et il admettait, en fin de coinple, que leur production est le fait d'une transformation de matière orga* nique [Observaiioneê de anim, infusor, natura^ Gœttingue, 1766]. Hais la grande voix de Buffon dominait tout ce temps, et ce célèbre naturaliste, tenant beaucoup à sa conception des mouies organiçues, stylé d'ailleurs par Needham,se déclarait formellement pour la génération spontanée. Voici comme il s'exprime : <x II y a peut-être » autant d'êtres, soit vivants, soit végétants, qui se reproduisent par 0 l'assemblage fortuit des molécules organiques, qu'il y a d*ani* n maux ou de végétaux qui peuvent se produire par une sucoesaioD » constante de générations... Plus on observera la nature, plus on n reconnaîtra qu'il se produit, en petit, beaucoup plus d'êtres de » cette façon que de toute autre. On s assurera de même que oetle » manière de génération est non-seulement la plus fréquente et la » plus générale, mai) la plus ancienne, c'est-à-dire la première et » la plus universelle... Dès que les molécules organiques se trouTent » en liberté dans la matière des corps morts et décomposés, dès » qu'elles ne sont point absorbées par le moule intérieur des êtres » organisés qui composent les espèces ordinaires de la nature » vivante ou végétante, ces molécules, toujours actives, travaillent » à remuer la matière putréfiée, elles s'en approprient qudques par- B ticules brutes^ et forment par leur réunion une multitude de petits » corps organisés, dont les uns, comme les vers de terre, les cham- 9 pignons, etc., paraissent être des animaux ou des végétaux asseï » grands, mais dont les autres, en nombre presque infini, ne se » voient qu'au microscope; tous ces corps n'existent que par une ji génération spontanée. Ijes anguilles de la colle de farine, odles
HE LÀ MOETi &S3
s> du vinaigre, tous les prétendus animaux mû^oscopiques, nu sont » que des formes différentes que prend d'elie-méme^ et suivant les )> circonstances, cette matière toujours active, et qui ne tend qu'à » l'organisation. » {Histoire naturette^ édit. de rimprimerie royale, Suppi.y t. IV, p. 135 etsuiv.)
A la fin du xvnr siècle d'autres travaux, d'autres auteurs dont quatre sont à citer. D'abord Spallanzani, très vif adversaire de la génération spontanée, et qui admet que les germes des infusoires viennent de l'air extérieur. 11 observe que des infusions de matières organiques cuites ou non, faites avec de l'eau distillée ou de Teau ordinaire, donnent toujours des infusoires quand elles sont expo« sées à l'air, et n'en donnent pas si on les fait bouillir en vases clos. Toutefois il montre cette réserve : a Les infusoires tirent sans doute, n dit-il, leur première origine de principes préorganisés; mais ces » principes sont-ils des œufs, des germes ou d'autres semblables » corpuscules? S'il faut des faits pour répondre à cette question, j'a- » voue ingénument que nous n'avons sur ce sujet aucune certitude. » {Opuscules de phys, anim. et végét, Paris, 1787, 1. 1.) 0. F. Muller est au contraire complètement pour la génération spontanée: « Les animaux et les végétaux , dit-il , se décomposent en particules » organiques douées d'un certain degré de vitalité, et constituent » des animalcules très simples, lesquels sont susceptibles de se )9 développer comme des germes par Tad jonction d'autres particules, » ou de concourir eux-mêmes au développement de quelque autre » animal, pour redevenir libres après la mort et recommencer » éternellement un {fireil cycle de transformation. •» (Animalcula infusoria, etc., opusc posth. Leipsig, 1787.) Gleichen attaque avec vigueur les moules organiques, et se déclare pour l'existence de germes oiHginaux {Dissertation sur la génération , Paris, an Vil). Ingenhousz considère les filaments de la matière verte de Priestley comme une transformation d'animalcules verts préalablement formés : bien que ce fût une erreur, c'était un appoint {Expériences sur le» végétaux^ Paris, 1800).
Le xix"* siècle s'ouvre avec une sorte d'explosion en faveur de la génération spontanée. Sans parler de Cabanis, Lamarck» de Bory Saint-Vincent, qui s'y rattachaient à un point de vue philosophique, nous devons citer Treviranus, Fray, Bremser. Treviranus remarquait en particulier que les infusoires varient d'espèce comme la matière organique qui leur donne naissance, et que la même matière en produit de différents, selon les conditions où elle est placée {Biologie^ Gœttingue, 1802)< Fray allait plus loin : il
FRÉDAULT. 53
88A DE LÀ Vn ET DB U MORT.
prétendait avoir va naître des colimaçons et des vers dé terre an milieu de matières organiques en putréfaction ; il soutenait même avoir vu des animalcules nattre dans de Teau pure {Estai mt l'origine des corps organisés et inorganisés^ iS17). Bremser, comme depuis Rudolphi, déclarait que la production des entozoaires tenait à une géinération ^j^nisxïée{Trûité zoologique et pk^nologique des vers intestinaux, 1818). Burdach lui-même, dans son Traité de physiologie^ se rattachait à la doctrine des générations ejvtvogues.
