CHAPITRE XL1L
aussi difforme que les premiers, et qu'on pourrait encore les employer à quelque chose.
Le premier auquel il s'arrêta était un homme d'environ quarante ans ayant le front étroit, la face assez petite, les yeux enfoncés et la partie postérieure de la tête très-renflée sur les côtés, en sorte que toute la tête était cunéiforme. « Voici un homme défiant et circonspect, » dit le docteur Gall en le voyant. Les médecins qui l'accompagnaient, curieux de vérifier la justesse de cet aperçu, firent plusieurs questions à cet homme, et Gall les pria de ne pas les faire de manière qu'elles pussent suggérer les réponses, comme c'eût été le cas, si on lui eut demandé s'il élait circonspect ou défiant, mais de le questionner en général sur ce qu'il faisait. Comme cet homme ne s'expliquait pas et qu'il prétendait ne rien faire, ses voisins dirent : » Ne l'écoutez pas, il est toujours à courir et à rôder partout, et il nous éveille tous durant la nuit. » Alors cet aliéné piqué répondit : « Il faut bien que je veille pour prendre garde aux voleurs et empêcher qu'on ne vienne prendre le linge, du temps qu'ils dorment tous, car ils n'ont aucun soin. » Nous apprîmes qu'il se couchait tard et était toujours éveillé dès les quatre heures du malin. Mais les employés de l'infirmerie avaient ignoré jusqu'alors la cause de sa vigilance. Quelqu'un de de la société, je crois M. Tartra, observa qu'il avait en effet le devant de la tête pointu comme un furet, et pendant tout le temps que nous parcourûmes l'infirmerie il se retrouva à différentes
fois derrière nous pour écouter ce que l'on disait. Le second que Gall remarqua était un homme de trente à quarante ans qui se promenait le corps droit, le talon élevé, la tête haute, la raine fière et dédaigneuse, ayant l'air de vouloir s'élever au-dessus des autres en marchant, quoique d'une taille assez ordinaire. « En voici un, dit Gall, qui a sûrement l'organe de la fierté très-développé, » et en effet il avait la partie supérieure et postérieure de la tête très-élevée. Quand on lui demanda son nom, il répondit : « J'ai l'honneur de m'appeler N. » Lorsqu'on lui demanda quel état il avait, il dit qu'il avait l'honneur d'être un brave militaire, nomma les généraux sous lesquels il avait servi, et les désigna comme ses amis ou ses camarades, en faisant entendre que son mérite avait été méconnu et qu'il espérait qu'on lui rendrait justice. Quand on lui demanda s'il avait tué des ennemis, il dit qu'il en avait tué trois qui ne l'a" vaient pas tué. En le quittant, Gall dit : « Cet hommelà me plairait beaucoup, il serait facile à guérir; mais il ne faudrait pas contrarier son amour-propre.» Ce même homme se retrouva, en se promenant, à l'autre bout de la salle, dans le temps que Gall y fit encore remarquer l'extérieur d'un idiot très-grand mais courbé et comme affaissé sur lui-même, quoique jeune, faute de savoir se tenir. L'homme fier, s'élanl aperçu que nos regards se portaient sur cet idiot, s'empressa d'aller le redresser, en lui relevant le menton ; puis il haussa les épaules en signe de pitié et le regarda avec dédain, en se redressant à côté de lui.