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CHAPITRE XLIL

Le troisième auquel Gall s'arrêta n'avait rien dans sa démarche ni dans sa figure qui parût le distinguer des autres, et on aurait passé devant lui sans le remarquer, si le docteur Gall ne nous avait dit : « Celui-ci aurait pu devenir bon mathématicien. » Lorsqu'on lui demanda s'il aimait les mathématiques, il eut l'air de ne pas comprendre ce qu'on lui disait. Interrogez-le autrement, dit Gall; comme il ne paraît pas avoir reçu d'éducation, il ne connaît peutêtre pas la signification de ce mot. « Savez- vous l'arithmétique? » lui dit-on. A ce mot il commença à sourire, et répondit que ce n'était pas une chose si difficile à savoir. « Cependant cela a dû vous coûter beaucoup de peine à apprendre. — Il aurait donc fallu que je fusse bien dur. — Votre maître d'école en savait pourtant beaucoup plus que vous? — Je lui en aurais encore bien remontré. — Savez-vous les quatre premières règles? — Il y en a plus de quatre, il y en a sept. ■ — Laquelle est la première? — C'est à savoir comment on les place, chacune d'elles peut être la première. » Par ces réponses et plusieurs autres pareilles, qui n'annonçaient pas un homme aliéné, tous ceux qui étaient présents s'aperçurent bien qu'il se trouvait sur son terrain. Gall nous dit que le signe auquel il l'avait reconnu était l'abaissement de l'angle externe de l'orbite avec un peu de renflement latéral, et il nous montra que celle partie était en effet autrement conformée chez cet aliéné que chez les autres.

En remontant la salle, Gall s'arrêta devant un

grand homme assez maigre, et nous dit : « En voilà un qui se serait probablement livré à la poésie s'il avait eu de l'éducation. » Les médecins présents ne manquèrent pas de faire encore plusieurs questions à cet homme pour s'assurer jusqu'à quel point les conjectures de Gall pouvaient être fondées. Quand on lui demanda s'il aimait la poésie, les vers, il eut l'air de ne rien comprendre à ces demandes. Gall nous engagea à lui faire des questions qu'il pût comprendre. « Savez -vous lire? — Un peu. — Qu'est-ce que vous avez lu? — La messe. — Avezvous lu autre chose? — J'ai lu des livres de prières. — Vous n'avez jamais rien lu que cela? — J'ai aussi lu des chansons! >> Au mot de chanson, il commença à sourire et toute sa physionomie s'épanouit. — « Lequel aimiez-vous le mieux lire, un livre de prières ou un livre de chansons? — Il faut bien aimer sa religion, répondit-il d'un air plus sérieux — Mais vous n'avez jamais fait de chansons vous-même? •> Alors il reprit un air gai et riant, en disant :— « J'en ai fait une sur ma cousine qui s'étnit laissé attraper par un garçon... — La savez-vous encore, voulez-vous nous la chanter? » Cet homme nous chanta alors, avec un air de satisfaction , plusieurs couplets joyeux en mauvaises rimes et en mauvais français, mais avec des tournures très-piquantes et vraiment poétiques. Nous apprîmes en le questionnant davantage qu'il avait aussi chansonnc une meunière; et quand on lui demanda s'il ferait bien encore des chansons : « Pourquoi pas? » répondit-il. Il accepta la propo-

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