CHAPITRE XLI
land, presque tous les médecins, les savants et les personnes distinguées des diverses classes suivirent ses cours. Tel est le gouvernement prussien : animé du même esprit libéral qui offrit un asile à l'industrie française après la révocation de l'édit de Nantes, et qui a toujours maintenu ses universités et ses académies au plus haut rang, en y appelant et en y fixant les premiers savants de l'Allemagne, moins par des profusions pécuniaires que par la liberté et le rang honorable qu'il leur accorde, ce gouvernement n'a jamais cru pouvoir s'entourer de trop de lumières. Gall a été également bien accueilli dans les Étals du nord de l'Allemagne; spécialement en Danemark, où le prince royal et les personnes les plus distinguées par leur rang et leurs lumières ont également pris une connaissance immédiate de sa doctrine. Tel est le contraste frappant que le nord de l'Allemagne, où les sciences, la civilisation et toutes les opinions libérales se perfectionnent et se répandent de plus en plus, a opposé au midi de l'Europe, dont le sort a si évidemment résolu le problème que Sali uste propose en commençant son Histoire de Jugurtha.
Le roi de Bavière, le roi de Wurtemberg et le grandduc de Bade n'ont pas non plus dédaigné d'entendre le docteur Gall; il a même visité, d'après l'invitation du souverain, tous les hôpitaux, et toutes les maisons de détention des États de Bâcle , pour juger des améliorations dont ils seraient susceptibles. Pour sentir l'importance de ces améliorations philanthro-
piques, il suffit de comparer les résultats des maisons de force les plus ordinaires avec ceux d'une maison de correction qui existe à Philadelphie. Ici les détenus apprennent non-seulement un métier lucratif et conforme aux besoins des localités, afin qu'au sortir delà ils puissent se nourrir facilement de leur travail ; mais ils y sont aussi instruits dans la religion par un prêtre humain, point trop vieux ni trop rigoriste. Les hommes qui ont ainsi été ramenés à l'ordre et à la morale deviennent presque tous reconnaissants de ces soins, qui ont leur source dans une véritable philanthropie qui se communique à leurs âmes; et sur cent individus qui en sortent, il est rare qu'il s'en trouve plus de trois ou quatre qui se mettent dans le cas d'y être ramenés par des récidives dans le crime. Au lieu de ce résultat avantageux dans les maisons de force les plus ordinaires de l'Europe , l'on s'est au contraire assuré que sur cent individus qui en sortent il y en a au moins soixante que le retour au crime y ramène. Il est difficile que cela soit autrement d'après l'organisation actuelle de ces maisons, où les criminels, rassemblés pêle-mêle , se corrompent de plus en plus réciproquement par le désœuvrement , par le défaut d'instruction morale et par le récit de leurs aventures criminelles, dont ils se glorifient et s'applaudissent entre eux , en en concertant même de nouvelles, au ±ieu d'en rougir : on les y occupe, dans certains endroits, à carder de la laine ou à d'autres ouvrages de femmes et d'enfants, qui pourraient à peine leur rapporter cinq à six sous par jour; en