‹ Physiologie intellectuelleChapitre 128 sur 298 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

porte le supplément du Constitutionnel du 30 juillet 1837, d'après le Mercure ségusien :

« Je vous demande pardon, monsieur, d'avoir mis autant de temps à vous répondre et à vous remercier. J'étais au milieu de tous les arrangements d'un nouvel ermitage que je me suis choisi aux environs de Tours, et puis, il faut que je vous avoue que, si j'ai chanté et fait chanter, je n'en suis pas moins un ignorant fieffé en fait de musique.

» Pour juger les différents morceaux que vous avez eu la bonté de m'envoyer, j'ai été obligé d'attendre qu'il me vînt une voix amie qui voulût bien me les faire entendre. La personne à qui j'ai procuré ce plaisir m'a non-seulement mis à portée d'applaudir à vos heureuses inspirations, mais a joint son suffrage au mien, et je vous le rapporte, parce que vous serez sans doute plus flatté du suffrage éclairé d'un musicien que des éloges d'un barbare de mon espèce. Si j'apprenais encore quelque chose, ou, pour mieux dire, si je chantais encore, monsieur, j'apprendrais deux ou trois de vos airs pour les substituer à ceux que j'avais choisis. Recevez donc tous mes remerciments pour la peine que vous avez bien voulu prendre de raviver ainsi les paroles de mes chansons qui vieillissent comme leur père.

» Ce que vous me dites des circonstances qui ont déterminé votre vocation est touchant et honorable, c'est une preuve, monsieur, qu'il y a en vous autant d'inielligence que de courage. Ah! qu'il serait heureux que tant de pauvres ouvriers qui gémissent

dans votre ville fussent aussi favorablement doués par la nature et aussi bien servis par la Providence! Vous professez maintenant un art consolateur, puisse-t'il vous servir à calmer quelques-unes des douleurs de tant de frères infortunés, et si dignes d'émouvoir les cœurs qui battent encore pour la patrie et l'humanité.

» Recevez donc, monsieur, avec les remercîmenis que je vous réitère, l'assurance de ma considération la plus distinguée. » Béranger.

» Saint-Cyr, près Tours, 17 juillet 1857. »

C'est donc encore le cas de dire ici avec Boileau :

La nature, fertile en esprits excellents, Sait entre les auteurs partager les talents.

« Les dilettanti d'Alençon viennent d'être témoins d'un phénomène musical des plus curieux. Une jeune paysanne de dix-huit ans, Joséphine Masson , fille d'un pauvre tisserand de la Ferté-Macé, était venue il y a deux ans visiter , avec quelques-unes de ses compagnes, le bel établissement thermal de Bagnoles. La présence d'un virtuose célèbre et de plusieurs amateurs distingués avait fait organiser ce jour-là parmi les baigneurs une matinée musicale. Joséphine, grâce à quelques connaissances parmi les gens de la maison, et peut-être un peu protégée par sa jolie figure, put entendre le concert. Ce qui se passa alors en elle, il faut le lui entendre dire : c'était la révélation tout entière d'une faculté qui dominait son âme et que la première étincelle enflamma jusqu'au génie, Elle s'en alla rêveuse; de ce jour-là sa vie fut

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