Cependant, vers 1837, les expériences de Schultze et de Schwanu semblèrent mettre un terme à la question, et rayer de la science la théorie de la spontéparité. Schultze mit des matières organiques en infusion dans un ballon exposé à l'air extérieur : des infusoires s'y produisirent. Il reprit le même appareil, mais en n'y faisant arriver que de l'air qui avait préalablement traversé de l'acide salfurique concentré, pour le débarrasser de toute matière oi'ganique, puis de l'eau pure, pour le débarrasser de l'acide : les infusoires ne s'y produisirent plus. C'était donc dé l'air que venait l'élément générateur {Annales de Poggendorf, 1837). Schwann répéta la même expérience, et bien d'autres savants encore avec le mérafe succès.
Pendant plus de vingt années toutes les anciennes opinions furent oubliées : l'expérience deSchultce et de Schwann triomphait; la théorie de la spontéparité était morte. Lorsqu'on 1859 H. P. Fou* cliet (qu'il ne faut pas confondre avec M. G. Pouchet, que nous avons dû réfuter vivement à propos de son livre sur la Pluralité des races humaines) vint réveiller la question, présenta des expériences nouvelles à l'Académie des sciences, et publia le résultat de toutes ses recherches {Hétérogénie, traité de la génération sfiontanéer Paris, 1859). Les discussions soulevées à l'Académie et dans la presse, les communications de H. Mantegazza et de M. Pasteur, de MM. Gaultier de Claubry, Jobard, Lacaze-Duthiers, etc., la discussion avec M. Doyère sur k reviviscence des rotifhres et des tardigrades^ l'intervention de M. van Beneden au nom des générations alternantes^ de M. Marchai (de Calvi) au nom del'étiologie des entoaoaires, n'ont pas encore rang dans l'histoire. L'Académie a momentanément interrompu le débat en mettant la question au concours : on attend le jugement et les pièces à l'appui. Nous allons nous^roême examiner les principaux arguments en suivant la question.
11. P«lttt 4^ éépmtt dana la dè«oiMpo»ltlatt mr^mtiÊsgm^. — Il
faut^ pour ne point s'égarer dans le débat où nous entrons, préciser
m Là MoKr. 615
avec autant de netteté que possible chacun de ses pas, et avant tout son point de départ.
Or, le premier fait acquis, et quHI ne faut jamais oublier, c'est qu'il s'agit d'une génération putride se manifestant dans des corps organiques en décomposition.
l*' Les exaltés de la spontéparité ont voulu l'adspter à la genëse, et faire croire que tout pouvait nattredela matière brute. C'est une exagération aujourd'hui répudiée.
i> La force qui anime les corps organisés, dit Millier, n*eBt connue n nulle part ailleurs que dans ces corps. Elle ne se manifeste que dans » les combinaisons organiques qui lui donnent naissance, et jamais » les éléments fondamentaux ne produisent de toutes pièces aucune M parcelle de matière organique. Fray prétend bien avoir vu des » animalcules microscopiques se former dans de l'eau pure, et » Gruithuisen dit avoir observé, dans des Infusoires de granit, de » craie ou de marbre, la production d'une membrane gélatineuse; )) dans laquelle ae développèrent plus tard des infusoires. Keteius n parle aussi d'une espèce particulière de conferve qui se forma -au » sein d'une dissolution de chlorure barytique dans l'eau distillée,' » qu*oii avait tenue durant des mois renfermée dans un flacon n bouché à l'émeri. Mais quelque remarquables que soient ces felts, » il est indubitable que les substances mises en expérience, les u vases ou l'eau, contenaient enoore une petite quantité de matière » organique; car, d'après les observations de Schultxe, des molé«» 9 cules de poussière de substances organiques suffisent, lorsque les » circonstances sont favorables, pour faire naître le phénomène qu'on D allègue comme preuve de.la génération spontanée des infusoires. » Les animaux eux-mêmes ne sont point en état de produire dea » matières organiques avec des éléments seuls, non plus qu'avec de » simples combinaisons binaires. » {Mon. de phys,^ trad. de l'aile* mand, V édit. Paris, 1851, 1. 1, p. 8.)
