CHAPITRE XXV
ceux qui ont fait le plus d'ennemis à la doctrine de Gall; il est devenu une pierre d'achoppement,surtout pour ceux dont l'esprit fourvoyé heurte partout conlre la vérité sans l'apercevoir qu'elle ne soit défigurée et travestie sous les bigarrures de leurs préjugés. Cependant le vol est [au nombre des choses possibles, puisqu'il se fait (Ab actu ad posse valet conclusio) , et une chose n'est jamais possible sans cause ni moyens. La misère, que l'on en regarde volontiers comme la seule cause, en est tout au plus l'occasion ou le motif; car l'on a vu des personnes très-riches et même des princes, tels que Victor 1er, roi de Sardaigne, qui n'éprouvaient sûrement ni besoin ni misère, prendre plaisir à voler, et tous les jours l'on voit des personnes dans la plus grande misère s'en abstenir. Conclure de ce que tout le monde ne vole pas à la non-existence de l'organe du vol, ne vaudrait pas mieux et ne serait pas plus concluant que de conclure à la non-existence des organes de la génération de ce que tout le monde n'engendre pas et que cela est même défendu aux prêtres, aux religieux, aux religieuses, etc., comme le vol l'est dans les États modernes à tous les individus.
Mais l'idée de vol, dit-on, n'est point dans la nature, puisqu'elle suppose la propriété, et que celleci ne peut avoir lieu que dans l'état social ; en conséquence il est évident qu'il ne peut exister d'organe qui soit la cause physique d'un effet qui ne se rencontre pas dans la nature. Cela est péremptoire pour
ceux dont les idées sont comme une monnaie de convention dont il n'importe pas de connaître la valeur intrinsèque pour le trafic journalier, pourvu qu'elle ait cours.
En supposant avec ceux qui raisonnent ainsi que les idées de propriété et de vol soient dues à la société, ce qui est cependant faux, le docteur Gall leur demande à quoi est dû l'état social. Si cet état est lui-même fondé dans l'organisation physique de l'homme, il est clair que ce qui y tient ne peut découler d'une autre source. Otons à l'homme et à tous les animaux qui vivent en société, tels que les singes, les castors, les oiseaux, les abeilles, etc., leur organisation physique, et faisons-en pour un instant des polypes, des zoophyles ou des plantes, alors que deviendra l'impulsion qui les réunit ? C'est donc se payer et vouloir payer les autres de fausses pièces que d'opposer la société à la nature , puisqu'elles rentrent l'une et l'autre dans la môme catégorie et que toutes deux ne sont que l'organisation elle-même considérée dans ses effets et ses résultats.
Tous les animaux établissent la propriété par l'acte seul de leur naissance; car ils occupent nécessairement une place qui leur est exclusivement propre pour les loger et les contenir, et il est même impossible à l'esprit humain de les concevoir sans cette propriété exclusive. Ainsi la société n'a pu établir la propriété qui a existé avant elle, elle n'a pu intervenir que pour la soumettre à des lois; c'est-à-dire