‹ Physiologie intellectuelleChapitre 86 sur 298 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

au rapport de Gall, un chien qui revint seul el en très-peu de temps d'Angleterre jusqu'à Vienne , sans avoir pu , comme l'homme le fait pour s'aider, consulter la carte géographique ni interroger les passants. Ainsi l'on se souvient et l'on juge également des saveurs, des odeurs, des couleurs, des bruits, etc., car les sens qui en sont susceptibles peuvent en reproduire le souvenir sans la présence des objets qui en ont d'abord donné le sentiment ; cela est si indubitable, que celui qui n'a jamais vu ni entendu manque de mémoire, de jugement et de génie pour les couleurs et pour les sons, de même que pour leurs combinaisons dans les arts libéraux et industriels. Le sens des couleurs se manifeste ordinairement par des bizarreries chez les peuples grossiers et sans culture, qui se peignent et se bigarrent le corps de diverses couleurs ou de rubans et d'habillements ridiculement chamarrés, comme l'observe Gall el comme je l'ai vu moi-même dans le Nord, et particulièrement dans un district du Holstein , appelé Probsley , où la couleur rouge domine chez toutes les filles non mariées, et le noir chez toutes les femmes , avec l'association d'autres couleurs trèsdisparates. Les vovageurs qui ont visité plusieurs climats rapportent que la même bizarrerie pour les couleurs domine les peuplades de l'Afrique, de l'Asie et de l'Amérique, lesquelles se teignent les diverses parties du corps de couleurs mal assorties et souvent d'un effet hideux. Le même sentiment se manifeste aussi, mais d'une manière plus mitigée, chez le

peuple de tous les États policés, lequel tient plus ou moins au contraste des couleurs selon qu'il habite les maisons isolées des montagnes ou les villages de la plaine. C'est chez le peuple tumultueux et indocile des montagnes que l'on a été chercher le bonnet rouge pour en faire l'emblème de la liberté, parce qu'en effet aucune couleur ne paraît plaire davantage que le rouge et le noir aux peuples sauvages et indomptables.

C'est parce que l'imagination et le génie tiennent au dernier développement ou à la plus grande excitation d'un organe, qu'ils paraissent l'un et l'autre découler dune source de feu, et que leurs élans comme leurs écarts sont en quelque sorte sans frein. Les écarts commencent dès l'instant que l'excitation guindé l'organe hors de sa sphère naturelle ou lui imprime un ton qui le porte au delà de toute sympathie harmonique avec les autres organes. L'on peut partir de cette considération pour expliquer pourquoi les manies à délire fixe, et en général toutes les espèces de folies occasionnelles, sont plus fréquentes chez les personnes nées avec quelque disposition extraordinaire que chez celles qui n'ont que cet esprit médiocre, appelé sens commun. En cherchant de nouvelles preuves de sa doctrine dans les hospices d'aliénés , Gall a presque toujours trouvé l'organe de la théosophie très -développé chez ceux dont le délire portait sur quelque objet religieux 5 celui qui caractérise la force génératrice était dans le même état lorsque le délire se ratta-

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