CHAPITRE VI. M
du cerveau par la suppuration. Je crois en conséquence pouvoir renvoyer à ces objections et aux réponses explicatives qui ont été faites. J'observe aussi qu'en suivant l'analogie, qui n'est que l'accord de la nature avec elle-même dans ses procédés, nous trouvons deux organes pour la vue, pour l'ouïe, pour l'odorat et même pour le goût et le loucher, qui subsistent encore d'un côté, lorsqu'une hémiplégie les a détruits de l'autre; nous avons aussi deux poumons ; deux reins, deux bras, deux jambes, etc., dont une moitié reste encore souvent et long-temps saine et active, après la paralysie ou la mort de l'autre. L'anotomie et la physiologie rendent d'ailleurs raison de l'espèce d'opposition qu'il y a entre la lésion idiopathique, placée d'un côté du cerveau, et la lésion sympathique, placée du côté opposé du corps, par l'entre-croisement des fibres des pyramides à la partie supérieure de la moelle épinière, dont la division en partie gauche et en partie droite, analogue à celle du cerveau, ne se trouve interrompue qu'à cet endroit. Gall fait observer que c'est précisément à la base du crâne où cet accroissement a lieu, que les animaux carnassiers, guidés par leur instinct , portent toujours leur dent meurtrière, et que c'est ainsi que de très-petits animaux en domptent souvent de beaucoup plus forts, li a mis de vieux furets dont il avait usé ou cassé les dents , en ne leur donnant pour toute nourriture que des os à ronger, aux prises avec déjeunes lapins, sans préjudice pour ceuxci, que des furets ayant les mâchoires bien armées
faisaient tomber à l'instant. Les vautours et les aigles en s'abattant sur leur proie, lui enfoncent aussi le bec précisément au même endroit.
Ce qui donna au docteur Gall la première idée que les opérations intellectuelles n'étaient point simultanées , mais alternatives dans chacun des deux organes auxquels elles se rapportent, c'est la considération de la marche des hommes dans la neige. En voyant que cette marche n'était jamais droite, mais qu'elle allait toujours plus ou moins en zigzag, il s'en demanda la raison. Comme tous les animaux s'écartent également de la direction rectiligne en marchant, il crut que la cause devait en être générale. Voici les principaux motifs pour la rapporter à la vision alternative de chaque œil : d° pour tirer droit et à coup sûr avec une arme à feu, il faut ou fermer un œil ou confondre le rayon visuel des deux yeux, en tirant non devant soi, mais de côté, dans la direction de l'épaule avec le bras; 2° en regardant un crayon placé directement devant une chandelle, son ombre tombe toujours d'un côté et non au milieu du nez , ce qui ne pourrait avoir lieu, si la vision se faisait simultanément par les deux yeux; 3° la nature, qui est si conséquente et si uniforme dans ses ouvrages, a placé les yeux de la plupart des animaux tellement de côté, qu'il leur est impossible d'apercevoir un objet par les deux yeux en même temps, comme le font aussi observer Cuvier et Duméril, dans leurs leçons d'anatomie comparée, sutout au sujet des oiseaux et des reptiles.