‹ Physiologie intellectuelleChapitre 156 sur 298 · CHAPITRE XXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXV

pour en établir la légitimité , qui est tout autre chose. S'il en était autrement , il n'y aurait dans la société que des propriétés sanctionnées par elle ; tandis qu'il s'en trouve une infinité qui sont entièrement opposées à son but, à ses vœux, à ses lois , et dans l'établissement desquelles l'organisation primitive n'a usé que de ses propres ressources. '

Supposons deux hommes dans l'état sauvage : tous deux pressés par la faim voient un fruit vers lequel ils se précipitent; un seul, arrivé plus tôt que l'autre, s'en empare ; comme il en a la propriété et le possède par droit de premier occupant , il le mangera et en gardera même la moitié pour un autre repas, s'il est le plus fort ; sinon il le perdra à l'instant par la violence ou la rapacité de l'autre. Mais dans tous les cas, celui que la supériorité de ses forces mettra en sûreté contre la violence et la rapine n'y sera pas contre la surprise ou le vol, dont l'organe parait avoir été destiné par la nature à suppléer aux forces physiques, afin que l'animal put même se conserver dans les circonstances les plus difficiles. Voilà comment la faiblesse réussit souvent où la force échoue. Aussi l'expérience nous porte-t-elle à associer de préférence la bonté avec la force et la malice avec la faiblesse. Supposons ces deux hommes sauvages en repos, alors leur gîte se trouvera établi dans le creux d'un arbre ou d'un rocher, et la propriété de ce gîte par le droit d'occupation première sera disputée et défendue contre tout nouvel arrivant. La même chose

a lieu chez tous les animaux, car un organe qui doit assurer leur conservation en général ne peut avoir été exclusivement départi à l'homme. Le remède se trouve ainsi partout placé à côté du mal , et ceux des animaux qui manquent de force pour jouir du nécessaire dont les priveraient l'avidité et la rapacité des plus forts, ont la ruse et le vol en partage, pour parer au danger qui résulterait de cet abus des forces pour leur existence.

Les singes établissent des chaînes qui aboutissent sur quelque montagne ou dans quelque forêt pour voler les melons d'une melonnière en se les faisant passer de main en main. Si l'on jette quelque aliment à des chiens, ils se le disputent et cherchent à se le ravir mutuellement ; mais dès que l'un s'en est emparé, il défend sa propriété avec acharnement. Le chat fait de même; mais, plus adroit encore que le chien , il profite de la moindre distraction pour voler la propriété des autres. Ces animaux trouvent le secret de pénétrer dans les garde-mangers et les cuisines, et ils y volent avec beaucoup d'adresse et de précaution les morceaux qui leur conviennent. Ce qui prouve évidemment que le chien a la conscience de sa faute, c'est qu'il marche la queue entre les jambes quand il a volé, et qu'en le corrigeant on peut l'en déshabituer. On en a vu qui ne voulaient manger que ce qu'ils avaient dérobé. L'homme luimême n'est pas exempt de pareils caprices : Aquœ furlivœ dulciores et partis absconditus suavior , dit F Écriture-Sainte; ce qui est dans le sens du proverbe

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