‹ Physiologie intellectuelleChapitre 80 sur 298 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

toutes ses conclusions, ce n'est qu'après avoir comparé long-temps le pour et le contre dans un nombre presque infini de têtes, de bustes et de portraits des personnes les plus distinguées, et même après avoir confirmé les analogies humaines sur les analogies respectives des autres animaux, qu'il a tiré des conséquences, ou plutôt, qu'il a laissé parler les faits, souvent même dans un ordre très-peu systématique, que je n'ai tâché de corriger qu'autant qu'il ma paru nuire à l'enchaînement et à la clarté des idées. Pour ne point laisser de lacune dans ce qu'il peut être utile de connaître, je vais entrer dans quelques détails à cet égard.

Une erreur très-ordinaire qu'il faut d'abord prévenir, c'est de croire à la nullité absolue des organes qui ne sont pas assez prononcés pour qu'on les dislingue facilement. Cependant, avec un peu de réflexion,, l'on se persuaderait facilement qu'il doit être bien rare, pour ne pas dire impossible, que des hommes, tous organisés sur un même type original, soient tellement étrangers à leur espèce, qu'ils ne présentent plus aucune trace des caractères qui la distinguent. Ainsi, l'on peut être assez mal partagé du côté de la vue ou de l'ouïe, pour ne pas se distinguer par ces sens, et cependant avoir encore des idées fort nettes sur les couleurs et les sons. Il en est de même de toutes les facultés; et quoique dans l'examen qui en sera fait, Gall ne mette sur la liste positive que les organes très développés, réservant la négative pour les autres, il ne prétend pas pour

cela nier l'existence absolue de ces derniers. C'est pour être moins exposé aux méprises, qu'il a cru devoir en agir de la sorte, en ne s'attachant qu'aux caractères très-saillants et extraordinaires , parce qu'ils sont en quelque sorte les seuls sur lesquels l'influence des circonstances ne puisse faire prendre le change, vu que la nature sans le secours de l'éducation et l'éducation sans l'initiative de la nature, ne peuvent donner que des talents très-bornés et à peine sensibles. Pour être encore plus sûr, il a considéré ces caractères de préférence chez les hommes bruts et les plus incapables de dissimuler et de se composer sur les convenances sociales.

Il avait voulu s'attacher d'abord à une forme générale du crâne qui pût servir de type ou de modèle à toutes ses comparaisons. Mais ce procédé lui parut bientôt insuffisant pour découvrir les particularités différentielles qui , n'étant prononcées que sur un seul point, devenaient imperceptibles dans le coup d'œil général. L'examen du crâne en détail lui lit quitter la considération des différences qui , variées à l'infini, même chez les personnes les plus semblables par des talents analogues, ne lui donnaient aucun résultat qui le rapprochât du but de ses recherches. Il vit alors qu'il fallait suivre la marche inverse, et que pour parvenir à la découverte de la cause physique d'une conformité de talents, il fallait considérer, non les différences, mais les ressemblances partielles de formes, parce que la nature devait avoir coordonné la similitude des causes avec la similitude

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