‹ Physiologie intellectuelleChapitre 223 sur 298 · CHAPITRE XXXIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIX

tracé sur un papier ou sur une muraille par un enfant qui ne s'est rendu compte de rien, et a crayonné une partie sans avoir pensé aux autres, est le fruit de l'instinct. L'idiot a plutôt de l'instinct que de l'amour pour le sexe ; les amours des animaux ne méritent que très-improprement ce nom, qui s'applique aussi par métaphore à la fécondation des plantes. Que l'organe du rapprochement des sexes agisse par une spontanéité qui ne soit pas sous l'influence des autres organes, il y aura d'abord instinct pour le sexe opposé; si l'excitation se soutient, le désir, le penchant, la volonté, la passion et même le délire erotique peuvent s'ensuivre. Mettez l'organe sous l'influence des autres, la gradation aura un autre caractère, et s'annoncera par l'inclination, la velléité, la volonté, le désir, l'amour, les soupirs, la langueur, la passion même à un degré encore modéré. Le penchant n'entraîne nécessairement la volonté et ne devient irrésistible que quand il n'est contre-balancé par aucun autre organe, comme dans l'idiotisme complet et la folie, parce qu'alors rien ne rend l'individu susceptible de motifs qui puissent lui être opposés; autrement il n'y a jamais de penchants irrésistibles, quoiqu'on les dise quelquefois tels pour en excuser les effets ; mais ils sont toujours d'aulant plus forts et plus violents que les organes de l'animal sont en plus petit nombre ou dans un développement plus disproportionné. La liberté n'est que le pouvoir d'agir conformément ou contradictoirement à ses penchants; et les animaux domestiques, avec des

facultés beaucoup plus bornées que les nôtres, nous donnent journellement l'exemple de ce pouvoir, en obéissant aux lois que nous leur imposons , ' et en souffrant les privations auxquelles nous les assujettissons, quand ils pourraient s'en affranchir. La conscience est un sentiment intime qui avoue ou désavoue les effets de nos penchants, c'est-à-dire nos actions. Elle est naturelle ou factice, et peut s'ennoblir beaucoup par l'éducation et par les circonstances. La conscience du Caraïbe est sans remords après le massacre d'un Européen en guerre avec lui. Mais c'est principalement sur les passions que les idées reçues ont besoin d'être rectifiées. En parlant de l'adolescence, on l'appelle volontiers l'âge des passions. L'homme est sujet aux passions à tout âge , mais il n'est pas toujours agité par les mêmes. L'enfant, qui est jaloux, colère, gourmand, ivrogne, volontaire et emporté par toute espèce de désirs déréglés, est ordinairement beaucoup plus passionné que l'adolescent, qui jouit déjà de plus de raison^ c'est-àdire d'une plus grande habitude de régler l'action de chaque organe par l'influence des autres. Dans l'âge adulte, l'homme, occupé de son existence et de sa fortune, se trouve agité par de nouvelles passions qui se joignent à celles de l'adolescence qui ne l'ont point encore quitté. Toutes les facultés peuvent dégénérer en passion , et c'est ce qui arrive toujours dès que l'une domine toutes les autres : voilà pourquoi l'on est passionné pour la musique , pour les mathématiques, pour l'histoire, pour la philosophie,

Page 1