CHAPITRE XIX
des Deux-Siciles, lequel sait lire dix langues, quoique sans instruction, et le journal fait la remarque que ce (aient prodigieux appartient au môme royaume d'où sont sortis les calculateurs extraordinaires Vinccnzo Zuccaro et Vito Mangiamele. Voir le Constitutionnel du 26 juillet 1837.
« On a beaucoup parlé dernièrement d'un perroquet acheté par le prince Albert qui voulait en faire hommage à la reine d'Angleterre, son épouse. M. Fosler de Butley en possède un plus étonnant encore. Ce dernier perroquet connaît et siflle plusieurs quadrilles , des valses et notamment la valse de Copenhague. Il parle anglais, français, allemand, italien , et il répond à une foule de questions. Il imite le chant du coq et de la perdrix, appelle cinq chiens par leurs noms et répète ceux de toutes les personnes de la maison. » ( Constitutionnel du 6 février 1841.)
Il est bon d'observer néanmoins que l'inaptitude à apprendre les langues peut se rencontrer avec tous les signes de cet organe : ce qu'il ne faut pas attribuer, comme on le fait d'ordinaire, à quelque défaut de la langue, de l'arrière-bouche ou du larynx ; mais à un vice du cerveau, tel, par exemple, qu'un commencement d'hydrocéphale.
L'eau, dans ce cas, peut causer une dépression du plancher supérieur de l'orbite, qui fasse croire à l'existence de l'organe de la glossomathie et à celle de plusieurs autres ; bien que leur nullité réelle soit assez prouvée par plusieurs symptômes, parti-
culièrement par l'imbécillité ordinaire de ces sortes de sujets. C'est ainsi que la doctrine de Gall pourrait aussi servir à la connaissance des maladies, lorsque les signes d'un organe se présentent sans la faculté qui doit s'y rattacher. Pour faire connaître l'anomalie trompeuse dont il s'agit, Gall produisit, dans ses leçons de Dresde, au rapport de M. Blœde, un enfant de douze ans qui avait une disposition manifeste à l'hydrocéphale : ses yeux tombaient profondément sur les joues ; mais il était si imbécile qu'on ne pouvait lui faire répéter plus de dix ou douze mots de suite, quoique son père lui donnât le talent de lire, d'écrire correctement, et même de corriger les fautes d'impression qui se trouvaient dans les livres.
Plusieurs sourds -muets des établissements de Vienne, de Berlin et de Leipsig, où on leur enseigne à parler, n'ont, comme l'a observé Gall, jamais pu répéter d'eux-mêmes aucun des mots qu'on leur avait fait articuler plusieurs fois syllabe par syllabe, bien qu'ils eussent l'apparence d'une disposition pour les langues : ils se sauvaient quand on insistait; mais leur idiotisme les rendait ineptes en tout.
De pareils faits ne doivent pourtant pas faire rejeter des signes qui n'ont rien de fallacieux, vu que l'idiotisme en fait cesser l'ambiguïté; autrement il faudrait aussi rejeter tous les symptômes ou signes de maladie, puisqu'il est très-rare qu'ils ne conviennent qu'à une seule affection. Par exemple, les signes de la grossesse conviennent également à plu-
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sieurs espèces d'hydropisies, à la tyrnpanite, aux obstructions, aux épanchemenls sanguins, aux affections vermineuses, aux polypes utérins, elc, 5 car, dans plusieurs de ces maladies, les femmes nerveuses éprouvent des mouvements qu'elles disent être absolument les mêmes que ceux de leurs grossesses antérieures, et il se trouve aussi des femmes qui accouchent sans s'être aperçues d'aucun mouvement. Je viens de faire, pour la seconde fois, la ponction à une femme du faubourg Poissonnière, affectée d'hydropisie ascite compliquée de celle des ovaires, à laquelle les plus habiles et les plus renommés praticiens de Paris, placés à la tête des hospices, avaient dit, il y a un an, qu'elle était enceinte et ne devait avoir aucune inquiétude sur son état, qui changerait à sa satisfaction au bout de neuf mois; tandis qu'il n'a fait qu'empirer depuis, faute de soins dans le principe. Pareilles erreurs arrivent journellement, et j'ai accouché une autre femme à qui plusieurs accoucheurs avaient assuré qu'elle n'était pas enceinte. Faut -il, à cause de ces erreurs faciles, qu'une attention circonspecte peut faire éviter, bannir la séméiotique de la médecine, et refuser leur valeur réelle aux symptômes parce que le défaut de connaissances suffisantes, l'inattention ou la légèreté de jugement peuvent induire à en faire une fausse application ?
Gall observe, relativement à l'organe en question, qu'il est bien rare que la mauvaise conformation des organes vocaux empêche d'apprendre une lan-
gue. Pour le prouver il cite entre autres exemples celui d'une femme de Strasbourg, qui, quoique tout à fait sans langue, parlait en prononçant toutes les lettres excepté c et r, à l'examen de laquelle il s'est trouvé avec plusieurs médecins, et particulièrement avec le professeur Lobstein, qui en fit le sujet d'un petit ouvrage publié sous le titre de : Feminœ elinguis historia. Gall cite aussi l'exemple d'une personne qui articulait tous les sons, malgré un bec de lièvre qui divisait les os du palais jusqu'à l'arrièrebouche.
Le savant président de Brosses cite un fait analogue dans son Traité de la formation mécanique des langues (tomel, p. 420). Je le crois assez inléressant pour le rapporter avec les observations qu'il y a jointes sur l'utilité de la langue pour la prononciation de certaines lettres.
« On lit actuellement (décembre 1763) dans les
papiers publics le récit d'un phénomène fort extra»
ordinaire, s'il est bien exactement rapporté, d'une
lille qui parle sans avoir de langue. Voici en quels
terme il est rapporté. « On voit dans cette ville (Nan-
» les) un phénomène qui mérite de fixer la curiosité
» publique; c'est une fille de dix-neuf ans qui parle
» sans langue. A la suite de la petite vérole qu'elle
» eut à huit ans, sa langue tomba en pourriture et
» se détacha entièrement. Pendant les deux premiè-
» res années qui suivirent cet accident, elle resta
» sans parler, n'ayant qu'un cri comme les muets;
» au bout de ce temps-là elle se mit à parler et de-