‹ Physiologie intellectuelleChapitre 15 sur 298 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

le législateur qui néglige de tirer parli de la religion pour rattacher , selon l'étymologie du mot , les hommes les uns aux autres, et régler les actions, secrètes que les lois ne peuvent atteindre, se prive d'un contre-poids puissant, aussi capable de réprimer les vices cachés , et l'essor des passions lorsqu'il leur est opposé, que propre à les exalter et à les rendre même insurmontables, lorsqu'il agit de concert avec elles.

Gall appuie aussi son assertion sur les dispositions naturelles qui caractérisent chaque espèce d'animaux, en observant, par exemple, que la rapine et la cruauté sont naturelles au lion et au tigre; que l'industrie l'est au castor, l'adresse à l'éléphant, l'imitation et l'altachement pour ses petits au singe, la finesse au renard, le vol à la pie; que le chien chasse de race sans aucune éducation préalable, et ainsi de suite. D'où il conclut que si la nature n'avait l'initiative, rien n'empêcherait de changer les mœurs de ces animaux par l'éducation, ni de les dresser tous sur un même plan.

Il avertit qu'il ne faut cependant pas confondre les dispositions naturelles avec les facultés qu'elles rendent possibles ; ces dernières peuvent être paralysées par les circonstances, sous l'empire desquelles elles se trouvent plus immédiatement placées. C'est ainsi que l'industrie du castor pour bâtir est, dans les lieux où il ne jouit d'aucune tranquillité, une simple disposition organique dont la faculté reste au nombre des choses possibles. Sans dispositions, une chose ne

peut se faire; mais avec la disposition, elle ne se fait pas nécessairement, ni toujours; car avec des yeux et des oreilles, on ne voit ni n'entend pas toujours. C'est donc une absurdité sans nom que l'on prêle à Gall quand on lui fait connaître jusqu'aux plus secrètes pensées du cœur (Journal de Physique du mois de mai 1808 ) : ce qui n'est pardonnable qu'à ceux qui ne connaissent sa doctrine que par imagination, puisque ni lui, ni aucun de ses élèves n'ont jamais rien avancé de pareil. Pour y croire, il faut même supposer que les savants les plus distingués de l'Allemagne, tels que Reil, Loder, Blumenbach , Schéel de Copenhague, Hufeland , BischoiF, Blœde, Walther, Knoblanch, Froriep, Salpert, Reimarus, Grasmeyer, Rambach , Schultz, Wolstein, Unser, Ehlers, ainsi que tant d'autres qui n'en parlent qu'après avoir assisté à ces cours, sont frappés de cécité ou sont tombés dans le délire, puisqu'ils rendent tous un témoignage favorable de Gall, et qu'en restreignant leurs éloges plus particulièrement à certaines parties de sa doctrine, ils prouvent qu'ils ne l'ont point jugée comme certains érudits qui dévorent plus de science qu'ils n'en digèrent. Est-il croyable que ces savants, dans leurs objections et leurs observations sur le système de Gall, auraient passé sous silence des résultats dont le merveilleux n'est surpassé que par l'absurdité? Moi, je sais, pour l'avoir entendu de la bouche de Gall lui-même, qu'il s'explique positivement contre ces faux devins de son système, semblables aux suisses qui restent à la porte

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