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CHAPITRE XXIV

Voilà des cas où la ruse, qui par l'influence favorable des autres organes peut quelquefois être considérée comme prudence et sagesse, a servi la justice. Malheureusement une influence toute différente des circonstances ou du reste de l'organisation fait aussi très-souvent servir le même organe à la prospérité du vice et du crime, en multipliant leurs ressources par la dissimulation, la fausseté, l'hypocrisie, la duplicité, la fourberie, etc.

Le docteur Gall a remarqué que l'organe de la ruse était très-développé chez le meilleur acteur et la première actrice du théâtre de Berlin , et peut-être de toute l'Allemagne.

Les personnes rusées tiennent volontiers la tète dans une direction oblique, et ont un ton mesuré qui annonce la retenue et la réserve ; souvent elles plaident le fort pour savoir le faible, c'est-à-dire qu'elles exagèrent le bien pour savoir le mal, et donnent des vertus supposées à ceux auxquels elles soupçonnent des défauts qu'elles désirent connaître, etc.

Cet organe se rencontre aussi chez les animaux les plus rusés et les plus adroits à saisir leur proie, tels que le renard, la belette, la marte, le tigre, la panthère, l'hyène, le chat, le lévrier; et à plusieurs oiseaux : tels que le cormoran , si difficile à attraper.

Dans ses Observations sur la phrénologie , Spurzheim dit (p. 482 et 483) : « Si j'observe le langage naturel des êtres rusés, il me paraît que l'instinct

primitif est l'instinct à cacher. Les animaux rusés savent se cacher adroitement; ils s'y prennent de* manière à n'être pas aperçus. Un chat fait semblant de dormir et s'empare d'un mets aussitôt que le cuisinier a le dos tourné; il guette les souris sans faire aucun mouvement. Le chien, pour s'assurer un os, le cache dans la terre. Les hommes rusés décèlent de mille manières l'instinct à cacher; ils plaident souvent le faux pour savoir le vrai; ils exagèrent le bien pour apprendre le mal; ils donnent des vertus supposées à ceux auxquels ils croient des défauts qu'ils désirent savoir... La faculté primitive est donc toujours la même, soit que l'on cache ses intentions, ses idées, des personnes ou des choses : l'organe est certain ; je propose de nommer ce penchant secrétivité. » Voici comment, dans la seconde édition de ma Physiologie intellectuelle (p. 235), en 4808, je disais en d'autres mots ce qui est en italique dans le passage que je viens de citer : « Les personnes rusées tiennent volontiers la tête dans une direction oblique, et ont un ton mesuré qui annonce la retenue et la réserve ; souvent elles plaident le fort pour savoir le faible , c'est-à-dire qu'elles exagèrent le bien pour savoir le mal, et donnent des vertus supposées à ceux auxquels elles soupçonnent des défauts qu'elles désirent connaître, » etc. Le soin que semble avoir pris Spurzheim pour changer les expressions de cette phrase en en adoptant tout à fait le sens, me fait croire qu'il a substitué le mot hybride de philogénilure à celui de philogénésie que y^ivùis employé dans le même esprit

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qui lui a fait ici changer ma rédaction. Je ne blâme point la rédaction qu'il a substituée à la mienne. Mais comme la seconde édition de ma Physiologie a été publiée dix ans avant son ouvrage, je n'ai pas voulu paraître avoir la puérilité de dissimuler les idées d'un autre que j'adopterais. M'étant déjà expliqué sur la création hétéroclite et le sens impropre de secrélivilé y je n'ai que peu de chose à en dire ici. J'aurais seulement été curieux de savoir si dans l'esprit de Spurzheim, qui annonce que c'est par ruse que le chien, pour s'assurer un os, le cache dans la terre , c'est aussi par ruse que le chat cache ses excréments dans la terre, que les poltrons, les enfants, les petits animaux se cachent où ils peuvent, que les avares cachent leurs trésors, et que la ruse soit, selon lui, synonyme de la timidité, de la pudeur qui fait cacher la nudité; il me semble que le bon Spurzheim a un peu brouillé la science ainsi que le langage, qui doit en être l'expression fidèle.

Gall n'a point partagé l'erreur de Spurzheim sur la ruse; car, en en faisant mention, il dit : « Dans toutes ces actions des animaux et des hommes, je ne vois que de la ruse et de la dissimulation. Pourquoi surcharger la langue de termes dont personne ne devine le sens?» Il y a en effet trop d'analogie entre secrélivilé et sécrétion pour n'être pas induit en erreur sur le sens attribué au premier de ces deux mots par son inventeur.

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