CHAPITRE II
un scélérat déterminé et se trouve aujourd'hui en détention.
Pour répondre à une objection dont on a en quelque sorte fait un épouvantait pour les esprits faibles, et qui doit se représenter ici à l'esprit de tout le monde, il observe que sa doctrine est très-étrangère à la fatalité qu'on lui a prêtée, et qu'en opposant des digues plus fortes à des torrents plus impétueux, l'on prévient les ravages et les débordements. C'est ainsi, dit-il, que, par une éducation variée selon le besoin, et par le choix des motifs propres à contre-balancer des penchants dominants, d'après la connaissance du caractère des enfants, dont les uns se rient des châtiments qui font trembler les autres, on aurait pu faire un grand homme d'un scélérat actuel. Supposons, continue-t-il, pour rassurer ceux qui ne me comprennent pas, deux chiens également doués des organes de la digestion et également pressés par la faim; l'un est un chien d'attache ou dé berger , et l'autre un chien domestique , libre et de bonne éducation. Si on les met en présence d'un rôti bien savoureux, le premier tombera dessus et le mangera sans remords; tandis que le second , imbu de meilleurs principes et plein de l'idée des coups de bâton qui l'attendent s'il y touche, par la réminiscence de ceux qu'il a déjà reçus pour pareille gourmandise, regardera avec commisération son pauvre compagnon manger ce fatal morceau, et n'y touchera pas lui-même. Voilà à quoi mène ma doctrine, ajoute-t-il; à trouver le contre-
poids des effets vicieux d'un organe dans l'organisation même.
Si quid novisti rectius istis,-1
Candidus imperti
Mais après avoir prouvé la futilité des craintes des antagonistes, nous leur dirons encore avec Horace : que ce qui gâte une liqueur c'est l'impureté du vase qui la reçoit :
Sincerum est nisi vas,quodcuiïique infundis acescit.
De même, c'est la mauvaise qualité de l'esprit qui fait tirer de fausses conséquences des sciences en y mêlant ce qui leur est étranger.
Au reste, l'objection précédente fùt-elle plus fondée qu'elle ne l'est, le célèbre Bonnet y aurait répondu d'avance dans sa Palingénésie philosophique (§ XIX), en disant :
« Une vérité dangereuse n'en serait pas moins une vérité : ce qui est, est 5 et nos conceptions, qui ne peuvent changer l'état des choses, doivent lui être conformes. L'entendement ne crée rien : il contemple ce qui est créé; et il contemple l'aconit comme la gentiane , et le serpent comme la colombe. »
Il n'y a donc qu'un profane, indigne d'approcher jamais du sanctuaire des sciences, qui puisse avoir d'autre motif d'adoption ou de rejet, que la vérité ou la fausseté. C'est dans l'organisation qu'il faut chercher le succès de toutes les institutions humaines; car c'est là qu'elles ont pris naissances. Ainsi,