M. F. Pouchet, aujourd'hui le champion le plus reiharquabie de la génération spontanée, est dans les mêmes idées. Pour lui « ce ji qu'il y a de positif, c'est qu'aucun animalcule n'apparaît dans de D l'eau contenant des corps métalliques, tels que du fer, du cuivre, » du plomb ou des sels de mercure » {Hétérogénie^ p. 1&2}. Et a les animalcules apparaissent d'autant plus rapidement, que la sub^ » stance mise en expérience est plus putrescible. Le fait reconnu » par Priestley, et mentionné par Treviranus et Burdach, n'est pas » douteux » (p. l/i5). Aussi reconnaitril l'existence d'une force pUistique (p. 137)*
82(6 DB Li VIB BT 0B LA MORT.
' DÛ reste» la question ne peut plus se débattre : il n'y a pas une expérience sérieuse en faveur de Tactivité vitale née de la matièfe brute, et la théorie elle-même n'a pas le sens commun. Aujourd'hui la seule formule adoptée est celle-ci : Omne vivum ex vivo.
2° Nous voyons donc dès lors qu'il ne s*agit plus d'expliquer oo seulement d'admettre des créations de plantes ou d'animaux destinées à orner ce monde : ce sont des formations d'apparence végétale ou animale, issues de sa décomposition et de sa destruction. Ce n'est plus la terre ornée de ses herbes, de ses plantes, de ses ibréts, de ses animaux ; ce sont ces natures vivantes, faisant place en se détruisant à des natures de mort, qui sont elles-ménies destinées à se décomposer finalement en éléments inorganiques, et qui apparaissent comme la dernière ombre de la vitalité.
III. ProTenance de rélément sénératenr. — Notre point de dé* part étant posé, la génération dans un corps putrescible, nous nous demandons en second lieu d'où vient l'élément générateur.
Tout corps putrescible peut-il engendrer des infusoires? Ici deux réponses. L'une prétend que l'élément générateur vient des particules génésiaques suspendues dans Tair ; l'autre prétend qu'il existe dans le corps organique qui se décompose.
S'il est possible devoir clair dans toutes les expériences contra^ dictoires, on distingue ces trois points : l"" un corps organisé en décomposition ne produit pas nécessairement de génération putride; 2"* le point de départ de la génération peut être tantôt dans une par* ticule de l'air, tantôt dans le solide qui se décompose; 3<* le point de départ étant dans une particule de l'air, le mouvement générateur peut se communiquer à un solide, et vice versa.
1° Il parait bien qu'un corps organique putrescible ne produit pas nécessairement des infusoires, môme dans les meilleures conditions. M. F. Pouchet, lui-même, présente une expérience qui le concède: c< Une forte décoction de foin, exposée à l'air durant » trente-cinq jours, n'a présenté aucun animal vivant, soit à cette » époque, soit dans les observations qui ont été faites dans i'inter- » valle. » [Hétérogénie,^. IfiS.) Une autre semblable à la page 255.) M. Pasteur reconnatt également qu'un ballon contenant de l'eau albumineuseetexposéà l'air, ne contient pas de générations roicrozoaires, ou en contient plus ou moins, suivant l'air auquel il est exposé (communication académique du .'( septembre 1860} ; ce qui implique forcément que le corps putrescible peut ne pas engendrer. 2° A l'égard de la provenance de l'élément générateur, teis deux
DE Lk MORT. 837
opinions contradictoires sont représentées de notre temps par M. F. Pouchet et M. Pasteur. Elles ont un tort réciproque, me parait-il, c*est de s'exclure. Je ne veux citer que des expériences décisives et en petit nombre : non tam multa quant bona.
H. Pasteur met de i*eau sucrée albumineuse dans un ballon de verre, et n'y fait arriver que de l'air purifié des particules organiques en traversant de l'amiante : pas de génération. Il prend l'amiante, en retire les particules organiques que l'air y a laissées en traversant, et les met dans le ballon : génération rapide. Il expose son ballon à Tair, le col incliné, de manière que les poussières n'y tombent pas : pas de génération. Il relève le col de manière que les poussières y tombent : génération rapide {Acad. des sciences^ 6 février 1860). Évidemment .les particules de l'air ont un rôle, comme l'avaient montré l'expérience de Wrisberg, celles de Spallanzani et de Schultze. M. F. Pouchet pourra ensuite examiner la pous* sière des cathédrales ou des tombeaux égyptiens, et n'y trouver que des granules d'amidon, ou quelques particules organiques, pas de germes ; cela ne contredit en rien l'affirmation précédente : il y a dans l'air des particules organiques capables d'être des éléments générateurs.
