‹ Physiologie intellectuelleChapitre 220 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

organes, ne peuvent servir à en spécifier ou à en différencier un seul. Les philosophes avaient aussi reconnu des qualités intellectuelles, morales el instinctives, en leur assignant un siège différent, car ils en plaçaient une partie dans le cœur, qui, étant un muscle et ayant une fonction déterminée, ne peut être l'organe de facultés qui n'ont aucun rapport avec son organisation. Toutes ces notions générales et vagues ne conduisent à aucune connaissance exacte, et ne servent qu'à donner l'apparence de la science devant le vulgaire. En disant que la sensation appartient aux sens, l'on ne dit rien pour la connaissance spéciale de chacun. Pour connaître un corps, il faut l'isoler et voir ce qui le distingue des autres. Pour connaître l'organe d'une faculté, il faut également l'isoler et voir quelles fonctions lui sont propres et exclusives.

Gall dit que ses découvertes ne datent que du moment où il eut le courage de redevenir ignorant, en se dépêtrant de toutes les entraves dont la philosophie avait embarrassé son esprit. Ce ne fut qu'après avoir cherché infructueusement des organes pour les facultés admises par les philosophes, telles que la perception, la mémoire, la réflexion, le jugement, l'imagination, etc., qu'il prit le parti de revenir au sens commun, et de chercher des organes pour les facultés du langage vulgaire, selon lequel on dit de quelqu'un qu'il a le génie de la musique, des mathématiques, de la mécanique 5 un caractère de bonté el de bonhomie, de dévotion, de mutinerie,

de fierté, de dureté et de cruauté; un esprit malin et caustique, une âme ambulante, un air de ruse et de friponnerie, etc. Outre les indications prises dans le langage vulgaire, il a monté d'échelon en échelon jusqu'aux animaux les plus parfaits , à commencer par les plus chétifs; imitant la nature, qui a dû suivre la même progression pour les former , à chaque nouvelle faculté qu'il a rencontrée en s'élevant ainsi du simple au composé, il a trouvé une nouvelle portion de substance cérébrale ou un nouvel organe matériel. Faisant ensuite la contre-partie, il a examiné si les animaux privés de cette faculté étaient également privés de l'organe, et ce n'est qu'après s'être convaincu que l'une et l'autre existaient ou manquaient toujours simultanément, qu'il a conclu que l'organe était la cause matérielle ou la condition sine qua non de la faculté. Cette marche rigoureuse ne lui a point encore suffi. Ayant remarqué que chaque faculté se trouvait plus ou moins développée selon les divers individus, et quelquefois aussi selon les diverses espèces, il s'est attaché à vérifier si ce développement de l'organe répondait toujours à celui de la faculté ; lorsqu'après des observations trèsmultipliées et répétées sur un grand nombre d'individus de toutes les classes et de tous les rangs dans l'espèce humaine , il a trouvé un rapport constant entre l'un et l'autre, il s'est enfin rendu à l'évidence des faits ; mais seulement après les avoir encore étayés sur l'anatomie et la physiologie comparées, lorsque les facultés primitives découvertes dans l'homme ont

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