CHAPITRE XVII
calculer; à cette époque de sa vie, les systèmes de cailloux semblent avoir été plus particulièrement les signes extérieurs auxquels se rattachait pour lui l'idée de nombre, car il ne connaissait pas encore les chiffres. Quoi qu'il en soit, après s'être exercé long-temps à calculer , comme nous venons de le dire, il finit par offrir aux personnes qu'il rencontrait de leur donner la solution de quelques problèmes; par exemple, de leur apprendre combien d'heures, ou même de minutes, se trouvaient renfermées dans le nombre d'années qui exprimait leur âge. Frappé de tout ce qu'on racontait du jeune pâtre, M. Jacoby , instituteur à Tours, eut la curiosité de le voir; après un mois de recherches, il rencontre un enfant dont l'attitude est celle d'un homme absorbé par une méditation profonde; cet enfant, appuyé sur un bâton, a les yeux tournés vers le ciel. A ce signe, M. Jacoby ne doute pas qu'il n'ait atteint le but de ses courses; il propose une question à Henri qui la résout à l'instant même, et il lui promet de l'instruire. Malheureusement, celui qui se rappelle si bien les nombres a beaucoup de peine à retenir un nom ou une adresse. Henri à son tour emploie un mois entier en recherches infructueuses avant de retrouver M. Jacoby. Un jour enfin , il quitte la ferme en déclarant qu'il a trouvé une place, et il arrive chez M, Jacoby, qui accueille avec bonté le nouveau pensionnaire que la Providence lui envoie. Sous la direction de M. Jacoby, Henri Mondeux , en continuant à se livrer à
son étude savante, est devenu plus habile dans la science du calcul et a commencé à s'instruire sous d'autres rapports. Aujourd'hui il exécute facilement de tête, non-seulement les diverses opérations de l'arithmétique, mais encore, dans beaucoup de cas, la résolution numérique des équations; il imagine des procédés quelquefois remarquables pour résoudre une multitude de questions diverses, que l'on traite ordinairement à l'aide de l'algèbre.
» L'Académie , pour reconnaître le zèle et le noble dévouement que M. Jacoby a déployés dans le double intérêt de son élève et de la science, a émis le vœu que le gouvernement fournît à cet honorable instituteur le moyen de continuer sa bonne œuvre , en développant de plus en plus les rares facultés qui font espérer que cet enfant extraordinaire se distinguera un jour dans la carrière des sciences.
» Nous sommes heureux de dire que la voix de l'Académie a été entendue, et que M. Yillemain, qui sait apprécier toute la puissance du talent, prendra Henri Mondeux sous sa protection. Le ministre a annoncé à l'Académie, lundi dernier, que l'État se chargeait de l'éducation de cet enfant, qui pourra désormais se livrer au travail sans autre ambition que celle de la gloire. »
On lit encore dans le même journal du dl septembre 1841 : « La séance mathématique que le jeune Henri Mondeux a donnée dans le local de la rue de Grenelle, a pleinement justifié la réputation que la presse a faite à cet enfant extraordinaire.