D'un autre côté, dans plusieurs expériences, M. F. Pouchet fait arriver dans une infusion de l'air qui a traversé de l'acide sulfurique concentré, et, par conséquent, privé de particules organiques: une génération d'infusoires se produit. Il répète l'expérience avec de l'air traversant un tube incandescent : même résultat (p. 255 et suiv,). C'est bien qu'ici les particules n'entrent pour rien, et que l'infusion putrescible avait elle-même l'aptitude génératrice. 11 est vrai qu'il y a contradiction avec l'expérience de Schultze et d'autres ; mais pourquoi le corps putrescible n'aurait-il pas eu l'aptitude dans un cas, et n'en aurait-il pas manqué dans l'autre ? Nous verrons plus loin les raisons qui assurent cette supposition.
En réalité donc, l'élément générateur peut exister, tantôt dans une particule de l'air, tantôt dans le corps putrescible, et tantôt probablement dans les deux.
Z"" Il est clair, par ce qui précède, que le corps putrescible n'étant pas, dans quelques cas, générateur par lui-même, peut le devenir au contact des particules de l'air : c'est par les particules que la génération commence^ et c'est dans le corps putrescible qu'elle se continue.
Le contraire est-il vrai ? Je crois qu'on peut l'admettre, etquede^
8S8 DE LA Vtft BT Dl U MORT.
particules de l'air peuvent devenir génératrices an coiitaoi d'un corps putrescible générateur.
IV. Des qnaltléa et e^adUleaa ém mlttea cénérAtesv. — Faisons maintenant un pas de plus. Nous venons de voir où se trouve le générateur, tantôt dans la particule de Tair, tantôt dans le corps putrescible» et pouvant se communiquer de l'un à l'autre; mais nous n'en avons pas saiai l'élément, et peut-être même ne le saisirons* Doua pas. Tâchons oependant d'en approcher, en scrutant ce inilien générateur dans ses qualités et ses conditions d'action.
1'' Jiôle de l'air; sm oxygène. «> L'air est nécessaire à toute praduction iufusoire ; l'air puri&é entendons*nous, à moins que leoorps putrescible ne contienne assez d'oxygène pour nourrir la formation microaoaire. Mais alors, ne contenant plus de particules putrescibles, il n'est plus un élément générateur, puisque c'est dans la matière organisée putrescible que se trouve seul^neot le f^ncipe des infusoires. II n'est donc qu'un aliment pour ces productions infimes qui s'établissent. Supprimex-le, et le phénomène cesse comme M. F. Pou* cbet l'a montré ; et M. Pasteur également, en parlant de la fermentation acétique.
i"" Jiôle du corps putrescible; sa malière azotée, — La génération hétérogène ne se fait pas sans matière azotée ; il faut que le corps putrescible en contienne. Aussi dès l'abord l'idée se porte sur ia présence de l'azote, et l'on se demande si cet élément matériel n't pas m une inQuence génératrice.
Mais d'abord l'azote, comme élément purement matériel, ne peut avoir d'action, puisque la génération ne se fait que dans des matières organiques. D'un autre côté, M. Pasteur a fait voir que l'ammoniaque dans la fermentation alcoolique et dans la fermenUi* tion lactique, ne sert qu'à nourrir l'infusoire engendré* Dans un mélange de phosphate calcaire et de craie, de sucre et de sel ammoniac, il fait arriver un courant d'air chaud, et rien ne se produit ; il fait ensuite arriver un' courant d'air commun contenant des pa^ ticules organiques, et la fermentation lactique commence; mats, cliose remarquable, l'ammoniaque diminue de quantité pour se porter sur les microzoaires. {Académie des sciences^ décembre 1858 et janvier 1859.)
S« Rôle du corps putrescible ; sa matière atbumineuse» — Le corps putrescible contient l'azote en combinaison dans une matière albumineuse, et nous savons que cette matière e6t Télément nécessaire
nu Li iioftT. M9
de la production hétérogène, l Est-elle donc elle-même réiément générateur, soit par elle-mônie, soit par une conversion en matière sacrée ?
M. Pasteur nous offre précisément une expérience décisive. Il expose de l'eau albumineuse sucrée dans un ballon bien fermé : rien ne se produit. Il fait arriver un courant d'air contenant des particules organiques, et immédiatement les générations cornai» menoent. Les matières albumineuses et sucrées sont donc par elles* mêmes incapables de production, ne sont pas Télément générateur; il faut qu'elles soient organisées pour le devenir.
k^ Du corps putrescible ; son organisation. — Ne trouvant pas dans les substances qui composent le corps putrescible l'élément générateur des inl'usoires, il ne nous reste plus qu'à examiner son organisation.
