CHAPITRE VII
La bonté ou l'excellence d'un organe tient primitivement à son volume ainsi qu'à l'idiosyncrasie individuelle, et secondairement à l'habitude de s'en servir et au degré d'excitation où il se trouve.
Les développements donnés au texte du troisième chapitre, démontrent aussi la vérité de celui-ci, qui n'en est qu'un corollaire. En effet, il est impossible que les organes ne participent pas au volume proportionnel du cerveau; or, nous avons vu que, toutes choses étant égales d'ailleurs, les hommes les plus intelligents sont ceux qui ont le plus de cervelle, et que, parmi les animaux d'une même espèce, l'instinct et l'adresse se mesurent aussi sur le volume du même viscère. Chacun sait que c'est sur l'ampleur des naseaux que le chasseur juge de la perfection de l'odorat d'un chien de chasse; que la grosseur du nerf optique de l'aigle lui donne une perfection peu commune dans la vue; que l'éléphant doit l'adresse que lui donne sa trompe, à un nerf aussi gros que le pouce d'un homme; que le renard et tous les animaux dont l'ouïe est très-parfaite, ont un nerf auditif proportionnellement plus développé que ceux qui ont l'ouïe dure. L'analogie nous montre aussi que les membres remplissent d'autant mieux leurs fonctions qu'ils sont plus développés, et qu'il en est de même des poumons et de toutes les parties du corps, pourvu toutefois que le développement, purement apparent, ne soit pas
morbide comme dans l'œdème, la bouffissure, etc. Comme le sens du toucher réside dans les nerfs, lesquels sont proportionnellement plus gros, plus rapprochés et ordinairement moins recouverts dans une petite main que dans une grosse, il ne faut pas chercher la finesse et la perfection de ce sens dans une grosseur due aux muscles, aux durillons ou à une congestion d'humeurs ramassées par les engelures et d'autres irritations sur les mains, et arguer de là une exception contre l'avantage du volume organique, mais seulement présumer une force plus grande , si les muscles sont plus gros. C'est ordinairement en plaçant les organes où ils ne sont pas, que l'on s'abuse. îl ne faut pas non plus confondre la bonté qui consiste dans la plénitude et la régularité de la fonction, avec la qualité qui concerne la manière dont cette fonction s'exécute et qui peut dépendre de plusieurs circonstances étrangères à l'organe lui-même. Par exemple, la myopie se trouve ordinairement réunie à un nerf optique très-développé sur une rétine proportionnée au globe de l'œil qui, dans ce cas, est rarement aussi petit que dans la presbytie. Néanmoins l'on ne peut inférer de là que le volume de l'organe nuise ici à sa bonté, car les myopes voient pour !e moins aussi bien et aussi distinctement les objets rapprochés, que les presbytes voient ceux qui sont éloignés; la vue des premiers est d'ailleurs plus durable et s'accommode mieux de l'obscurité que celle des derniers. C'est donc à tort que M. Hufeland cite cet exemple contre