CHAPITRE XIII
arrêtée et interrogée pour eon naître ses penchants, il apprit d'elle que son plus grand plaisir était de voyager 9 et que c'était pour voir du pays que dès l'âge de seize ans elle avait quitté son père à Munich pour venir à Vienne, où elle se plaisait assez, à cause de la grandeur de cette ville, qu'elle avait déjà bien appris à connaître, en ne servant que six mois dans la même auberge.
M. Blœde, déjà cité, parle d'un ancien mineur, connu sous le nom d'Auguste de Snéeberg, parce qu'il est né près de cette ville, lequel parcourt tous les ans, avec une sorte d'empressement ridicule qui l'empêche de rester plus d'un ou deux jours au même endroit, la plus grande partie de la Saxe, de la Lusace et de la Silésie, ayant, comme les oiseaux de passage, une station fixe pour chaque jour, li porte à chacun de ses hôtes qui lui donne la passade des compliments et des saluts de toutes les contrées qu'il parcourt; puis, se met à raconter tous les détails de son dernier voyage avec une volubilité extrême, les yeux fermés et le corps immobile, tant que son récit n'est pas entièrement lilé. M. Blœde dit que ce singulier personnage, vrai modèle du juif errant, a réellement deux saillies énormes qui répondent à l'organe de la cosmognose. Ce qui prouverait que les autres dispositions intellectuelles de cet homme ne sont pas aussi prononcées que celles-là, c'est l'anecdote suivante. Un habitant opulent de Saxe lui proposa un jour, par plaisanterie, d'aller chercher de petites dorades vivantes en Hollande avec un petit eu veau
qu'il lui donna pour les rapporter. Le voyageur part réellement avec son cuveau , arrive et demande les petits poissons. On reconnaît la plaisanterie, et on lui fait observer que son cuveau, mal relié, ne tient pas l'eau, et qu'il doit en aller chercher un autre. Le voyageur revient en Saxe avec son même cuveau, et l'on a toute la peine possible à le dissuader d'entreprendre un second voyage avec un meilleur vase.