‹ Physiologie intellectuelleChapitre 221 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

pu se retrouver dans les autres animaux. Déjà riche des observations qu'il avait eu lieu de faire dans sa jeunesse sur ses camarades, et plus tard, dans la pratique , sur certains malades et sur les sourdsmuets de naissance, dont il était le médecin dans l'établissement qui leur est destiné à Vienne, il a ensuite cherché de nouveaux sujets d'observation, d'abord dans les dernières classes de la société, toujours plus fidèles à leurs penchants naturels que les classes cultivées; puis dans les écoles, en interrogeant les instituteurs et en examinant les élèves bons et mauvais, dociles et indociles 5 il a pénétré dans les prisons, dans les petites-maisons , dans les maisons de force et de correction \ il a recherché tous les hommes distingués par quelque talent particulier et extraordinaire ; il a tâché de fixer la forme de leurs têtes en les faisant mouler; il a recueilli leurs crânes, et, à leur défaut, leurs portraits ou leurs bustes; il en a formé des groupes et des classifications sur l'examen desquels il est revenu un grand nombre de fois ; il a consulté et interrogé les pâtres, les agronomes ; et pour ne rien omettre de ce qui peut l'éclairer, il répète dans ses voyages ses épreuves chez les diverses nations de l'Europe ; il interroge les savants, il écoute ses adversaires et va au-devant d'eux pour s'éclairer de leurs contradictions ; fort enfin de la conviction que lui donnent tant de moyens réunis et négligés avant lui, il construit et perfectionne l'édifice d'une science nouvelle, sans se laisser déconcerter par la prévention, les préjugés, la mauvaise foi , la jalousie et l'i-

gnorance , qui se sont toujours ligués contre toutes les découvertes utiles et leurs auteurs. Gall avant quitté les lueurs trompeuses de la philosophie pour ne plus interroger que la nature, dont il s'était rapproché , et étant aussi revenu de la fausse route où j'ai dit qu'il s'était d'abord engagé pour ses découvertes, eut encore à déterminer les gradations que peut avoir chaque faculté selon le plus ou le moins de développement et d'excitation de l'organe qui la produit ; car, faute de l'avoir fait d'abord, il donna une sphère trop étroite aux organes de la cosmognose, de la docilité et de Yonomatosophie, en n'y. attachant que la mémoire; tandis qu'il agrandit trop la sphère de l'organe de la rixe, en y attachant la faculté complexe du courage. Il a été démontré dans le chapitre VIII que la perception, le souvenir, la mémoire, le jugement, Y imagination et le génie sont des gradations potentielles de chaque organe intellectuel en activité, et par conséquent des qualités générales et communes à tous les organes : ce sont les différents degrés de l'énergie d'une même faculté. Par exemple, il y a successivement perception, souvenir, mémoire, jugement, imagination des tons, des mathématiques, des couleurs, des lieux, etc. Voilà ce qui explique pourquoi, avec une très-bonne mémoire pour la musique, par exemple, l'on peut en avoir une très-mauvaise pour les mathématiques., pour l'histoire, pour les langues, pour la botanique, etc. ; pourquoi aussi l'on peut très-bien juger d'une symphonie et d'une ariette, sans juger aussi bien d'une

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