CHAPITRE VIII
toutes les conspirations ont surtout donné des exemples frappants et mémorables. Aussi celui qui naît vicieux ne peut-il être contenu que par la contrainte, s'il n'a été réformé par l'éducation, comme Diderot l'a énergiquemenl exprimé dans les vers suivants :
« L'enfant de la nature abhorre l'esclavage;
Implacable ennemi de toute autorité,
Il s'indigne du joug, la contrainte l'outrage :
Liberté, c'est son vœu; son cri, c'est liberté.
Au mépris des liens de la société,
Il réclame en secret son antique apanage.
Des mœurs ou grimaces d'usage, Ont beau servir de voile à sa férocité;
Une hypocrite urbanité, Les souplesses d'un tigre enchaîné dans sa cage,
Ne trompent point les yeux du sage ,
Et dans les murs de la cité
Il reconnaît l'homme sauvage S'agitant sous les fers dont il est garrotté. »
H y a donc une conscience de naissance qui tient à l'organisation, et une conscience factice qui tient à l'éducation. La première est le sentiment de la contradiction qui s'établit entre les penchants dominants et les actions. Qu'un homme se soit fait violence à lui-même, il en aura du regret et éprouvera un vrai repentir, n'importe que son penchant ait eu un but utile ou nuisible à la société. Cette espèce de remords ou de repentir n'est donc pas moral , puisqu'il poursuit aussi le scélérat qui a omis l'exécution d'un crime pour lequel il avait un penchant décidé, ou qui l'a manqué par quelque faute.
La conscience factice se déduit du sentiment de
la contradiction des penchants et des actions avec les principes reçus par l'éducation. Les privations qu'elle impose, pour rendre toutes les actions conformes aux mœurs et aux usages sanctionnés par les lois et la religion, lui donnent une moralité réelle. Quoiqu'elle ne paraisse pas tenir de si près à la nature que la première, elle y tient cependant également, puisque nos mœurs sont, comme la société elle-même dont elles forment le lien , un produit de notre organisation naturelle. L'homme trouve dans son organisation une impulsion vers l'état social, comme celle du castor pour bâtir, celle de l'araignée pour filer, celle des oiseaux pour faire leurs nids, émigrer à l'approche des frimas, se réunir en société, etc.
Les maximes morales auxquelles l'on croit assujettir les hommes, ont très-peu d'influence sur leur manière d'agir; car une des meilleures, celle de ne faire à autrui que ce que Von voudrait qui fût fait à soi-même, au lieu d'éclairer ou de donner la vertu, la suppose et n'est propre qu'à mettre, le sceau de la moralité aux actions les plus vicieuses chez ceux qui ne sont pas vertueux, en justifiant l'homicide de celui qui souhaiterait la mort, ainsi que toutes les tentatives du libertin qui voudrait satisfaire ses désirs luxurieux. Le philosophe Kant, ayant senti combien il était facile d'abuser de ce précepte de l'Écriture, y avait substitué celui-ci : Agissez de manière que toutes vos actions se déduisent d'une maxime ou d'un principe qui puisse servir de base à une loi obliga-