‹ Physiologie intellectuelleChapitre 91 sur 298 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

toire pour tout le monde. Bien que ce dernier précepte soit d'une application générale, il faut convenir qu'il n'est pas assez à la portée du sens commun pour lui servir de règle. Ce n'est donc pas aux moralistes ni à leurs livres qu'il faut s'en rapporter pour l'éducation populaire ; il faut en prendre les ressorts plus près de la nature, et immédiatement dans l'organisation, en lui adaptant, autant que possible, les motifs de nos actions. Concluons donc que la conscience factice ou morale est le fruit de la castigation, c'est-à-dire, de la répression journalière de toute action opposée à la vertu , qui est une détermination habituelle à concourir au bien commun de la société. C'est d'après le sentiment de cette vérité qu'Horace a dit Fortes creanlur fortlbus et &onis; et que le peuple a toujours dit Tel père, tel fils, en latin : Palris est filais, ou Qualis pater, talis fi' lius, etc. Aussi voit-on que la probité est en quelque sorte héréditaire dans les familles, et qu'elle jette sur elles un lustre dont la réputation brave la succession des siècles : telle était chez les Romains la race des Fabius, des Caton ; telles sont aussi en France les familles des Lamoignon, des La Rochefoucault, etc. L'âme, qui, dans son étymologie et son sens primitif, veut dire souffle, n'avait d'abord été considérée que comme un signe de la vie; les métaphysiciens l'ont ensuite considérée comme son principe , en prenant l'effet pour la cause., et ils ne lui ont donné qu'un seul point du cerveau pour siège, faisant d'ailleurs consister la mort dans sa séparation

d'avec le corps. Cette opinion, devenue vulgaire, a ensuite subjugué les physiologistes eux-mêmes, el avait d'abord engagé le docteur Gall à s'appliquer à la recherche d'un organe exclusif de la vie. Le résultat de toutes ses recherches a été de reconnaître, avec l'immortel Bichat, que la vie était l'apanage de tous les organes , quoique son principe paraisse néanmoins plus concentré à la nuque où se fait l'entrecroisement des éminences pyramidales de la moelle allongée. C'est là que paraît être le point de contact des deux vies, et c'est là aussi, comme nous l'avons déjà fait observer, qu'un instinct destructeur porte la dent ou le bec des carnivores, et que le boucher et le chasseur portent, dans plusieurs pays, le tranchant ou la pointe du couteau, qui terrasse à l'instant les plus forts animaux. C'est ici que le docteur Gall prend occasion d'examiner si ceux qui ont été décapités conservent encore quelque temps la connaissance et le sentiment , comme l'ont cru plusieurs personnes d'après l'opinion de Wedekind. Selon Metzger la continuation du sentiment dépend du mode de la décapitation, qui, faite loin de la tête, peut le laisser subsister, et qui, faite plus près, doit s'éteindre promptement. Malgré les effets séduisants du galvanisme, qui, appliqué au cerveau , détermine encore , après la décapitation , des contractions spasmodiques dans les muscles de la face, comme M. îîufeland l'a surtout constaté par des expériences authentiques , Gall croit que la connaissance et le sentiment ne peuvent plus guère subsis-

Page 1