CHAPITRE XXXIX. Uki
obtenir. A présent, pour confirmer l'existence de ces mêmes organes, il faut revenir sur les principes qui en établissent la nécessité et la différence, n'ayant point voulu m'interrompre dans leur exposition en y intercalant , comme le fait le docteur Gall dans ses cours de physiologie, des considérations qui, étant abstraites et applicables à tous en général et à chacun en particulier , rentrent dans le domaine de la philosophie.
Toutes nos facultés et nos connaissances nous viennent des sens3di\t l'adage des philosophes : Nihilestin intellectu quodnonfueritprius in sensu. C'est donc une absurdité de multiplier les organes et d'admettre avec Gall tant d'appareils surnuméraires, puisque la vue, l'ouïe, le goût, l'odorat et le tact suffisent pour porter les arts, les sciences, la religion, la morale et la civilisation au plus haut degré de perfection. Au lieu de prouver cet adage et de l'étayer sur quelques faits, les philosophes ont seulement échafaudé cette première hypothèse sur d'autres hypothèses ; et , leurs rêves n'ayant jamais été suivis du réveil, ils ont continué d'égarer l'esprit humain en le promenant d'illusion en illusion. Le besoin, disent Pline, Lucrèce, et ceux qui sont venus après eux , fut le premier inventeur des arts , le plus ingénieux des maîtres , celui dont les leçons furent le mieux écoutées. Jeté en naissant sur une terre nue , ayant au dehors de lui le froid, le chaud, l'humidité, au dedans la faim, la soif, l'homme se sentit forcé de chercher les moyens d'y remédier; et quand il les eut trouvés,
il pensa à les perfectionner et à s'en assurer l'usage pour l'avenir. Par exemple, la pluie, la neige, le vent et le froid le contraignirent à chercher un abri : si ce fut quelques arbres touffus, il s'avisa bientôt, pour mieux en assurer le couvert , d'en serrer les branches , de les entrelacer , de joindre entre elles celles de plusieurs arbres; enfin de se procurer un toit plus étendu, plus sûr, plus commode pour luimême, pour sa famille, pour ses provisions, pour ses troupeaux. Les observations s'étant multipliées, l'industrie et le goût ayant ajouté de jour en jour quelque chose de nouveau aux premiers essais, soit pour consolider l'édifice, soit pour l'embellir, il s'est formé avec le temps cette collection de préceptes qu'on appelle architecture, et qui est l'art de faire des demeures solides , commodes et décentes. Une marche analogue fut suivie pour tous les arts qui ont pour objet la conservation et l'agrément de la vie. Telle fut l'origine des arts de nécessité et de commodité, appelés autrement les arts mécaniques. Les beaux-arts, ceux qui ont pour objet le plaisir, sont nés, vrais enfants du luxe, au milieu des jouissances que donnent la tranquillité et l'abondance. Ennuyés de la jouissance trop uniforme des objets que leur offrait !a simple nature, se trouvant d'ailleurs dans une situation propre à recevoir le plaisir, les hommes eurent recours à leur génie pour se créer un nouvel ordre d'idées, de sentiments et de jouissances qui réveillassent leurs esprits et ranimassent leurs goûts. C'est ainsi que le poète, le musicien, le peintre, l'o-