CHAPITRE XXXIX
pour la poésie, pour les voyages, etc., comme on peut l'êlre pour les femmes.
Les affections n'ont point non plus d'organes particuliers; elles ne sont qu'une modification passive de toutes les parties organiques. Nous sommes affectés chaque fois qu'un objet quelconque agit sur nous; et selon que Faction est graduée, sympathique ou antipathique avec notre organisation, c'est-à-dire conforme ou opposée à nos besoins , nous éprouvons une affection agréable ou désagréable. Un léger degré de chaleur ou de frottement cesse d'être agréable en devenant trop fort; de même qu'un concert prolongé outre mesure finit par la satiété, l'ennui et la fatigue. La musique, sympathisant avec l'organisation de l'homme, l'affecte agréablement, tandis qu'elle produit un effet contraire sur le chien. La lanterne magique, les illusions théâtrales amusent les enfants et les femmes tant qu'elles sont graduées de manière à ne leur causer que de la surprise et de l'étonnement ; mais si elles sont telles que la frayeur s'ensuive, les pleurs et les cris annoncent bientôt l'affection désagréable. L'arrivée imprévue d'une personne chérie produit la joie, si elle ne s'accompagne pas d'une impression trop violente; dans le cas contraire, elle peut occasionner une maladie, et même la mort. Les musiciens qui connaîtraient bien les ressorts de nos affections pourraient, comme ceux dont l'histoire grecque fait mention , mener successivement l'âme du plaisir à la fureur par la variétë et le degré d'action qu'ils produiraient sur elle au moyen de
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leur art; et il est de fait que la musique peut s'appliquer utilement à la guérison de l'aliénation mentale, en faisant diversion au délire par une affection bien graduée.
Les besoins n'ont pas , comme le prétendent les philosophes, donné l'impulsion au génie pour lui faire produire les arts ; les besoins naissent de l'organisation et varient avec elle. Le chien n'éprouve aucun besoin de la musique, parce qu'il n'a pas d'organe pour cela; le castor éprouve le besoin de bâtir, parce que son organisation l'y détermine; tellement qu'il ne cesse de bâtir encore dans les maisons, où il est apprivoisé et dispensé de se mettre à couvert. Les oiseaux de passage éprouvent le besoin des voyages par un effet de leur organisation. Si c'était le manque de nourriture qui les y portât, ils ne partiraient pas dans le temps où elle se trouve, pour ainsi dire, le plus abondamment; ceux qui sont enfermés ne s'agiteraient pas dans le temps de leurs voyages; on n'en verrait pas un grand nombre d'autres se laisser mourir de faim, sans songer à l'émigration; les chamois et les oies éprouvent le besoin de poser des sentinelles, par une particularité d'organisation qui; n'étant point dans le cerf, fait qu'il vient tomber au milieu des chasseurs; etc.
Il résulte de toutes ces considérations qu'il n'y a pas d'organe particulier pour la perception, le souvenir, la mémoire, le jugement, le génie; qu'il n'y en a point non plus pour la spontanéité, l'instinct, l'entendement, le désir, l'inclination, la velléité, le