CHAPITRE XVII
derrière l'are sourcilier vers les tempes, et change conjointement avec l'organe de la musique, qui lui est supérieur, la forme demi-circulaire du front en une forme presque carrée ou angulaire. Réuni à l'organe de la cosmognose ou de la connaissance des lieux, il fait le grand astronome. Il est éminemment prononcé dans le buste de Newton que fait voir Gall, et dans ceux de tous les grands mathématiciens, tels que Kœslner, Euler, Bodeny Uell, etc. Gall saisit le premier indice de cet organe en examinant un enfant de treize ans, fds d'un maréchal de Pœlten, connu par son talent et sa facilité admirable dans le calcul. Trois rangées, chacune de onze chiffres, étaient saisies et retenues par cet enfant aussi vite qu'on les écrivait : il les combinait ensuite diversement dans sa tête , et faisait de mémoire toutes les opérations d'arithmétique qu'on lui proposait. Gall vérifia ensuite cette première donnée sur le crâne de M. Mantelli , conseiller de la cour d'appel de Vienne, qui réunit avec le même talent pour les mathématiques une mémoire si prodigieuse qu'il sait par cœur presque toutes les lois de la monarchie autrichienne. La même conformation fut observée par lui sur le crâne d'un aliéné des Petites-Maisons de Vienne, lequel ne cessait de compter depuis un jusqu'à quatre-vingt-dixneuf, sans passer outre, et recommençait toujours de nouveau la même échelle. Il apprit aussi de M. Rebhahn , apothicaire du Salvator de Vienne, et d'un marchand de la même ville, qu'à chaque nouvel an ils éprouvaient, en faisant leurs comptes, un mal de
tête à l'endroit où siège cet organe, qui manque entièrement chez les animaux dont le crâne n'est antérieurement pas aussi large que celui de l'homme. C'est ce que l'on peut voir dans les espèces les plus voisines, telles que le singe, dont le front arrondi présente un ovale qui contraste avec le front angulaire du crâne humain.
M. Bourrienne, qui n'a entendu !a doctrine de Gall qu'avec le doute, me dit, lorsque ce physiologiste expliquait cet organe : « Ce caractère qu'il explique est bien frappant chez M. Monge. » M. Bourrienne s'est souvent trouvé avec ce savant mathématicien, tant en Egypte qu'à Paris. Gall me dit aussi à Altona, au mois de décembre 1806, qu'il avait appris qu'un de ses élèves à qui l'on demandait, dans une société de Paris où il connaissait peu de monde, quelle était dans l'assemblée la personne qui, d'après la doctrine de Gall, lui paraissait avoir le plus de disposition pour les mathématiques , avait, après avoir promené ses regards sur tous les assistants, indiqué un homme assez éloigné de lui, qui s'était précisément trouvé être M. Laplace.
Dans le compte-rendu des séances de l'Académie des Sciences par le Constitutionnel du 7 février 4841, on lit ce qui suit :
«Dès sa plus tendre enfance, le jeune Henri Mondeux, s'amusant à compter des cailloux rangés à côté les uns des autres et à combiner entre eux les nombres qu'il avait représentés de cette manière, rendait sensible, à son insu, l'étymologie du mot