‹ Physiologie intellectuelleChapitre 81 sur 298 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

des effets. En partant de ce nouveau point de vue, il ne tarda pas à découvrir dans les crânes les plus différents au premier coup d'œil des analogies partielles qui lui avaient échappé auparavant; et la répétition de ces analogies, trouvées identiques sur beaucoup de sujets qui se distinguaient par le même talent extraordinaire, ou trouvées plus ou moins grandes selon le plus ou le moins d'éminence du même talent, le conduisit naturellement à conclure, par induction, que la similitude des formes physiques du cerveau et du crâne, considérées comme causes, devait fonder la similitude des facultés intellectuelles considérées comme effets. Gall se procura dès lors tous les moyens de vérifier les probabilités et les présomptions qui découlaient de cette source, soit en recherchant la société des personnes distinguées par quelque talent extraordinaire, soit en se procurant leurs portraits ou leurs bustes, soit en cherchant à obtenir leur tête après leur mort, le tout pour établir des comparaisons avec ce que leur biographie ou des actes judiciaires présentaient de plus saillant dans le moral. Les plus grandes difficultés ne sont plus venues ensuite que des nuances souvent extrêmement différentes sous lesquelles se présentaient au moral des dispositions absolument semblables dans leur principe naturel. Pour donner une idée de la difficulté d'accorder quelquefois les causes avec leurs effets, Gall cite l'exemple d'un mendiant dont le haut du crâne présentait le même renflement très-prononcé qu'il n'avait auparavant trouvé

que chez les personnes caractérisées par l'orgueil et la hauteur. Cependant en étudiant le caractère de ce personnage et en le questionnant, Gall apprit que c'était précisément l'orgueil qui l'avait réduit à son état humiliant; ayant toujours été trop fier et ayant dès son enfance eu trop bonne opinion de sa personne pour travailler, il n'avait plus trouvé de ressource que dans la mendicité, après avoir mangé son bien.

Gall se trouvait placé avantageusement pour faire ses observations; étant médecin en chef de l'Institut des sourds- muets de Vienne, il avait constamment sous les yeux des hommes bruts, tels qu'ils sortent des mains de la nature sur lesquels il pouvait rechercher, sans aucune contrainte, les causes physiques des différences, souvent énormes, de leur susceptibilité pour l'éducation. Il a également mis à profit tous les phénomènes que des lésions pathologiques pouvaient faire concourir au but de ses recherches. Mais il s'est toujours bien gardé de prononcer sur les premiers aperçus. Après avoir comparé entre eux les hommes de la nature, il transportait la comparaison à toutes les classes de la société, cherchant à s'assurer en quoi l'influence des circonstances pouvait modifier celle de la nature. C'est dans ce dessein qu'il a souvent rassemblé chez lui les gens du commun, tels que les fiacres, en les engageant par différents moyens à faire connaître leur caractère, soit qu'il les prît par la vanité et l'amour - propre , soit qu'il les brouillât l'un avec

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