‹ Physiologie intellectuelleChapitre 199 sur 298 · CHAPITRE XXXVIf. /il · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIf. /il

accorder les effets avec leurs causes par le seul usage de la raison, en écartant tous les préjugés de l'ignorance et de la superstition.

Comme on a aussi voulu prendre la couleur noire pour un caractère spécifique du genre humain, et que quelques théologiens, tels que Labat, Gumilla, etc., gens très-sensés et véridiques, en ont même fait le caractère d'une race réprouvée, en faisant descendre les nègres en ligne directe de Gain , à qui Dieu, disent-ils, écrasa le nez et noircit l'épidémie pour le faire reconnaître pour un assassin, il convient aussi d'entrer, sur les causes de cette couleur, dans quelques détails qui serviront encore à répandre plus de jour sur ce qui précède. Les couleurs des diverses races que nous avons admises, sont la blancheur chez les Européens, le jaune de buis chez les Mongols , le bronzé ou Y orange-foncé chez les Américains, le basané ou le brun chez les Malais, et enfin le noir débène chez les iNègres qui habitent le pays le plus chaud et le plus brûlé du globe. Toutes ces couleurs varient chez le même peuple et chez le même individu jusqu'à l'infini, par le changement d'âge, de climat et de genre de vie, ainsi que par l'effet des maladies; en sorte que, s'il servait de caractère pour les espèces et les races, le même homme pourrait successivement appartenir à chacune d'elles. Les négrillons et les négrittes naissent blancs, n'ayant de noir à leur naissance qu'un filet à la racine des ongles. C'est une jaunisse qui survient au quatrième jour, qui commence le chan-

gcment de couleur. La cause de la noirceur du réseau muqueux situé sous 1'épiderme, tient, selon Blumenbach, à l'action de l'oxygène atmosphérique qui, dans les climats chauds, précipite le carbone qui tend à s'évaporer de la surface du corps. Cependant, comme l'action de l'oxygène n'est pas la même sur tous les corps, puisque le soleil d'Europe blanchit les toiles et les os décharnés, verdit les végétaux et rembrunit nos paysans, ainsi que plusieurs espèces de brutes, l'on pourrait, je pense, admettre aussi, comme cause coefïîcien te de la couleur, l'effet du chaud sur le développement et l'activité du foie et de la rate, ainsi que sur le mélange ou le tempérament des humeurs et l'action des solides, qui s'en trouvent diversement stimulés. Au moins le pigment de la rétine, l'encre de la seiche, les effets de la maladie noire ou de la mélanose (melœna), la jaunisse même des négrillons et des nouveau-nés de nos climats, etc., ne permettent pas d'admettre la carbonisation du mucus de Malpighi par l'oxygène comme l'unique cause du changement des couleurs. Les nègres blancs et plus encore les nègres-pies, chez qui la noirceur du derme se trouve parsemée çà et là de taches d'une blancheur de neige, ne prouvent pas non plus que l'oxygène agisse sur le carbone dans l'économie animale comme dans un laboratoire de chimie. On ne peut, pour expliquer la couleur des nègres-pies, dire qu'ils sont le produit d'un nègre noir et d'un nègre blanc, comme l'a cru Buffon , car les parents de tous ceux que Blumenbach a connus étaient parfaitement noirs.

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