‹ Physiologie intellectuelleChapitre 102 sur 298 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

volé la femme Renaud, marchande de meubles, rue du Temple, d'après le Constitutionnel du 17 avril 1839, où on lit ce qui suit : « Voici un fait qui met encore en défaut la science des phrénologistes. M. James, le même qui a soigné Soufflard, vient de soumettre la tête de ce criminel aux applications phrénologiques. Voici les résultats fournis par l'inspection du crâne: les protubérances les plus apparentes étaient celles de la bienveillance, de l'estime de soi, de l'esprit de saillie et de l'amour de la propriété. Quant à la bosse du meurtre, elle existait à peine chez Soufflard. »

Ce n'est pas moi qui ferai la critique de ces trois commentaires phrénologiques. MM. Bouillaud el Andral fils l'ont faite eux-mêmes, en disant au commencement de la séance précitée que toute théorie qui se trouve en contradiction avec un fait bien observé est fausse > et que tout fait qui est en contradiction avec une théorie rigoureusement démontrée a été mal observé. D'après cet axiome, que j'adopte, il ne s'agit plus que de savoir si c'est la théorie des phrénologistes qui est fausse , ou si ce sont les faits qui ont été mal observés, ou même si l'alternative n'est pas de trop. Dans l'intérêt que je porte à l'organologie cérébrale, qui, dans mon opinion, est vraie dans sa base ou ses principes généraux et dans plusieurs de ses particularités, je crois pouvoir avancer que la légèreté et le zèle indiscret avec lesquels on multiplie le nombre des organes, au lieu de s'attacher à en bien déterminer la puissance et la portée, par l'appréciation de l'influence réciproque des uns sur

les autres, et en faisant la part des circonstances éventuelles, a engendré le doute ou au moins le paradoxe en ébranlant l'édifice dans ses fondements. Une nouvelle science ne s'improvise pas ; elle ne s'affermit que par une marche lente et mesurée. J'ai objecté à Gall lui-même, de son vivant, sans qu'il ait fait de réponses satisfaisantes , qu'il appliquait une spécialité d'action trop exclusive à certains organes pour des manifestations complexes qui me paraissaient ne pouvoir résulter que du concours simultané de plusieurs d'entre eux , et des circonstances multiples non appréciables par un seul d'entre eux ; par exemple , relativement au courage , à la crainte, à l'esprit de saillie, etc. Cependant, tout en repoussant mes observations, Gall semble leur avoir donné une sorte de sanction dans plusieurs passages de son dernier ouvrage en six volumes in-8°, dont je me contenterai de citer le suivant de la page 168 du 3e volume : « Le penchant au meurtre, dit Gall, combiné avec le courage agit autrement que lorsque ce même penchant se combine avec la méchanceté; l'action sera encore bien différente, s'il se combine avec la philanthropie, etc. L'homme doué de facultés intellectuelles supérieures saura donner à son penchant une direction plus favorable que celui qui a l'esprit faible. L'éducation, les habitudes, l'exemple, la religion, la morale, les lois, etc., agissent dans l'homme doué de liberté morale comme autant de motifs pour conformer ses actions à l'ordre social , même en dépit de ses penchants. Ges

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