Le premier point assuré, c'est que le milieu générateur doit être organisé. Quand môme il conliendrait de la matière organique, môme de la matière albumineuse, ce n'est pas suffisant ; il faut qu'il soit organisé pour que la génération microzoaire s'y produise.
En second lieu, nous remarquons qu'il est nécessaire que cette organisation conserve encore une sorte de mouvement, d'activité contractés pendant la vitalité à laquelle il a participé. Ainsi un corps organique soumis à l'ébuUition et à la chaleur devient d'autant moins générateur que la chaleur lui a fait perdre de sa vitalité. M. F. Pouchet observe le fait lui-même qu'un corps soumis à Tébullition perd d'autant plus de ses aptitudes génératrices qu'il y a été plus soumis. Les expériences de Schultze et Schwann, comme celles de Spallanzani, montraient également que des matières organiques bouillies ne produisaient rien sans un air chargé de particules organiques, c'est-à-dire contenant des molécules organiques non altérées. M. Pasteur a également remarqué que de l'urine à peine bouillie n'engendre rien sans l'air ; tandis que le lait a besoin d'être bouilU pendant plus longtemps, à une température de 110 à 112 degrés, sous la pression d'une atmosphère et demie (Académie des sciences j 1 mai 1860). C'est que l'urine contient des matières organiques déjà altérées, qui résistent peu à la chaleur, tandis que l'organisation du lait est pour ainsi dire plus vitale et résiste plus à la destruction. Si donc des matières organiques donnent ou ne donnent pas d'infusoires avec un courant d'air purifié, c'est que dans un cas la puissance organique subsiste, tandis qu'elle est anéantie dans l'autre. On ne saurait trop insister sur ce point.
En tr<Hsième lieu, il faut bien voir que la puissance organique
840 DE LA VIS m DB Li MOET.
qui parait ainsi, par eiclasion, devoir être rélément générateur, consiste dans la puissance cellulaire. De sorte qu'il semblerait que cette puissance est mise au service de foimes inférieures, conune le mouvement premier et insinuateur de cette vitalité inférieure qui ▼& se développer.
Wrisberg croyait avoir vu des molécules organiques se transformer sous ses yeux en infusoires {loc. cit.). M. Hantegazza (de Turin) vit sous ses yeux une décoction de courge se peupler de monades à la seule exposition d'un courant d'oxygène (Acad. des sciences^ février 1859). Moi-même, à plusieurs reprises, j'ai bien vu de mes yeux appliqués au microscope, des molécules de décooiposition venant du sang ou du pus, se grouper, s'aligner et produire (les vibrions ; et si je ne me trompe, M. Donné avait vu et enregis* tré le même fait dans son Courg de microscopie.
Mais cela n'est pas une explication, il faut aller plus loin.
5° Du corps putrescible ; ses dispositions particulières. — Je dis qu'il faut aller plus loin, car le corps putrescible présente des dis* positions particulières dont il faut tenir compte.
En premier lieu, tout corps organisé ne présente pas de génération hétérogène. J'ai bien des fois examiné des matières orgariiques, soit récemment détachées du vif, soit détachées depuis longtemps, soit normales, soit pathologiques, sans y trouver la moindre trace de génération d'infusoires. Et il suffit de consulter des micrographes sur ce point, pour reconnaître que c'est là un ialt constant. Il faut donc non-seulement que le milieu générateur vienne d'un corps organisé, qu*il contienne de la matière orga* nique, qu'il présente des traces d'organisation, et aussi que sa puis* sance organique ne soit pas éteinte v il faut encore qu'il ait en lui une disposition à produire ces infusoires.
En second lieu^ il faut remarquer que ce corps ne donne pas des productions quelconques, mais qu'il est disposé à donner telles ou telles plutôt que d'autres. C'est ainsi que Treviranus avait remar* que que les infusoires varient comme le corpç organique mis en expérience. M. F. Pouchet ayant mis des substances différentes à l'air libre, et à côté les unes des autres dans le même lieu, chacune d'elles contenait un genre de productions différentes : des portions (l'os prises à trois crânes différents, l'un d'Egyptien, Fautre de Mérovingien, le troisième d'un Européen moderne, donnèrent eonstam* ment des générations différentes (Hétérogénie^ p. 152, 284 et suîv.). Nous ne rappelons que les faits principaux.
En troisième lieu» le même corps organisé peut avoir plusieurs