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CHAPITRE XXXIX

Ainsi, la musique, l'architecture, !a peinture, la théosopliie, la poésie, la philosophie, la physiologie, la comédie, etc., et toutes les idées qui se rattachent à ces objets, n'existent point dans le monde du chien, qui est cependant plus vaste que celui d'un grand nombre d'autres animaux. Une intelligence supérieure à celle de l'homme, aurait aussi un monde plus grand que lui. L'on conçoit d'après cela, dit le docteur Gall, que le monde étant déterminé par notre organisation , et tous les hommes n'étant pas absolument organisés de la même manière, il est impossible qu'ils pensent tous absolument de même sur tous les objets. Les idées doivent varier d'après la différence des organes qui les rendent possibles , et le monde de chaque individu, semblable en plusieurs points à cause de la similitude des facultés, ne peut être exactement le môme sous tous les rapports, à cause de l'inégalité du développement de ces mêmes facultés.

L'intolérance pour les opinions des autres est donc une injustice évidente qu'on leur fait. L'un sent une odeur que l'autre ne sent point, ou très-peu ; chacun doit donc en être affecté autrement , et avoir un monde différent pour l'odorat. Il en est de même pour les organes du goût, du toucher, de l'ouïe, de la vue, de la musique, des mathématiques, etc; ce qui doit nécessairement faire varier les penchants de chaque individu. Étant diversement affectés des objets et n'en jugeant que par les impressions qu'ils font sur nous, il est impossible que nous en portions tous

les mêmes jugements. D'ailleurs, ajoute Gall, examinez vos têtes; pourquoi sont-elles toutes différentes l'une de l'autre, si ce n'est parce que vous avez une organisation diverse? Puisqu'il est impossible que tous les hommes sentent et pensent de même , tout ce qui n'est pas nuisible à la société doit toujours être permis à chacun , et personne n'a le droit de se faire agréer pour le modèle de tous. Yoilà le principe fondamental de la tolérance. Être intolérant avec les autres, c'est vouloir qu'ils n'aient pas les idées dont ils sont susceptibles, et qu'ils prennent celles dont ils sont incapables. Parviendra-t-on à faire penser un enfant comme un adolescent, et celui-ci comme l'homme adulte ou le vieillard? Peut-on faire qu'une femme ait les manières et les sentiments d'un homme, et celui-ci les manières et les sentiments d'une femme? Ne serait-ce pas la même chose que d'exiger qu'un idiot devint un Voltaire ou un Montesquieu? Prétendre que son épouse, ses parents, ses enfants aient exactement les mêmes idées que soi, c'est exiger en eux la même organisation que chez soi, ce qui est absurde. Ces réflexions ont toujours disposé les grands hommes à l'indulgence envers les autres , et Gall observe qu'elles ont contribué plus d'une fois à rétablir la paix entre des époux au sortir de ses cours.

Une dernière question qui se présente, c'est de savoir s'il y a plusieurs espèces d'hommes. Cette question, déjà discutée dans le chapitre XXXVII, ne pourrait être décidée par l'affirmative, dit le doc-?

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