CHAPITRE VIII
constitutifs des corps; ce n'est qu'en imitant ce dernier que Gall est parvenu à l'analyse des facultés intellectuelles. Suivons-le dans sa marche.
L'enfant naît avec une disposition organique pour la musique, dont le premier effet est de lui procurer un sentiment agréable, sans lui laisser aucun souvenir distinct; bientôt l'organe se fortifie, saisit les partitions harmoniques, les conçoit dans la même succession qu'elles lui ont été données, et peut les reproduire, au moins mentalement, dans le même ordre : c'est ce qui constitue la mémoire, différente du simple souvenir qui la précède et peut n'être que la conscience obscure d'un sentiment déjà éprouvé. Le même organe encore plus développé reproduit, l'un à côté de l'autre, le souvenir distinct du sentiment et celui des diverses partitions de sons qui l'ont fait naître, en comparant, par réflexion, leur analogie réciproque; si la comparaison ne laisse rien à désirer à la sympathie organique, il y a assentiment; sinon, il y a dissentiment; ce qui constitue le jugement positif ou négatif. En portant l'activité du même organe plus loin , il tirera de lui-même des combinaisons nouvelles, d'autant plus justes et plus parfaites, qu'elles auront un accord sympathique plus marqué et plus général avec leur principe productif; de là les compositions musicales auxquelles on reconnaît l'empreinte de Y imagination ou du génie, selon que la roule par laquelle elles pénètrent jusqu'au sentiment, est plus ou moins commune. L'imagination n'est qu'un génie tronqué, car elle ne fait
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qu'embellir ou charger de nouvelles nuances, plus ou moins assorties, les objets qui lui sont offerts, au lieu que le génie, productif, peut faire sortir du néant les objels eux-mêmes avec tout l'appareil qui les décore.
L'on conçoit que le jugement, en se bornant à comparer les faits et les objets qui lui sont offerts, sans y rien changer, c'est-à-dire, en ne s' exerçant que sur des matériaux donnés , ne nous égare pas facilement, à moins qu'il ne se laisse quelquefois dominer par l'imagination ou par une mémoire luxurieuse et vagabonde qui lui substituent d'autres matériaux, avant qu'il ait digéré les premiers. Le jugement est solide et devient discernement, lorsqu'il s'exerce sans se laisser dominer par la mémoire ni par l'imagination , mais qu'il leur commande comme à des serviteurs fidèles. Il est la première et la plus salutaire qualité du médecin, parce que c'est le jugement qui le lie et l'enchaîne à l'observation, loin de laquelle la mémoire et l'imagination tentent toujours de l'entraîner, pour peu que l'une ou l'autre domine. \oilà pourquoi le simple bon sens, tout modeste qu'il est , convient infiniment mieux, pour faire un bon praticien, que le bel esprit; parce que ce dernier, suffisant et dédaigneux, ne peut jamais s'astreindre à suivre les routes battues et l'observation : il est comme l'enfant gâté de la maison. L'esprit, plus séduisant, donne plus de vogue et moins de succès; c'est un amalgame heureux de la mémoire et de l'imagination , h travers lequel percent de