CHAPITRE VÏIL
chait à la passion de l'amour, et ainsi de suite.
La connaissance de ce qui précède suffit pour faire sentir la valeur de l'objection que l'on fait en disant qu'il se trouve des personnes douées d'une bonne mémoire, quoique leurs yeux ne soient point saillants. Ceux qu'une suffisance imaginaire ne dispense point de s'instruire avant de juger, auront déjà reconnu que Gall n'a parlé que du signe de la mémoire verbale, et qu'en objectant que ce signe n'a pas lieu avec les autres espèces de mémoire , l'on se bat contre des monstres imaginaires ou des moulins à vent, comme Don Quichotte.
En dernier résultat, il serait donc inutile de chercher des organes particuliers et exclusifs pour la mémoire, le jugement, l'imagination et le génie, qui ne sont que des graduations potentielles dune môme faculté. Il en est de même de l'instinct, de l'incliuation , de la volonté, du désir, de l'impulsion, du penchant, de la passion, de la conscience et de la force vitale.
L'instinct, avons-nous déjà dit ailleurs, naîi de la sympathie ou du silence de l'intellect pour les besoins de la vie nutritive, et tient à un sentiment intérieur qui nous porie à satisfaire ces besoins. Il est la source de plusieurs appétits que la nature suscite durant la santé pour la conserver, de même que dans la grossesse et dans les maladies pour les soulager ou les guérir ; le médecin doit même étudier ces appétits pour y conformer le régime qu'il prescrit , s'il veut être heureux dans la pratique. L'on appelle
aussi quelquefois instinct, par analogie, une détermination intellectuelle très -violente, surtout lorsqu'elle ne se laisse combattre ni vaincre par aucun motif ni raison, parce qu'alors elle dément en quelque façon sa nature et son origine pour revêtir le caractère des impulsions instinctives qui veulent impérieusement être satisfaites, et ne se prêtent à aucun accommodement intellectuel. On fait surtout de l'instinct le partage des animaux, et on y rapporte faussement toutes leurs déterminations par un contraste frappant de la théorie avec la pratique. En effet, si l'instinct était le seul mobile de toutes les déterminations des animaux, comment pourraientils résister à leurs besoins les plus urgents? Gomment la voix du maître ferait-elle taire l'appétit du chien? Quel but et quel prétexte aurait l'homme de punir sa désobéissance ainsi que celle du cheval et de plusieurs autres animaux? L'on oppose l'intellect à l'instinct ; par exemple l'on veut que le chant du rossignol, l'art de bâtir du castor, la migration de certaines espèces d'oiseaux à l'approche des frimas, leur réunion en société, les ruses du chien de chasse et du renard, les combinaisons concertées des singes pour ravager une melonnière ou pour se défendre, etc., appartiennent purement à l'instinct, et que chez l'homme tous ces mêmes phénomènes soient l'effet de l'intelligence: cependant c'est toujours le produit d'une même organisation, n'importe le nom et l'espèce de l'animal. Selon l'étymologie, instinct signifie aiguillon interne, impulsion; et in-