CHAPITRE IX
Le docteur Anlomarchi a décrit phrénologiquement la tête de l'Empereur. Il y trouve : 1° l'organe de la dissimulation; 2° celui des conquêtes; 3° la bienveillance; 4° l'imagination; 5° l'ambition; G° l'individualité ou la connaissance des individus et des choses; 7° la localité; 8° le calcul; 9° la comparaison; 40° la causalité.
L'organe de la ruse ou de la dissimulation aurait dû être fort prononcé chez Napoléon , et cependant il n'offre aucun développement appréciable! Et où placer l'organe des conquêtes? Il n'existe pas dans la géographie cérébrale, à moins que le docteur Antomarchi n'ait voulu désigner par là l'organe de l'instinct carnassier ou du meurtre, ou bien encore celui de la convoitise ou du vol. Quoi qu'il en soit, il n'y a aucune trace de ces deux organes dans la tête de l'Empereur. Le point du crâne auquel aboutit la convoitivité, est même remarquable par une dépression très-sensible. La place de l'instinct carnassier est même tout à fait vide.
Quant à la bienveillance , le crâne n'en dit rien non plus que de Y individualité . Pour la faculté du calcul ou de la numération, on trouve, au lieu d'une saillie, une dépression très-marquée, dépression qui se manifeste très-mal à propos ; car chez Napoléon l'aptitude aux mathématiques était éminente. La faculté de comparaison qui produit l'esprit de combinaison, de généralisation et d'abstraction, et la causalité^ ne sont pas plus marquées sur le crâne de Napoléon que sur celui de la moitié du genre lui-
main. C'est cette partie que les sculpteurs, peintres, graveurs, ont si démesurément agrandie et idéalisée. L'angle frontal sur le plâtre ne dépasse point 75 degrés, et dans les médailles, c'est un angle droit ou même obtus.
Le commentaire phrénoîogique est donc entièrement controuvé. Étudié d'après les véritables règles de la phrénologie, le crâne de Napoléon réfute au contraire le système de Ga 11. En effet, un phrénologiste non prévenu, ignorant qu'il a sous les yeux la tête de Napoléon, porterait à peu près le jugement suivant : esprit juste, sensé, peu capable de hautes conceptions , mémoire solide pour les faits et les lieux; inaptitude radicale pour les mathématiques, et en général pour les sciences exactes ; nature bienveillante, douce, gracieuse; caractère égal, bien réglé, circonspect à l'excès et même timide; beaucoup d'orgueil, mais tempéré par l'amour de la justice; peu d'inclination aux arts, si ce n'est à la musique; en somme intelligence bien développée, mais non jusqu'au génie. Quelque part qu'on place cet homme, il y tiendra une place convenable; mais il n'y fera rien de grand ni d'extraordinaire. Dans la spéculation comme dans la pratique, il déploiera du bon sens, de la sagesse, de l'intelligence; mais on ne doit attendre de lui ni des découvertes ni des conceptions originales, ni des actions d'éclat, j, d. 1.
A ces deux interprétations phrénologiques de la tète de Napoléon, je joindrai celle de la tête de Soutïïard , condamné à mort pour avoir assassiné et