‹ Physiologie intellectuelleChapitre 83 sur 298 · CHAPITRE VI1L · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI1L

dès lors des collections d'insectes et de diverses espèces de pierres et de cailloux. A treize ans, son éducation fut confiée à un oncle qui, pour exciter son émulation, lui associa le fils d'un aubergiste. Gall, supérieur à ce dernier sous plusieurs rapports, lui était inférieur pour la facilité d'apprendre par cœur, et ne put jamais, malgré ses efforts , l'égaler à cet égard. Envoyé à Bruchsal, ville située assez près de Tiefenbrunn où il est né, pour y continuer ses études, Gall y trouva aussi des compagnons qui apprenaient beaucoup plus facilement par cœur que lui; ils avaient de gros yeux à fleurs de tète, à peu près comme son premier compagnon. C'est alors qu'il lui vint à l'idée que peut-être ces yeux sortants de* la tête annonçaient la mémoire. Ayant ensuite été envoyé à Bade, il y trouva encore des camarades qui avec la même espèce de mémoire avaient aussi les yeux très-saillants et, comme on dit vulgairement, très-gros, quoique cette grosseur puisse n'être qu'apparente et tienne à ce que le globe de l'œil est repoussé en dehors par un développement plus considérable du cerveau, qui en resserre l'orbite. Envoyé ensuite à l'université de Strasbourg, à l'âge de dixneuf ans, pour y commencer l'étude de la médecine, il y retrouva encore la mémoire annoncée par la même conformation. Il chercha dés lors à s'assurer par des observations suivies du degré de probabilité que l'on pouvait attacher à ce signe , et il dirigea même une partie de ses études médicales vers cet objet. Depuis lors jusqu'à ce moment, où il touche

à sa cinquantième année , c'était en 1808 , c'est-àdire dans l'espace d'environ trente-deux ans de recherches, Gall prétend n'avoir jamais trouvé ce signe totalement en défaut, quoiqu'il convienne que le manque d'exercice, que les maladies et d'autres causes puissent le faire paraître défectueux; de même qu'une personne bien constituée dès l'enfance pour marcher et courir, pourrait, faute d'exercice ou par maladie, faire douter de ces dispositions naturelles. Ses observations l'ont forcé d'admettre comme réelle et fondée sur l'expérience, la division des Jésuites, qui admettaient une mémoire de mots (memoria verbalis), une mémoire de faits ou de choses (memoria realis), et une mémoire de lieux (memoria localis). Il va plus loin, car il admet une mémoire de sons, de couleurs, etc., ou plutôt il considère chaque organe dans quatre degrés d'énergie ou de puissance, dont le premier produit le sentiment; le second, la mémoire; le troisième, le jugement, et le quatrième, ou le superlatif, constitue l'imagination ou le génie. Ce n'est qu'en revenant aux premiers éléments de la pensée et en considérant isolément chaque faculté individuelle, que Gall a pu s'affranchir de l'ascendant qu'avaient pris sur son esprit tant de philosophes profonds qu'il n'avait d'abord pu soupçonner d'erreur. Le métaphysicien établit des généralités, le physicien détermine les propriétés spéciliques, le naturaliste groupe les familles d'après les caractères individuels, le chimiste seul découvre les éléments des produits de la nature en dissociant les principes

Page 1